Le 28 mai 2026, l’Ancienne Belgique accueillait The Sheila Divine pour une de leurs trois dates belges après Hasselt et avant Sint Niklaas début juillet. Un retour attendu avec cette tournée « Post / Everything », un an après une tournée 2025 sold-out qui avait réveillé la ferveur autour des Bostoniens. Et la promesse était claire : pas de tournée nostalgie, mais un set qui regarde devant. Pari tenu.
Pour saisir ce qu’il s’est passé ce jeudi soir à l’AB, il faut remonter à 1999. The Sheila Divine débarque de Boston avec New Parade, un premier album qui colle une claque à la scène indie US. Frontman évident Aaron Perrino, voix à vif et guitare tranchante, impose un son, du post-punk nerveux avec des refrains emo avant l’heure et une intensité émotionnelle qui n’a rien de poseur.
Suivra l’album Where Have My Countrymen Gone en 2001, plus sombre et plus politique.
La Belgique va tomber amoureuse des titres Like a Criminal ou Hum, qui tournent en boucle sur les radios rock. Le groupe devient culte ici plus qu’ailleurs, splitte en 2003, et revient par intermittence. Chaque retour à Bruxelles ressemble à une réunion de famille élargie.
Cette tournée 2026 porte bien son nom. “This isn’t about looking back,” martèle Perrino. “It’s about the throughline – what’s changed, what hasn’t, and what’s still on its way.”
L’AB était donc le labo parfait pour le groupe avec des classiques, des raretés, et du neuf joué pour la première fois en live. Le tout bourré d’urgence et de charge émotionnelle qui définissent le groupe depuis ses débuts.
Le band démarre avec Gods of War, Middle Ages et No Favers. La voix de Perrino n’a rien perdu de son grain abrasif, cette façon de chanter comme si chaque mot devait arracher quelque chose. La section rythmique est chirurgicale, les guitares lacèrent. Hum fait encore monter la température de trois degrés, refrain scandé, poings levés, 27 ans effacés d’un coup !
Mais le plus fort, ce sont les creux. Automatic Buffalo étire sa mélancolie, Countryman convainc, Hurry Up vient chercher l’os. Et puis il y a les nouveaux titres pas toujours encore familiers, mais qui s’intègrent sans rupture dans le set. Même tension, même lyrisme à fleur de peau, preuve que Perrino cherche encore l’étincelle. Le groupe ne rejoue pas son passé, il le prolonge.
Back to the Cradle et Like a Criminal clôturent le show avant trois titres en rappel I Climbed Inside the Wall, Raging Red et My Life as a Wrestler en guise de final. La messe est dite.
Si The Sheila Divine sonne si juste à l’AB, c’est que la salle fait partie de leur ADN belge. Le public connaît les paroles, les ponts, les silences. Quand Perrino lâche la guitare pour chanter a cappella sur un couplet, la fosse reprend sans faiblir. Il y a cette connivence rare des groupes qui ont grandi avec leur public.
En première partie, The Romans les vétérans de la power pop belge, médaillés au Humo’s Rock Rally, ont rejoué 30 ans après leur hit Someday Cindy qui a clôturé un set sympa et fun. Guitares mélodiques et basse vrombissante, un échauffement parfait.
The Sheila Divine n’a jamais été l’archétype du groupe le plus à la mode. Pas assez lisse, trop intense, trop honnête. En 2026, c’est toujours ce qui en fait une exception car certaines chansons ne vieillissent pas parce qu’elles n’ont jamais triché.
À l’AB, jeudi soir, on n’a pas célébré les années 90, on a vu un groupe en activité, nerveux, habité, qui a encore des choses à dire. Et une salle qui, 25 ans plus tard, a encore besoin de les entendre.
Bravo !
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans
















