
Au coeur de ce qui pourrait être un dernier été dans la maison de villégiature familiale, une future maman, veuve depuis peu, cherche à percer la promesse bizarre faite aux anciens propriétaires, il y a des décennies: ne pas toucher aux murs d’une chambre! Pourquoi? Va savoir! Julie va creuser le sujet, convoquer des gens qui lui sont étrangers… et pourtant tellement proches dans sa douleur et ses espoirs. Avec cette réédition de La maison de la plage (sorti en 2019), renommé Tous nos étés, Séverine Vidal et Victor L. Pinel témoignent à nouveau de leur humanité à fort supplément d’âme.

Résumé de Tous nos étés par Grand Angle : Cet été, Julie retourne dans la maison familiale où elle a passé toutes ses vacances, et que l’oncle Albert souhaite vendre. La nouvelle passe mal. Pour la famille réunie une dernière fois, les retrouvailles sont empreintes de nostalgie. Il y a les jeux d’enfants, les rires, les grandes tablées, les discussions sans fin, quelques disputes aussi… Les murs ont tout vu et tout entendu ! Julie, enceinte de sept mois, vacille. Elle profite de ce dernier été pour percer le mystère de cette maison et … retrouver l’équilibre.

Maisons de vacances, maisons de vie quand même. Il y a des locations. Puis, il y a des secondes résidences, dans lesquelles on passe quelques semaines, quelques saisons. Qu’on loue à son tour ou qu’on garde comme un trésor bien gardé. On peut les habiter, les habiller autrement que nos lieux de vie principaux, les mettre à notre goût, mais un autre que le métro-boulot-dodo.

Premières planches: dans l’obscurité, la lumière n’a pas filtré depuis longtemps. Puis, à tâtons, le plancher craque, les portes s’ouvrent sur le soleil. Bienvenue en vacances, quelque part où il fait toujours beau, où la mer est à un jet de pierre. Ici, Julie, Manon, Pierrot, Elno, Richard et les autres, au fil de trois générations, ont passé une grande partie de leurs souvenirs, de leurs vies insouciantes et estivales.

Mais, il y a une ombre au tableau. Cette fois, c’est fini, il se pourrait bien que ce soit le dernier été dans cette maison. L’un des oncles a décidé de vendre sa part, ses frères et soeurs ne pourront pas forcément la lui racheter. Il va falloir vendre et, qui sait, mettre à mal le mystère de la chambre jaune, avec le papier peint à montgolfières. La promesse a été faite aux anciens de ne jamais refaire cette chambre, de la laisser dans son jus. Rien à voir avec Barbe-Bleue, mais un mystère quand même.

Si certains se sont habitués à cette originalité, Julie, cette année, a du temps à tuer. Elle est prise dans un entre deux : le temps s’est arrêté depuis la disparition de son compagnon et, en même temps, a continué de filer, comme elle est enceinte et que les mois sont passés, la rapprochant du terme tout en la laissant nostalgique du bonheur perdu. Alors, dans ses moments de solitudes consentis, Julie parcourt la maison, du hamac à l’étage, pour faire éclater la vérité enfouie. Tout est sous ses yeux mais comment résoudre le puzzle.

Cet album aurait pu faire une cinquantaine de pages, il en fait 160. Séverine Vidal et Victor L. Pinel (les deux font la paire, ils avaient déjà créé la trilogie Les petites marées et Le Plongeon) ont choisi le temps long, de cultiver l’intensité des moments plutôt que l’intensité du suspense. Cela donne peut-être quelques longueurs et une puce un peu trop facilement mise à l’oreille mais, surtout, une collection de magnifiques séquences de vie, comme si c’était le dernier jour de l’été, des congés. On y croit à cette famille, où tout n’est pas toujours rose, mise en place par les auteurs, dans des couleurs différentes, avec des rituels communs et des évasions. La mise en image est d’une poésie magnifique et le fond est super-touchant. Pourquoi faudrait-il enterrer les mauvais souvenirs quand on peut leur donner de l’amplitude, en faire des soleils. Un album triste et pourtant tellement chaleureux et plein d’espoir.

À lire chez Grand Angle.

















