
On a beau dire que nos enfants ne sont pas en sucre, qu’on ne peut pas les envelopper dans du papier bulle, en tant que parents, nous ne sommes jamais rassurés. Bien sûr qu’il faut les laisser faire leurs expériences, même si le chemin est miné, qu’il y aura des chutes, des moments plus difficiles, pourvu qu’ils développent leur personnalité. Comme le Petit Prince Fragile de Jeanne Sterkers.
Résumé du Petit Prince Fragile par les Éditions Albin Michel (Collection Le Terrier) : Dans un royaume lointain vit un petit prince, minuscule et surtout très fragile, surprotégé par ses Reines-Mères. Enlevé par trois brigandes, il découvre le monde extérieur et commence à s’épanouir. Mais sa jolie aventure se complique lorsque l’inquiétude de ses Reines-Mères se réalise : à la suite d’une chute, le Petit Prince fragile se brise en mille morceaux…

Comme il y a des familles avec des papas loups (lire une de mes précédentes chroniques), il y a des familles avec des Reines-Mères. Et, on l’imagine, dans ces couples, accueillir un enfant peut être un peu plus compliqué, nécessitant temps et patience. Ce qui le rend encore plus précieux. Dans son lit, le petit roi se repose, entouré, étouffé de doudous tout mous, elles ne se lassent pas du spectacle. Les enfants, on ferait tout pour les protéger, de tout, de rien. Mais peut-être ces Reines ont-elles poussé les curseurs un peu trop loin tant leur amour est grand ? Dans le chateau, tout est emballé de soie, ou assimilé. Chacun fait comme il peut.
Pourtant, aucune sorcière, ici, n’a prédit qu’il se piquerait le doigt à un rouet. Non, rien de tout ça, mais tout semble une menace aux yeux des mamans poules. C’était sans compter qu’un jour le petit roi serait alpagué, lors d’une promenade en carrosse, par un trio de brigandes sans peur ni reproche mais un peu démunies face à ce royal cas de figure. Elles préfèrent les trésors, elles n’ont jamais auparavant kidnappé un prince. Mais peut-être peuvent-elles demander une rançon? En attendant, elles vont l’instruire à être un bandit, à faire de grandes chevauchées. Mais attention à la chuuuutttteeee… Ah, trop tard. Les inquiétudes des Reines-Mères étaient effectivement fondées. Le roi est en éclats. Comme de la porcelaine, du cristal.


À la tête de ce conte aux couleurs douces, aux personnages joliment inclusifs et solaires, et parlant du monde des grands comme d’un jeu d’enfants avec toujours des solutions, Jeanne Sterkers n’a pas son pareil pour parler de ce moment où, peu à peu, aussi petit soit-il, l’enfant devient grand et a envie d’aller jouer à cheval ou à vélo, au roi ou aux brigands, avec ses copains. Chez les voisins, ou au coin de la rue. Ne vous inquiétez pas, mamans, papas. La vie s’apprend avec des maths, des cours de langue mais aussi par un peu de sauvagerie, de la liberté même si le prix à payer est parfois un lot de cicatrices, de bleus. Le danger, les limites s’apprennent, s’apprivoisent comme ça plus que par une surprotection. Mieux vaut parfois guérir que trop prévenir. Il faut trouver le chemin.
Tiens, et l’or des brigandes? Lui aussi peut être assigné à autre chose que l’enrichissement personnel. Il paraît qu’on peut le fondre, en faire des fils qui raccommodent en beauté!
À (se faire) lire dès 3 ans aux Éditions Albin Michel (coll. Le Terrier)








