Vision de presse du 02.10.2026
On attendait beaucoup de cette première adaptation française du roman de Gaston Leroux, portée par un budget de près de 20 millions d’euros et le prestige de l’Opéra Garnier. On ressort avec la désagréable impression d’avoir assisté à une occasion manquée. Une de plus.
Pendant 2h14, le film d’Alexandre Castagnetti avance à pas comptés, sans jamais trouver son rythme. Lent, contemplatif quand il devrait être haletant, bavard quand il devrait être mystérieux, le récit s’enlise dans une romance contemporaine fade entre Anastasia, jeune danseuse incarnée par Deva Cassel et le mystérieux compositeur-pianiste Ernest interprété par Julien De Saint-Jean.
C’est que Castagnetti, réalisateur venu de la comédie grand public (Tamara et Amour &Turbulences), a choisi de gommer presque totalement ce qui fait l’essence du Fantôme : le baroque, le gothique, le vertige.
Finis les souterrains oppressants, les ors décadents, l’horreur romantique. À la place, une relecture moderne et lisse, éclairée comme un clip, qui transforme le mythe en romance à la Twilight pour adolescents. On cherche le frisson, on trouve du papier glacé.
Et le casting n’aide en rien à relever l’ensemble. Quelconque et sans aspérités, il traverse le film sans jamais l’incarner. Julien De Saint-Jean peine à donner une quelconque épaisseur tragique au Fantôme, réduit à un amoureux ténébreux de pacotille. Même Romain Duris en chorégraphe tyrannique en fait des tonnes et semble s’ennuyer.
Quant à la mise en scène, elle est d’une grande platitude. Cadrages sans audace, direction artistique sans souffle, montage sans tension, dans l’ensemble ( hormis la scène des masques en fin de film) on est plus proche du téléfilm de luxe que du grand film romantique et fantastique annoncé.
On nous avait promis un mélange ambitieux de thriller, de fantastique et de romance. On a un produit formaté qui ne choisit rien et semble toucher à tout.
Reste-t-il néanmoins quelque chose à sauver du naufrage ? Oui, deux choses. La beauté magnétique de Deva Cassel, qui illumine chaque plan par sa seule présence, et quelques passages musicaux, notamment autour de cet opéra maudit Orpheus, qui rappellent fugitivement ce que le film aurait pu être s’il avait eu le courage de son sujet.
Au final, Le Fantôme de l’Opéra version 2026 n’est qu’une œuvre de plus sur ce thème surexploité, qui ne comblera que les spectateurs les moins exigeants.
Une grosse déception.
Jean-Pierre Vanderlinden
Sortie sur les écrans le 28 octobre

