
« On joue au papa et à la maman. » Ces derniers jours, ma petite puce de 3 ans n’a que ça en tête. Mais on peut aussi jouer, si on veut, au « papa et au papa » ou à la « maman et à la maman ». Pourquoi pas? Bienvenue Loupiote, c’est un album jeunesse coup de coeur, une manière très douce d’amener le fait qu’il y a plein de schémas familiaux différents. Pourvu qu’il y ait de l’amour et du respect, qu’on étouffe pas les papillons qui dansent dans nos ventres et entraînent les étoiles avec eux.
Résumé de Bienvenue Loupiote par On ne compte pas pour du beurre: « Il était une fois deux loups amoureux, prêts à devenir papas. »

Propulsant une littérature jeunesse inclusive, les Éditions On ne compte pas pour du beurre avaient revisité, il y a quelques semaines, la chèvre de Monsieur Seguin sans donner au loup un autre rôle que celui du prédateur originelle.
L’auteur Jen Hendrycks et l’illustratrice Anna Griot mettent cette fois en valeur une autre facette du loup, tendre, affectueuse, amoureuse, protectrice et ayant l’envie d’avoir des enfants. « – Deux loups? Deux loups dans la même histoire, c’est comme deux rois, ça n’existe pas! – Et pourquoi pas? » On pourrait se voiler la face, faire cet album comme si de rien était. Sauf qu’il risquerait forcément à un moment où un autre de croiser des regards et esprits étriqués, réducteurs, voulant qu’un couple, et encore plus des parents, ce soit un mâle et une femelle. Alors Jen Hendrycks et Anna Griot ont joué leur carte à fond en incluant un peu de ces adversaires d’une société inclusive.

En effet, le duo joue avec son récit, tentant de le dérouler en italique tout en étant sans cesse interrompu par du texte droit, qu’on imaginera sans trop de doute être prononcé par une petite voix, celle de l’enfant à qui on lit l’histoire et qui est peut-être déjà, consciemment ou inconsciemment, baigné par la loi du « papa et maman ». Alors,s’il se dit que « ça se peut pas« , le narrateur réussit à avoir réponses à toutes ces questions et à l’entraîner dans cette chouette histoire d’un papa et d’un papa. Et plus loin, d’une louve qui ne souhaite pas garder son enfant.


Il faut dire que le dessin, les couleurs et lumières d’Anna Griot sont un régal. J’ai appris en recherchant de quoi illustrer cet article qu’elle était aussi tatoueuse, et ça se sent, certains effets sont presque tatoués sur le papier, avec du cachet. Elle entraîne ainsi ces loups dans une quête. Avant que le bébé vienne, ils veulent se renseigner, comme le ferait un couple (qu’il soit hétéro ou homo, d’ailleurs), alors ils s’enfoncent dans la forêt, observent toutes les familles possibles et imaginables. Jusqu’à être prêts et sûrs de leur belle aventure. Qui ne finira pas de sitôt. Et c’est juste normal. Nos enfants valent beaucoup mieux que les haineux, en manque d’humanité. Plutôt la plus grande ouverture, à 360°! Nous, nous avons partagé leur bonheur, et il mérite de l’être, sans limite, par le plus grand nombre. Si des petits albums comme ça permettent de semer des graines avant que des adultes nocifs ne le fassent, c’est encore ça de gagné.


À (se faire) lire dès 3 ans chez On ne compte pas pour du beurre.

