L’Habilleur, pièce emblématique de l’auteur sud africain anglophone Ronald Harwood, est une œuvre qui explore les coulisses du monde du théâtre avec une finesse et une profondeur remarquables. Actuellement jouée au Théâtre Le Public à Bruxelles, cette production offre une interprétation captivante qui mérite d’être saluée.

Sir John, bête de scène au talent tapageur, s’apprête à revêtir le costume du Roi Lear. À ses côtés, Norman, son habilleur fidèle, veille sur lui avec tendresse et malice. Ensemble, ils forment un duo hors du commun. En coulisses leurs échanges offrent un spectacle cocasse et bouleversant de querelles savoureuses et de complicités. Et l’on ne sait plus des deux qui est l’acteur et qui protège l’autre. ( source Théâtre Le Public)
Dès les premières scènes, le public est plongé dans l’univers complexe et souvent tumultueux d’un acteur vieillissant, dont la carrière est en déclin. Mais rien n’arrêtera cet homme même pas les bombardements incessants qui s’abattent sur l’Angleterre en cette période trouble. Car même au coeur de la tempête le rideau rouge se lève toujours.

Le personnage de Sir John, joué avec brio par Michel Kacenelenbogen, incarne à la fois la gloire passée et la mélancolie du présent. Sa relation avec son habilleur, un personnage tout aussi essentiel, est au cœur de la pièce.
Ce dernier, interprété avec une sensibilité touchante par le non moins excellent Antoine Guillaume, devient le miroir des aspirations et des désillusions de l’acteur, non sans apporter une touche d’humour et de légèreté à certains moments de tension.

La mise en scène, sobre mais efficace, permet de mettre en valeur les dialogues incisifs et les émotions des personnages.
Les choix scénographiques de Renata Gorka créent une atmosphère intimiste qui invite le spectateur à s’immerger dans les réflexions sur le temps qui passe, et la quête de reconnaissance.
Les éclairages, judicieusement utilisés, et la musique « à la manière de « signée Pascal Charpentier accentuent les moments de tension et de tendresse, renforçant ainsi l’impact émotionnel de la pièce.

L’Habilleur, c’est un condensé de thèmes universels comme la fragilité de la célébrité, la loyauté et la complexité des relations humaines, pas étonnant donc qu’on en soit bouleversé et que la pièce résonne profondément avec le public.
Harwood , ici traduit en français par Dominique Hollier réussit à capturer l’essence même du théâtre, un art qui, tout en étant éphémère, laisse une empreinte durable sur ceux qui l’exercent et ceux qui l’observent.

Les performances des acteurs sont sans conteste l’un des points forts de cette production.
Michel Kacenelenbogen impressionnant du haut de sa grande carcasse et Antoine Guillaume, tout en subtilité, portent littéralement la pièce sur leurs épaules de bout en bout. Leur alchimie sur scène est palpable, et leur capacité extraordinaire à naviguer entre le drame et la comédie est impressionnante. Chaque réplique nous est livrée avec une précision millimétrée qui témoigne d’un travail de répétition rigoureux et d’une compréhension profonde des personnages. Du grand art.

Bien évidemment cette prouesse d’acteurs ne doit pas faire oublier le restant de la distribution composé d’excellents comédiens et comédiennes dans des rôles plus mineurs, certes, mais sans qui la sauce artistique ne prendrait pas avec autant de saveur.
De Didier Colfs à Nicole Oliver, en passant par la jeune Tiphanie Lefrançois, Jérémy Bouly, François Michel van der Rest et Aylin Yay, tous tirent magnifiquement bien leur épingle du jeu.

En somme L’Habilleur est une pièce complexe et inclassable, une ode au théâtre, à sa folie, à sa beauté, qui surfe entre drame et comédie avec une subtilité qui vous laissera sans voix.
Un grand moment théâtral à voir jusqu’au 28 février.
Jean-Pierre Vanderlinden
