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L’homme qui pouvait accomplir des miracles d’HG Wells a rencontré celui qui peut en dessiner, JL Munuera

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© Munuera/Sedyas chez Dargaud

Quand il ne travaille pas sur des séries ou des histoires originales (parfois nées d’un fait réel, comme La course du siècle et bientôt Woodstock 69 – Le concert du siècle), José-Luis Munuera s’est lancé, depuis quelques années, dans une collection de récits anglo-saxons issus des oeuvres de quelques-uns des plus grands écrivains nés au XIXe siècle: Melville, Dickens, Barrie et désormais HG Wells (et, en hors-série, le tout récent Son odeur après la pluie). Et l’Espagnol les adapte, les adopte divinement bien. Dernier exemple en date, L’homme qui pouvait accomplir des miracles. Travail d’orfèvre.

© Munuera/Sedyas chez Dargaud

Résumé de L’homme qui pouvait accomplir des miracles par Dargaud : M. Fotheringay, homme ordinaire sans ambition ni imagination, découvre un jour qu’il peut accomplir des miracles d’un simple souhait. Mais plutôt que de changer le monde, il se contente de petits prodiges insignifiants… jusqu’à ce qu’un accès de colère l’amène à envoyer un policier en enfer – littéralement. Pris de panique, il se tourne vers le pasteur Maydig, un homme bien plus enthousiasmé que lui par ce pouvoir. Ensemble, ils entreprennent d’améliorer la société, mais leur maladresse et leur excès de zèle finissent par provoquer une catastrophe aux proportions bibliques ! Seul dans un monde ravagé par ses propres miracles, Fotheringay devra faire face aux conséquences de son incroyable don.

© Munuera/Sedyas chez Dargaud

L’homme qui pouvait accomplir des miracles – The Man Who Could Work Miracles est une nouvelle écrite en 1898 par HG Wells (beaucoup plus connu pour La machine à explorer le temps ou encore La guerre des mondes, L’homme invisible ou L’île du Docteur Moreau, ayant connu maintes adaptations) et déjà adaptée pour le cinéma en 1937.

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En 62 planches, José-Luis Munuera donne la pleine puissance à un écrit d’une trentaine de pages. Grand Luxe, quand on sait à quel point dans ce genre d’exercice face à une brique de 200, 300, 400 pages et plus si affinités, dessiner, c’est choisir, et choisir c’est renoncer. Cela va permettre à Munuera (et le fidèle Sedyas aux couleurs, toujours habitées, les deux font la paire) de déployer toute sa sorcellerie, ses ambiances à tomber, au départ de ce pub à Immering où les ennuis de Fotheringay vont commencer.

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Car Fotheringay n’était clairement pas le bon cheval sur qui miser et à qui donner le pouvoir de réaliser n’importe quel souhait. Il était jusque-là transparent, sans envergure: ce cadeau du ciel est l’occasion d’exister aux yeux des autres, d’épater la galerie, rien de bien méchant. Même pas de quoi changer le cours de sa vie, juste une prière pour bien dormir et être en forme au boulot le lendemain. S’il avait gagné au loto, Fotheringay n’aurait rien changé de sa routine. Tout juste quelques détails, sans importance. Alors qu' »il tient le monde dans ses mains ».

© Munuera/Sedyas chez Dargaud
© Munuera/Sedyas chez Dargaud

Et pourtant! Qui fait le malin tombe dans le ravin. Et un claquement des doigts peut amener le meilleur comme le pire, on le sait depuis les Avengers (ou avant). Attention que la petite lumière bienfaisante ne se transforme en incendie et n’amène une collision en chaîne. À 15km/seconde, au moins! C’est évidemment ce qu’il va se produire, après avoir expédié un brave agent un peu trop zélé au diable et s’être fait embobiner par le sermon du pasteur, plein de bonne volonté… et de priorités plus matérialistes et égoïstes que de sauver une brebis à képi égarée en enfer. Trop gourmand. Il faudrait arrêter le temps pour contenter tout le monde. Mais cela n’est pas sans conséquence.

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Munuera est un orfèvre. De cette comédie dramatico-fantastique questionnant notre rapport aux miracles et au temps, l’auteur nous met sur orbite, avec quelques scènes spectaculaires et dynamiques dont il a le secret. Avec un auteur pareil, la BD fait des effets spéciaux que Spielberg lui envierait. Vertigineux. Une belle découverte d’une facette méconnue de HG Wells, toujours autour des tentations et obsessions de l’humain quitte à vouloir transformer, changer son cadre. Il va en avoir pour son argent! Mais rares sont les individus qui ont une seconde chance, en cas d’erreur.

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Depuis toujours, les industries culturelles s’essaient régulièrement à réaliser des (collections d’)adaptations, souvent tentées par le fast-food, le facile, ce qui se révèle plus alimentaire que créatif pour les auteurs (parfois mercenaires) qui y planchent. Mon petit doigt me dit qu’avec l’Intelligence Artificielle, ça ne va malheureusement pas s’arranger. Mais, force est de constater (d’ailleurs, en page de garde, un message authentifie cet album comme n’étant en rien le fruit d’une intelligence artificielle générative) que des artistes éclairés comme José-Luis Munuera, Manu Larcenet, les frères Brizzi, Xavier Coste ou encore Aimee De Jongh entretiennent l’espoir. Rien ne se crée tout se transforme, et c’est parfois miraculeux.

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À lire chez Dargaud.

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Petit bonus, le 30 janvier, José-Luis débarquera déjà dans les rayons avec une nouvelle aventure.

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