Médecin généraliste, écrivain, humaniste, Baptiste Beaulieu a aussi trouvé sa place dans le monde du livre jeunesse, notamment en se fondant dans les sublimes et douces illustrations de Qin Leng. Avec les pansements invisibles, le duo met des mots là où les silences et les habitudes de la société l’emportent sur le besoin d’intimité et son respect.

Résumé de Les pansements invisibles par Les Arènes : Ce livre parle de ces petites douleurs que l’on tait trop souvent. Celles qui ne laissent ni bleus ni bosses mais qui s’incrustent comme des échardes dans l’âme. Celles que l’on enrobe de silence parce qu’on ne sait pas comment les dire, ou parce qu’on craint de ne pas être entendu. Car nous sommes nombreux à avancer masqués, bardés de ces pansements invisibles – ils n’attirent pas l’attention, mais ils sont bien là. Ce sont ces regards insistants, ces gestes non consentis, ces silences encaissés. Ce sont toutes ces fois où l’on n’a pas osé dire non, parce qu’on ne savait pas qu’on en avait le droit. C’est là que l’histoire commence…

Ton corps, c’est le tien, il t’appartient, répétait un petit album jeunesse essentiel. Voilà son grand-frère pour un public de lecteurs un peu plus grands. Car le message doit faire son chemin, ne pas se perdre dans la masse: on a le droit à son intimité, à la préserver et la faire respecter. Mais quand on est un gosse dans un monde de grand, on s’écrase parfois, on s’oublie sous un mauvais moment à passer. L’infirmier qui nous pique sans même nous avertir, la poissonnière du marché qui nous passe sa main pas de première fraîcheur dans les cheveux, le tonton collant et aux mains chatouilleuses, le grand-frère et ses amis qui font de nous leur jouet, le petit garçon qui s’invite dans les toilettes des filles. On (se) laisse faire, on passe au-dessus. Cette généralisation des agressions, finalement pas très graves puisque pour la plupart manifestement cautionnées par les parents, donne l’impression d’une normalité…

… jusqu’à rencontrer la bonne personne qui remet tout le monde à sa place et nous redonne la confiance pour dire: NON! « Est-ce que tu veux bien que je t’examine? », a dit la doctoresse à l’héroïne, qui pourrait être ma fille, votre fils. Et tout d’un coup, cette phrase toute simple et tellement importante a légitimé son consentement. Ça fait du bien, ça soulage, ça libère, ça porte la voix pour changer les choses, pour soi et les autres.


J’ai beaucoup aimé toute la délicatesse des deux auteurs, la légèreté et les douces couleurs de Qin Leng pour donner de l’amplitude à ce sujet fondamental, face à des comportements trop passe-partout, pas forcément déviant mais au moins indélicat même s’ils ne pensent pas à mal.

C’est d’autant plus réussi que ma fille de bientôt quatre ans pioche souvent cet album pour qu’on le lui lise. On ne se fait pas prier!
À lire aux Arènes.

PS: le duo s’est retrouvé autour d’un nouvel album, J’ai un message pour toi, qui paraîtra le 1er octobre

