Philippe Boxho est La Star du moment. Médecin légiste à Liège, en Belgique, il est de tous les plateaux TV, de toutes les vidéos Facebook et Instagram… Il donne des conférences, ses séances de dédicaces occasionnent de longues files d’amateurs et il participe même à une émission de TV sur les tueurs en série sur une chaîne nationale. Bref, dans le monde belge (et au-delà?) des amateurs de crimes, il est devenu incontournable. Et il faut reconnaître que ses vidéos et interviews sont passionnantes, captivantes. L’homme raconte bien, met beaucoup de suspense et d’humour dans ses récits et beaucoup d’intonations et de vie dans sa voix. Un comble pour un médecin légiste ! Alors, lorsqu’une voisine m’a apporté son premier livre Les morts ont la parole, j’étais curieuse, impatiente et avide de découvrir ce que le médecin avait eu envie de graver sur du papier… On y apprend avec intérêt ce qu’est la vie réelle d’un légiste, sans romance et sans les séries TV…. On découvre un peu de l’histoire du service médico-légal et de ses techniques d’investigation… Mais force est de constater que le médecin est bien meilleur orateur qu’écrivain… Et cela pèse beaucoup sur la lecture !
Résumé de l’éditeur : Médecin légiste, Philippe Boxho nous fait découvrir son quotidien fait de morts qui ne le sont pas toujours ou pas encore, de disparition de cadavres, de dissimulation de meurtres, de suicides étonnants. Les histoires qu’il raconte sont issues de la réalité, rien n’est inventé, il n’y a d’ailleurs pas besoin d’inventer, la réalité se suffit à elle seule tant l’imagination humaine est libérée quand il s’agit de mourir, de tuer, de se suicider, de faire disparaître un corps. Après un décryptage des séries américaines CSI, « les experts », en plus de 30 histoires, il raconte son métier, sa passion. Il nous raconte l’évolution des corps après la mort à travers des histoires de momies et de mouches, puis il s’arrête sur cet homme qui pensait mourir d’un seul coup de feu et qui restait encore vivant après le trentième, sur cet autre qui, en voulant se pendre, est décédé d’une fracture du crâne, ce meurtrier qui n’aurait jamais dû consommer d’alcool, cette morte qui transpirait. Vous ne verrez plus jamais un cochon ni un insert de cheminée de la même manière. Ce livre nous invite à rire de la mort avant qu’elle ne nous sourie.
Ce premier opus d’une série qui va bientôt voir naître le quatrième présente des intérêts. Sur l’aspect factuel du métier d’abord. Qu’est ce que le quotidien d’un médecin légiste depuis les années 1980 ? Comment commencent les journées de boulot, l’appel téléphonique qui l’emmène parfois loin, parfois tellement proche que l’auteur choisit de s’y rendre à pied avec son sac à dos. « Allo docteur, vous pourriez vous rendre à…? C’est bizarre ! » Qu’est-ce qui peut sembler bizarre quand on a déjà vu tant de morts étranges ? Cet aspect des choses, le bureau qu’il laisse en plan le samedi matin parce qu’il est de garde, les policiers qui s’impatientent parce qu’il a mis deux heures dans les bouchons, l’adresse qu’il ne trouve pas, la voiture de police qu’il repère en premier… Il rend ce quotidien réel et presque normal alors qu’il faut reconnaître que le métier est loin de l’être.
La description de la méthodologie du médecin pour étudier une scène de crime est également riche d’enseignements. Ne pas se précipiter, toujours regarder l’environnement de la victime, faire le tour de la maison puis revenir au corps. L’étude visuelle puis médicale de ce dernier, la prise des paramètre et la dissection, rien n’est épargné au lecteur. C’est pour cela qu’on ouvre ce type d’ouvrage, pour avoir la sensation d’approcher au plus près d’une scène de crime… sans l’émotion ni les odeurs qui y sont généralement reliées.
Et puis il y a quelques descriptions de méthodes forensiques, l’étude des mouches, des balles, des trajectoires, des armes… On aimerait plus de détails, plus de savoir. Et il y a quelques infos historiques sur les premières utilisations de l’ADN, des empreintes digitales, de mesures biométriques permettant l’élaboration du premier fichiers des criminels à Paris au siècle dernier… C’est savoureux et ça permet également d’intégrer pleinement les progrès scientifiques en matière légale.
MAIS, et c’est un grand mais… La mise en page n’est pas agréable et l’écriture peu qualitative. L’auteur fait beaucoup de digressions et d’ellipses qui finissent par faire perdre au lecteur le fil des histoires pourtant courtes. Parce qu’en nous parlant d’un cadavre retrouvé au milieu d’une pièce noire de mouches, il nous parle du spécialiste des mouches, de la technique pour dater un cadavre au départ des pupes (des différents stades larvaires), des Etats-Unis et de leurs mouches non-européennes, des caractéristiques physiques et mentales de l’expert es-mouches, d’une blague ou d’un dialogue avec ce dernier et enfin, il revient aux cadavres de chitine qu’il écrase au sol en allant ouvrir la fenêtre. Si le récit écrit était aussi savoureux que les histoires orales racontées en interview, on en redemanderait… Mais malheureusement, l’écriture est plate, sans émotion, et les blagues font plouf. J’apprécie pourtant beaucoup le docteur lors de ses entrevues médiatiques.
Plusieurs chapitres contiennent également des phrases du type « comme j’en ai déjà parlé dans un précédent chapitre » ou « nous y reviendrons dans un autre chapitre« … L’auteur ajoute aussi de la lourdeur en répétant des informations déjà citées… Et nous laisse un peu le même sentiment qu’après une entrevue avec un de ces médecins qui vous prend de haut et vous parle comme à un enfant… Peu agréable, à n’en pas douter…
Enfin, même si la personnalité publique laissait présager cela, le médecin aime particulièrement se mettre en avant… Ce qui implique qu’au fil des pages, on pourrait facilement oublier que la résolution d’une enquête est un travail d’équipe… et qu’il y a d’autres médecins légistes compétents en Belgique !
Je ne regrette pas d’avoir eu ce livre entre mes mains car j’y ai appris des choses et, surtout, cela a permis d’assouvir ma soif de curiosité. Il semble évident que je n’achèterai pas les prochains mais je n’ai aucun doute sur le succès qu’ils rencontreront. Par contre, je continuerai à écouter avec délice les aventures du Dr Philippe Boxho, et peut-être même que je me rendrais à une conférence s’il venait près de chez moi. Parce que s’il y a bien un talent qu’il possède, c’est celui d’un grand orateur. Et c’est un bonheur de l’écouter…un peu moins de le lire !
Auteur : Philippe Boxho
Titre : Les morts ont la parole
Editions : Kennes
Sorti le 01 juin 2022
176 pages
Prix : 19,90 €



