Vigilante d’Olivier Pairoux, un film coup de poing qui secoue !

Vigilante n’est pas un film confortable. Et c’est tant mieux. Le deuxième long métrage d’Olivier Pairoux après SpaceBoy change radicalement de registre pour nous plonger dans la zone grise de la justice.

Avec une sortie prévue dans les salles en Belgique le 9 septembre prochain, ce thriller belgo-québécois que j’ai eu l’occasion de voir en vision de presse, arrive avec la rage d’un fait de société et la précision d’un film noir.



Morville, trentenaire solitaire, est épuisé par un système qui l’a laissé tomber. Bien décidé à agir à sa façon, il devient Vigilante, soit un néo-justicier qui s’est donné pour but d’exposer et ruiner la vie des pédophiles qui trainent sur les réseaux sociaux. Quand l’un de ses amis, également Vigilante, se fait sauvagement agresser, Morville décide une fois encore de se faire justice lui-même. Il plonge dans un univers encore plus sombre, qui va le confronter à d’anciennes proies, et à la police qui méprise les gens comme lui. Face aux dommages collatéraux de ses actes, Morville se retrouve confronté aux questions morales que soulève sa vision de la justice.

Morville bascule. Il enchaîne, confronte d’anciennes proies, nargue la police qui méprise les justiciers amateurs, et surtout doit assumer les dommages collatéraux de ses propres actes.

Le film pose une question simple et insoutenable : quand la loi est inefficace, jusqu’où peut-on aller pour faire justice soi-même?

Dans le rôle de Morville,  Eddy De Pretto crève l’écran .Pour ses débuts au cinéma, le chanteur signe une prestation sidérante. Loin de sa personnalité musicale, De Pretto campe Morville avec une intensité retenue. Regard vide, colère froide, rage intérieure, il porte le film de bout en bout. On ressent la solitude, la rage, et la culpabilité qui monte au fur et à mesure que son personnage s’enfonce.

Autour de lui, le casting tient plus que bien la route avec Damien Chapelle, Roxane Mesquida, Johan Heidenberg, Zaccharie Chasseriaud ou Léontine Clerbois. Des visages solides qui donnent du poids à l’univers du film.

Pairoux ne filme pas pour juger, il filme pour confronter, avec un film coup de poing.
Porté par un rythme soutenu, le montage est sec, et les scènes de traque s’enchaînent comme des uppercuts. Aucun temps mort.
La musique du film secoue et la BO qui accompagne la descente de Morville gronde, pulse, et met parfois le spectateur mal à l’aise, comme il faut.
Tourné entre Bruxelles et Charleroi, le film évite le voyeurisme et la caméra de Thomas Rentier reste proche, presque documentaire. C’est sale, c’est réel, et ça fait mal.

Et surtout, chose importante Vigilante soulève de vives questions. Sur les réseaux, sur la justice, sur la vengeance, sur la responsabilité individuelle face à l’horreur. À cela le film ne donne pas de réponse facile, il montre l’engrenage et laisse le spectateur seul juge.

Vigilante est un thriller exigeant, dérangeant, nécessaire. Porté par une performance magistrale d’Eddy De Pretto et une mise en scène tendue, le métrage évite le piège du film à thèse pour devenir un vrai drame moral.

On en ressort sonné, en colère, et avec l’envie d’en parler.

Pari gagné !

Note : 4.5/5

Jean-Pierre Vanderlinden 

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