On grandit, on grandit et arrivent certaines peurs: voilà quatre irrésistibles albums jeunesse pour frayer avec le fou rire!

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

Y’a-t-il un âge pour apprendre à avoir peur? Ou à défier les terreurs qui se révèlent parfois fort inoffensives? Depuis des siècles, la littérature jeunesse ne fait pas l’économie des monstres. Il faut de tout pour faire un monde. Et il n’y a pas qu’à Halloween qu’on peut lâcher les bêtes féroces. La preuve avec ces albums jeunesse jouant et rigolant avec nos peurs, inversant les rôles.


L’abominable chaton qui fait très peur, âme sensible ne pas s’abstenir

Résumé de L’abominable chaton qui fait très peur par Nathan : Cette histoire est TRÈS TERRIFIANTE. Cette histoire est vraiment HORRIBLE. Cette histoire te fera TREMBLER de la racine des cheveux jusqu’à la POINTE des BASKETS. Alors ? tu veux vraiment la lire ? SÛR SÛR ? Sinon, tu peux choisir un autre livre plein d’arcs-en-ciel, hein. Ou de licornes mignonnes. Non ? Comme tu voudras. Je t’aurai prévenu.

© Messner/Haley chez Nathan

Avec ses oreilles roses, ses yeux de merlant frit, ses pattes fléchies, le petit chat blanc en couverture de cette jubilatoire farce proposée par Kate Messner et MacKenzie Haley (traduite par Clémentine Beauvais) n’a pas l’air bien méchant. Et la dent qu’il tente péniblement de faire sortir sous son museau fait plus l’effet inverse.

© Messner/Haley chez Nathan

Mais imaginez une nuit d’orage, de pluie intense et une vieille bicoque qui semble hantée. Téméraire ou simplement en quête d’un abri, vous y entrez. Toc toc, « il y a quelqu’un »? Oh oui, et vous n’êtes pas prêts, les enfants. Une ombre énorme vient de faire son apparition, des oreilles pointues, des griffes énormes… Plus d’un aurait pris ses jambes à son cou. Pas vous? Bouh!

© Messner/Haley chez Nathan

On tourne la page et voilà qu’on change d’ambiance, des fleurs, une ambiance zen. Les deux autrices s’amusent comme des folles (comme le faisait Chabat au moment du combat dit « insoutenable » d’Astérix et Obélix contre les romains dans Mission Cléopâtre, pour les plus grands) à faire croire aux jeunes lecteurs que ce à quoi il va assister, s’il l’ose, va être insoutenable. Et ça fonctionne, ma petite n’était pas rassurée, elle s’est enfoncée dans mes bras. « N’aie pas peur, mon trésor ». Effectivement, tout dans ces pages se révèle inoffensif – même si le chaton, en mal d’horreur, a engagé une ribambelle de sbires (d’autres bébés animaux) pour achever le sale travail – et même plutôt mignon. Et le fait d’avoir eu des craintes avec les premières pages de cet album ébouriffant fait encore plus rire les enfants. Un joyeux délire qui offre, pour son final, un retournement de situation délicieux. De quoi peuvent donc avoir peur ces apprentis monstres.

© Messner/Haley chez Nathan
© Messner/Haley chez Nathan

Dès 3 ans, à lire chez Nathan.


Le pique-nique maléfique de Varice et Mordicus: une invitation qui a du chien mais cache bien son jeu

Résumé du Pique-nique maléfique de Varice et Mordicus par les Éditions Margot : Varice est une sorcière grincheuse, Mordicus, une créature crasseuse. Ensemble, les deux compères vont vivre de folles aventures. Pour le meilleur… et surtout pour le pire ! Varice en a ras la fiole ! Bien trop joyeux, ses voisins et leurs compagnons à quatre pattes l’agacent au plus haut point. Elle rêve de les transformer en saucisses grâce à sa recette de sandwichs diabolique. Alors qu’elle met son plan à exécution, elle fait la rencontre de Mordicus, drôle de monstre des bois…

© Ernault chez Margot
© Ernault chez Margot

Là aussi, retournement de situation, inversion des rôles. D’habitude, tout le monde a peur des sorcières. À commencer par Hansel et Gretel. Agnès Ernoult nous propose de visiter le calvaire de Varice. Sa maison, comme son humeur, massacrante, détonne dans le voisinage. Ici, tout le monde est joyeux, cabotine avec son chien. Qu’ils sont gnangnans ces voisins. Des mémères et des pépères à leur toutou. Ils lui gâchent la vie. Alors, Varice a une idée, elle va les faire disparaître, les transformer en saucisses, comme les aiment tant ces cabots demeurés. Mais encore faut-il réunir tous les ingrédients.

© Ernault chez Margot

Et c’est là que les choses se corsent. Comment trouver un Gros-qui-pue. Un champignon, je vous rassure, chers parents déjà atterrés. C’est là qu’elle tombe sur Mordicus, une bestiole non identifiée qui veut bien aider la sorcière pour peu qu’elle lui présente… ses copains. Le hic, c’est qu’elle n’en a pas. Oh, ces voisins, avant leur saucissification,- devraient faire l’affaire. Sauf que… Varice n’aurait dû faire confiance qu’à elle-même, Mordicus va ficher son plan par terre et faire empirer un peu plus la situation de son associée. D’opération saucisse en sauve-qui-peut.

