Avec son Odyssée, une Arche de Noël, l’épique Luc Petit recrée le déluge, la montée des eaux mais aussi l’espoir entretenu par des artistes magiques et des animaux rêvés

© Les Nocturnales

Depuis des années, des hivers, le créateur de spectacles Luc Petit et ses Nocturnales, une foule d’artistes aux sourires grands comme ça, revisitent Noël, sa magie et son esprit, espérant des jours meilleurs. Pour la première fois, j’en ai eu le coeur net et ai découvert l’un de ses spectacles, l’Odyssée de Noël (mais aussi de Noé, le sauveur), à Mons. La réputation de ce show et sa sensibilité ne sont pas usurpées, nous en sommes ressortis avec des étoiles, des couleurs, plein de créatures et d’étincelles dans les yeux.

Vendredi 19 décembre, 18h. Les cloches ne sonnent pas à l’extérieur mais bien à l’intérieur de la collégiale Sainte-Waudru de Mons, avec grelots et souffle épique. Un big bang créatif. En effet, pour cette nouvelle édition, Luc Petit et ses équipes ont jeté leur dévolu sur un conte marquant, dantesque, de la Bible, maintes fois adaptées dans différents formats (films, bandes dessinées…): l’arche de Noé. Soit le sauvetage des êtres terrestres qui l’avaient mérité, face au déluge provoqué par le Dieu créateur, en colère, noyant les terriens, les humains, ayant pourri son paradis.

© Les Nocturnales

Quand nous nous installons, mon épouse, notre petite fille de 3 ans et moi, la disposition scénique de cette église transformée en théâtre n’est pas banale, toute en longueur, les spectateurs s’installant de part et d’autre d’une grande plateforme sur laquelle l’arche va se dresser, grâce à la volonté de Noé (interprété par le charismatique et sémillant Olivier Bonjour, visage familier du paysage audiovisuel franco-belge), habillé tel un roi mage, et de l’ange Gabriel, danseur céleste, armé de son glaive face aux ombres, à l’invisible. Un peuple d’hommes-loups et squelettes. Car la Terre à peine fondée a été infiltrée par les forces du Mal, leurs bassesses, leurs trafics, leurs convoitises.

© Les Nocturnales

Aïe, des têtes de mort… Cela va-t-il passer auprès de notre Naolyne qui s’est à peine remise du Monsieur Jack qu’elle a croisé lors d’Halloween passé? Oui, ça passe crème, en blanc d’ailes d’anges, saupoudrée de perles d’étoiles. Car l’obscurité est ici sans cesse repoussée par les arts du spectacle, la musique envoûtante, onirique; la voix du narrateur transcendante et puis tout ce qui pendant cinquante minutes va se réaliser sous nos yeux, dans cet impressionnant plan-séquence en direct. De la danse, des créatures masquées, ailées, mythiques, un bateau qui surgit pour nous emporter, puis une parade des animaux qui font de Noël leur nouveau carnaval. C’est d’une beauté impressionnante, ça n’a l’air de rien et pourtant les artistes (citons encore Maëva Vitrac, Marcelline Laurent, Marine Buyse, Tom Godfroid, Nell Hurdebise, Jeanne Verpoest, Loïc Hoedaert, Laurent Reunbrouck ou encore Rowane Gaillet), danseurs, contorsionnistes, cachés sous ces peaux de bêtes doivent être sacrément balèze. Comme cette Américaine Samantha Diaz qui nous tient en apnée pendant plusieurs longues minutes, à partir d’une plume, puis de palmes en bois judicieusement et perpendiculairement positionnées, pour créer une structure en équilibre très instable. Un numéro intitulé Sanddorn Balance. Un moment hypnotique, la tension à son paroxysme pour célébrer l’alliage entre robustesse et fragilité.

© Alexis Seny/Branchés Culture

Pairi Daiza (girafe, éléphants, lion, panda, singe, faune aquatique et volatile…) et le monde du cirque s’invitent au milieu des statues religieuses, Noé se hisse dans la chaire pour faire entendre sa parole. Je redoutais que le ton, le texte soient trop catholiques, ce ne fut pas le cas. Si ce n’est l’une ou l’autre allusion à Jésus dont Noël est tout de même l’anniversaire, tous les héros de poils, de plumes, d’écailles de ce show dialoguent avant tout avec l’humain de 2025, les défis qu’il doit relever, les menaces qu’il doit repousser pour éviter le déluge, la montée des eaux et des déserts. Et de certains discours, au mieux, fatalistes, au pire, sceptiques. Si le texte de Michel Teheux est très fort, habité, forcément, ma petite n’y a pas vraiment prêté attention, plutôt sidérée par la magie de tous ces déguisements et marionnettes qui prenaient vie. Le tout dans un emballage artistique sensible et merveilleux. Et voilà que quelques jours plus tard, malgré une salve de cadeaux et autres distractions, Naolyne demandait quand on pourrait retourner voir le spectacle dans l’église. Mission accomplie, chapeau les artistes et ces animaux éthiques.

© Alexis Seny/Branchés Culture
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Après Mons, cette Odyssée de Noël continue sa route en Wallonie, à la collégiale Notre-Dame de Huy (ces 26, 27, 28 et 29 décembre) et à la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles (les 2, 3 et 4 janvier), trois à quatre représentations par jour. Un autre spectacle des Nocturnales, La symphonie des étoiles, tourne également à Liège (du 26 au 30) et à Arlon (du 2 au 4 janvier).

Infos et tickets : www.nocturnales.be / www.facebook.com/LesNocturnales

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