Christian Merveille ne chante plus beaucoup mais enchante différemment les contes de notre enfance avec Pressé, pressé et La maison de Monsieur Loup

© Merveille/Martinuz chez Mijade

Au plus près des mômes et des étoiles à décrocher pour les mettre dans leurs yeux, le Belge Christian Merveille a eu plusieurs vies. Instituteur, chanteur pour enfants durant une vingtaine d’années mais aussi auteur d’album jeunesse illustré. Avec le printemps, en voilà deux de plus aux Éditions Mijade, nous invitant à la campagne, revisitant les histoires et contes qui ont marqué durablement les enfances de bien des générations. Le lapin blanc (allez, c’est un lièvre brun ici) du pays des merveilles mais aussi tous les personnages (animaux ou humains) qui ont été confrontés au grand méchant loup.

Pressé, pressé: ne cours pas si vite, lapin blanc ou lièvre brun

Résumé : Du matin au soir, le lièvre brun a détalé, déboulé, dans les escaliers de son immeuble, au coin de la rue puis à travers champs et bois. Pour aller où? Mystère. Lui seul le sait. Trop bien? Puisqu’il ne regarde pas le chemin.

Attribuée non pas à Lewis Carroll mais à Robert Louis Stevenson, « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage » est une citation qui colle à cet album, quitte à s’opposer au White Rabbit qui s’égosille à dire qu’il est « en retard, toujours en retard ». Plus de 150 ans après son apparition initiale, cet archétype n’a décidément rien appris de ses erreurs, de sa course folle et insensée. Le voilà donc qui remet le couvert, tête baissée. Explosant le décor.

© Merveille/Sangio chez Mijade

Sur un texte minimaliste, répétitif (« Il est pressé, très pressé, tellement pressé« ), Christian Merveille crée un rythme de folie dans son album, induisant le lecteur à tourner les pages toujours plus vite, de manière incontrôlée. Il faut dire que l’écrivain est bien accompagné dans cette véloce aventure par l’illustrateur Lorenzo Sangiò, très à l’aise pour marier décor impressionniste et animaux anthropomorphes trop mignons. Mais, dans un premier temps, on ne s’y attarde pas car le lièvre court toujours plus vite, tombe, se rattrape, bondit de plus belle. Il est intenable. Même quand Lorenzo Sangiò découpe, comme dans une danse stroboscopique, un trébuchage et une roulade. Une cascade. Qui n’arrête pas notre léporidé en si bon chemin. En si bon chemin? Vous êtes sûr? Il va à la vitesse de la lumière (si belle, comme les couleurs, encore plus quand la nuit tombe) qu’il a loupé un embranchement.

© Merveille/Sangio chez Mijade

« « Tu me lis ce livre? » « Oui mais en vitesse alors » Et l’histoire se passe en un clin d’oeil sans rien voir des images du paysage. Mais c’est perdre son temps que de ne pas le prendre. » C’est ainsi que l’éditeur résumait cet album qui en effet prend de court notre course en nous renvoyant, comme dans un jeu de société, à la case départ, pour tout reprendre à zéro et down tempo. En courant comme un dératé, le lièvre a tout manqué, tout dépassé, alors qu’il aurait pu être bien mieux accompagné pour arriver à destination ni trop tôt ni trop tard. C’est vrai, parfois, dans nos lectures à nos enfants (même s’ils demandent dix histoires d’affilée) ou dans les nôtres, nous nous abandonnons à l’automatisme, au frénétisme. Et en nous renvoyant à la première page de cet album dès lors à redécouvrir, et qui avait jusque-là l’air un peu creux, ce lapin blanc au pays de Christian Merveille nous donne une jolie leçon, qui va bien plus loin que le monde des livres et s’adresse à tous les âges, au petit qui écoute et regarde avant de s’endormir, comme à son parent qui lisait plus qu’il ne s’arrêtait sur les images. Waow.

À lire chez Mijade.

Pierre, le petit chaperon rouge ou les trois petits cochons ne seront-ils donc jamais tranquilles?

Résumé de La maison de Monsieur Loup par les Éditions Mijade : Dans un village comme il en existe dans tous les contes‚ se dresse une étrange maison‚ celle de Monsieur Loup. Tout le monde le craint et évite sa demeure‚ alimentant des rumeurs effrayantes. Mais un jour‚ le héron‚ facteur‚ doit lui livrer une lettre. Intrigués‚ les villageois le suivent en cachette‚ impatients de découvrir enfin qui se cache derrière cette mystérieuse maison. Ce qu’ils découvrent ce jour–là changera pour toujours leur façon de voir Monsieur Loup.

« Au village, sans prétention, il… a mauvaise réputation. » Si l’on en croit la rumeur qui a fait le tour du village et de cette improbable et lugubre tour qui le domine, le loup a élu domicile là. Enfin, Monsieur Loup. Alors, du matin au soir, les habitants passent en coup de vent et trouvent tous les stratagèmes pour éviter d’attirer l’attention du prédateur. Il est partout, dans la forme des nuages, dans le spectacle de marionnettes qui fait frémir les enfants (et pas que) et forcément dans l’histoire commune qu’ont Pierre, le petit chaperon rouge, les trois petits cochons ou encore la chèvre et ses sept chevreaux. Mais, un jour, l’arrivée d’un facteur, avec un pli pour Monsieur Loup, pourrait bien changer les mentalités. Le nouveau venu ne se démonte pas face aux encouragements des villageois à rebrousser chemin. À ses risques et périls.

© Merveille/Martinuz chez Mijade
© Merveille/Martinuz chez Mijade

Avec Stefano Martinuz au crayon, sautillant sur un air de violon, amusant au fil des déguisements trouvés par les proies du grand méchant loup et des symboles convoqués dans cette histoire, Christian Merveille tort le coup aux clichés et à cette croyance qui veut que les noms, les appellations figent des réputations. « Il y a des rivières qui se nomment la Trouille ou la Haine. Des lieux dits qu’on appelle « l’Enfer » ou « La fin du monde ». Des noms de rue bizarres : rue d’Hublinbu‚ rue des Étangs Noirs‚ rue du trou perdu. On n’ose pas trop fréquenter ces endroits. Ils n’inspirent pas confiance. Il y a aussi des personnes affublées de noms bizarres‚ des animaux qui ont mauvaise réputation‚ comme le loup par exemple. Il suffit d’aller à leur découverte et s’apercevoir qu’il y a une différence entre ce qu’on croit et ce qui est. », résumé l’auteur. On ne saurait mieux dire, et mieux lire que cet album, là encore, surprenant et bienveillant. Dans le cas de ma fille, le soir suivant, elle redemandait cette histoire. Mission réussie, public convaincu.

© Merveille/Martinuz chez Mijade
© Merveille/Martinuz chez Mijade

À lire chez Mijade.

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