Maude De Bel au texte, Quentin Gréban aux illustrations, voilà un duo qui fait des étincelles depuis quelques albums déjà. L’année 2025 est faste avec deux nouveaux livres illustrés qui plairont aux (plus) petits mais aussi aux grands qui les leur liront. Une enquête et une initiation, deux questions. Si beaucoup de monde a peur des fantômes, à quoi peuvent-ils avoir peur? Et où sont passés les doudous de Noisette Ville?
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On a volé Doudou!
Résumé d’On a volé Doudou ! par Mijade : C’est la première mission d’agent Lou. Elle est accompagnée de Plume‚ son chien renifleur. Le capitaine Roger la charge de retrouver le doudou de petit Pierre. Elle est déçue‚ elle s’attendait à une vraie mission. Elle part sur les traces du doudou‚ va voir tous les endroits que Pierre a visités récemment. De l’école à l’épicerie‚ en passant par le parc et les rues de la ville‚ pas de trace du doudou… Elle doit se rendre à l’évidence‚ elle n’a pas réussi sa première mission. L’heure est venue d’aller l’annoncer à capitaine Roger‚ le chef de la police. Mais agent Lou n’est pas au bout de ses surprises…
Après avoir imaginé la douce révolte de vêtements lassés de se faire piétiner et maltraiter par une petite fille (Du rififi chez les habits), Maude De Bel creuse cette veine dans le monde des doudous. Car eux aussi, si les bambins les adorent, morflent. Ils prennent la morve, le vomi, la bave, la poussière, le sable, les herbes, changent de couleur, perdent une oreille ou un oeil, s’usent car ils sont les indécrottables premiers amis de nos enfants. Et pour longtemps. Peut-être même d’une génération à l’autre. Alors, imaginez le drame d’un monde sans ces copains en peluche. Et pourtant, à Noisette Ville, depuis quelques jours, les doudous sont en voie de disparition. Une épidémie d’objets perdus ou des enlèvements commis par une personne mal intentionnée?
Lou, panda roux, et son chien policier, font équipe pour la première fois et se donnent une journée pour résoudre le mystère, retourner leur pentu et pittoresque village et, qui sait, arriver à rendre les doudous à leurs petits protégés.
Dans un univers anthropomorphe comme Quentin Gréban sait si bien les faire vivre et bouger, avec un dépaysement aux couleurs de l’Italie, Maude De Bel coud une enquête entraînante et dont on ne se lasse pas. Ma petite fille de deux ans et demi nous l’a déjà fait lire quelques fois (comme Peur de rien, d’ailleurs). Évidemment, ce n’est pas un polar noir, la résolution est toute douce, sans grand méchant, mais avec beaucoup d’humanisme et des illustrations magnifiques: le petit village dans lequel on a déjà envie de passer nos voyages, une sacrée galerie de doudous (qui n’ont pas toujours besoin d’être beaux – d’ailleurs c’est quoi être beau? – pour nous être chers), un dinky toy qu’on a envie d’enfourcher (le side-car des héros) et un personnage principal trop craquant. Un héros qui est… une héroïne apprend-on alors que l’histoire est déjà bien avancée. Lou est un prénom épicène et les deux auteurs envoient gentiment valdinguer nos aprioris et notre première impression qui voulait que sous le képi, sans indication contraire, il y ait un garçon.
Après cette histoire, on a envie de chouchouter un peu plus nos peluches.
Peur de rien!
Résumé de Peur de rien par Mijade : « Qu’est–ce que ça fait‚ d’avoir peur? » Comme tout bon fantôme‚ Cléo est habitué à terrifier les gens. Un sentiment que lui n’a jamais connu. Pourtant‚ il aimerait tant savoir ce que ça fait‚ d’avoir la chair de poule! Heureusement‚ il peut compter sur l’aide de son amie Juliette. Les monstres dans sa chambre ou dans la cave‚ l’étrange voisine… elle connaît beaucoup de choses effrayantes… Peut–être que l’une d’entre elles parviendra à faire peur à Cléo?
Dans Peur de rien!, place à une autre amitié liant une petite fille et l’intangible. Cette fois, pas de doudou, mais un petit fantôme, tout gentil. Cléo ne cherche pas à faire peur, il cherche à se faire peur. Pour savoir ce que ça fait.
Juliette, elle, a plein de raisons, bonnes ou mauvaises, de flipper. Apparences ou réalité, en emmenant Cléo dans sa course à la pétoche, Juliette se confronte (et l’enfant qui l’accompagne au fil des pages avec elle) à ses craintes très terriennes. Que l’ectoplasme, tout chétif, a vite fait de déjouer, de dédramatiser.
Forcément, ici, le duo De Bel – Gréban joue sur les lieux communs de la banale horreur, du dessous du lit à la voisine bizarre. « Ce n’est pas agréable d’avoir peur » mais c’est humain, mais il y a des remèdes. Pour faire briller son fantôme dans le noir, jouer avec les éclairages, de la lumière à l’ombre sur un monde très vivant, tout en relief, Quentin Gréban excelle une nouvelle fois. Qu’est-ce que c’est beau! Voilà un album qui retourne avec brio la classique confrontation entre l’humain et le revenant, pour s’unir, se renforcer et s’affranchir.

