Le Dragon, une pièce emblématique de l’auteur russe Evgeny Schwartz, prend vie actuellement sur la scène du Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, avec une distribution impressionnante comprenant Fabian Finkels, Othmane Moumen, Thierry Janssen, Karen De Paduwa, Mireille Bailly, Julien Besure, Marvin Schlick et Elsa Tarlton.

Lancelot, chevalier errant des temps modernes et « justicier » de profession, découvre une ville qui vit depuis 400 ans sous la dépendance d’un horrible dragon à trois têtes. Lancelot va combattre le dragon pour cette ville, pour lui rendre sa liberté. Mais il découvrira que le dragon n’était pas la principale source de la servitude car le Bourgmestre avide de pouvoir aura vite fait d’instaurer une nouvelle tyrannie…

La pièce, représentée pour la première fois en 1944, l’année qui suit la bataille de Leningrad, et se voulant un hymne joyeux à la liberté et à la résistance à toutes les oppressions, fut immédiatement interdite car écrite dans une Russie écrasée par le souvenir du tsarisme, la menace nazie et la dictature stalinienne.

Au Parc, cette adaptation moderne est mise en scène de main de maître par Axel De Booseré et Maggy Jacot. Baroque et burlesque à la fois et teintée d’expressionnisme poétique, elle réussit à capturer l’essence de l’œuvre originale tout en lui donnant une touche totalement folle et originale.
Les vidéos de Allan Beurms impressionnantes comme toujours, les lumières orchestrées par Gérard Maraite et la musique signée Guillaume Istace constituent un formidable écrin pour ce spectacle totalement bluffant.
Il faut aussi bien entendu mentionner l‘incroyable travail de maquillage et de coiffures créé par Wendy Willems.

Dès les premières scènes, le public est plongé dans un univers fantastique où le drame et la comédie se mêlent habilement. La mise en scène, astucieusement orchestrée, crée une atmosphère à la fois ludique et réfléchie, permettant aux spectateurs de s’interroger sur des thèmes universels tels que le pouvoir, la peur et la résistance.

Fabian Finkels, dans le rôle du Dragon, offre une performance captivante, impressionnante et effrayante.
Quand à Othmane Moumen , il incarne le Bourgmestre avec une caricaturale intensité remarquable et séduit grâce à son sens du timing comique et sa présence scénique naturelle. Sa complicité évidente avec Thierry Janssen qui joue Henri son fils, un personnage haut en couleurs qui lui donne tout loisir de démontrer toute l’amplitude de son art, fait merveille.
Réellement ces deux là éclaboussent la pièce de leur présence et de leur talent.

Dans le rôle de Lancelot on retrouve Marvin Schlick , comédien que je découvrais pour ma part et qui s’acquitte bien de son rôle plus conventionnel.
Quant aux personnages plus secondaires joués par Karen De Paduwa en Ministre des prisons , Julien Besure qui campe un chat espiègle mais assez lucide, Mireille Bailly qui interprète la mère d’Elsa, et Elsa Tarlton qui joue Elsa la citoyenne sur laquelle le dragon a jeté son sinistre dévolu et dont il veut prendre la vie, ils complètent tous superbement une distribution réellement jouissive.

Ludique, drôle, tragique, folle, cruelle, festive, Le Dragon est une pièce majeure, aussi bien comédie burlesque et politique que conte fantastique et aventure philosophique, un appel au courage et à la vigilance, une sorte de fable qui rappelle que certaines dérives de la démocratie peuvent être le premier pas vers la dictature.
Une pièce qui souligne l’importance de la responsabilité citoyenne dans les combats pour la liberté.
Tout simplement incontournable !
Jean-Pierre Vanderlinden
Le DRAGON, au Théâtre Royal du Parc jusqu’au 31.05.2025