© Ernault chez Margot

Avec son trait pétaradant, dynamique, à mourir de rire, Agnès Ernoult nous entraîne dans cette folle histoire, décérébrée, encore un peu plus relevée par le baragouinage de son héroïne malgré elle, s’énervant de nos attitudes parfois gagas face à nos boules de poils de compagnie. Pour le reste, on est tous le monstre de quelqu’un mais c’est toujours mieux de se faire amis.

© Ernault chez Margot

Dès 3 ans, aux Éditions Margot.


Deux frères en camping: un peu plus près des étoiles

Résumé de Deux frères en camping par les Éditions HongFei : C’est la nuit. Dans les bois, deux frères rejoignent leur tente de camping. Curieux, le plus jeune pose des tas de questions. Son grand frère répond avec patience. Puis, le dialogue se poursuit sous la tente. Tandis que le benjamin s’inquiète de la possibilité d’être enlevé par un OVNI, l’aîné lui rétorque que personne n’en a jamais vu de vrai ! Mais plus tard, alors que tout le monde dort…

© Da Wu chez HongFei

Seul au monde voire dans l’univers, l’humain se croit trop souvent. Et pourtant. Cette fois, pas de pique-nique, mais une nuit à la belle étoile, sous tente, pour deux frères qui ont beaucoup de choses à se raconter et à questionner. La nuit tombe, cette butte fera l’affaire. Sans demander leur reste, ils se glissent dans leur tente, allument la lumière et continuent de discuter.

Dormir sous tente, au milieu de la nature, ça peut faire frémir, mais ça peut aussi être une occasion en or d’observer le monde « sauvage ».

© Da Wu chez HongFei

Dans cet album venu de Chine (traduit par Chun-Liang Hey), Da Wu joue avec la nuit, se servant de la pénombre pour observer ses deux héros. Et il n’est pas le seul, des yeux puis des formes de mammifères font leur apparition dans cette ambiance privilégiée. Nos deux frères n’y voient et n’y entendent que du feu mais peut-être nos enfants s’amuseront-ils à les reconnaître?

© Da Wu chez HongFei

Mais voilà déjà une autre apparition qui emmène la tente et ses deux occupants vers l’infini et au-delà. Ce premier album est sans doute le premier contact que les bambins peuvent avoir avec les extra-terrestres et l’immense océan spatial. Le titre quasi documentaire et on-ne-peut-plus descriptif de cet album cache mal ses surprises servies par un rapport texte-image sympathique. Dessin minimaliste mais décor et figurants saisissants.

© Da Wu chez HongFei
Dès 6 ans, aux Éditions HongFei.

Le Grand méchant Loup n’en a pas fini avec la Mamie Robert du Petit chaperon rouge

Résumé de Mamie Robert par Didier Jeunesse : Il était une fois une petite grand-mère qui s’appelait Mamie Robert. Pour se rendre à un anniversaire, elle doit traverser toute la forêt et rencontre… le loup !
– Petite grand-mère, je vais te manger !
– Mais enfin, Loulou, regarde comme je suis maigre. Maigre comme un fil de fer. Même si tu me manges tout entière, tu auras encore faim. Si tu me laisses aller à cet anniversaire, je mangerai tout ce que je peux, et quand je reviendrai, tu n’auras qu’à me manger !

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

Pressé, pressé, c’est avec cet album scénarisé par Christian Merveille que nous avons découvert Lorenzo Sangò, dans une histoire avec un lapin mais sans méchant si ce n’est le temps qui court, qui nous presse. Ici encore, l’illustrateur dynamique  met en scène une course folle, celle d’une grand-mère, cette fois, Mamie Robert, qui doit éviter le grand méchant loup, à l’aller mais aussi au retour.

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse
© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

Mais cette Mamie Robert, au caractère bien trempé, n’est pas du genre à se laisser faire. Elles ont évolué, les grands-mères, depuis le temps du Petit Chaperon Rouge… qui a bien grandi et organise d’ailleurs une boum pour son anniversaire. Fête à laquelle sa grand-mère est conviée. Envers et contre loup, Mamie Robert ne peut pas rater l’événement. Mais il y a un os, des grandes dents : le sempiternel loup affamé vit dans les bois qu’elle doit traverser. Il crève de faim, il va se jeter sur Mamie Robert mais celle-ci lui dit « stop ». Avec l’aplomb qu’on voit en couverture. Elle sera « grosse, grosse, grosse » sur le chemin du retour. Alors le loup retarde l’heure du repas. Mais, au retour, cornebidouille et citrouille.

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

Pourquoi serait-ce toujours aux petits-enfants d’aller chez les grands-parents? En faisant le chemin en sens inverse, avec l’irrévérence pour renvoyer le loup « coucouche terrier », le conteur-musicien François Vincent, spécialisé dans les revisites de contes populaires, a imaginé une histoire loufoque, plus rusée que le célèbre méchant, qui le fait tourner en bourrique. Les illustrations de Lorenzo Sangiò, à la chaleur des bougies, à la lumière de la lune, scintillent, avec malice.

© Vincent/Sangio chez Didier Jeunesse

Dès 3 ans, chez Didier Jeunesse.