
On reprend son souffle, on redécolle, pour mieux s’écraser! Dans le deuxième tome (sur trois) du Vaisseau d’Amelia ou le one-shot Bon Voyage?, place aux voyages aériens et à leurs turbulences qui font que certains n’atteindront jamais leur destination. Pas besoin de vous répéter les consignes en cas de problème sur le vol, vous savez où se trouvent les issues de secours et le masque qui tombera devant vous. Bon vol.

Escale dans la jungle

Résumé du tome 2 de Le vaisseau d’Amelia par Albin Michel : Après avoir subtilisé le vaisseau dirigeable de son père, la jeune Amelia Erroway a fait naufrage au milieu d’une forêt tropicale. Elle y est recueillie par des frères jumeaux qui vivent dans une maison-arbre. Leur obsession : percer les secrets de la mécanique aéronautique pour s’envoler au-dessus de cet immense océan végétal !

Après un premier tome complètement magique et insouciant, B.C. Peterschmidt a ramené (ou pas) Amelia Erroway, fille du célèbre capitaine du même nom, sur le plancher des vaches… ou plutôt les lianes des Ayvens, de grandes créatures vertes, barbues et ailées qui permettent aux petits d’homme de viser plus haut que ce à quoi ils pouvaient prétendre avec les seuls bras et jambes. Même quand comme Amelia, on se voit pousser des ailes, quitte à faire une solide gaffe. Une erreur de jeunesse. C’est donc comme ça que l’intrépide et fougueuse (imprudente aussi) aventurière s’est retrouvée dans un monde inconnu, dans lequel vivent les jumeaux Rastor et Fynley, et leur maman qui leur laisse des libertés… mais pas trop. Elle reste une maman. Et vu comme le trio est casse-cou, il faut être vigilant car la chute peut faire mal.

Chance pour Amelia, ses hôtes ont comme elle la passion des airs, de tutoyer les nuages, au-dessus des arbres. Amelia donne l’impulsion, les frangins mettent leurs cerveaux à ébullition pour tenter de réparer le dirigeable avec lequel notre héroïne s’est crashée. Mais le temps presse, la jungle est vorace et pourrait vite engloutir le gros vaisseau.

Dans ce deuxième acte (sur trois), on tourne un peu en rond. Bien sûr, il y a de la voltige, des couleurs qui pètent, le dynamisme et la générosité de Peterschmidt sont intacts. Mais on s’éternise dans cette jungle, les méninges chauffent, à force d’essais-erreurs, de calculs et d’une logorrhée un peu technique, peut-être hors de portée du public jeunesse. On passe un bon moment, mais comme dans le premier tome, il m’a manqué un petit quelque chose, un ingrédient, une surprise, pour relancer la tension et l’intérêt. J’aurais aimé savoir comment le monde d’où provient Amelia, son père réagissent à sa disparition. Parce que là, on reste dans un vase clos, verdoyant et tropical, et on a l’impression que B.C. Peterschmidt est un peu piégé, en attendant, j’y crois, une porte de sortie magnifique. On croise les doigts, en attendant, on ne crache pas dans la soupe, la facture graphique et esthétique reste fantastique.


À lire chez Albin Michel.
Bon Voyage?

Résumé de Bon Voyage? par Grand Angle : Un luxueux hydravion qui disparaît, des passagers cabossés par la vie, un mystérieux questionnaire, une île inconnue au milieu de l’océan…6 avril 1948, le Latécoère 631, le plus grand et le plus luxueux hydravion français jamais construit, s’envole en direction de la Martinique avant de disparaître. Aux commandes, Marceau, Victor et Alice, trois amis, anciens vétérans, qui ont vécu l’enfer de la Seconde Guerre mondiale et qui sont persuadés qu’une troisième est imminente. Quant aux 44 passagers, eux aussi bien cabossés par l’existence, ils ont tous répondu au mystérieux questionnaire d’un jeu concours pour se retrouver à bord de l’hydravion. Le petit coin d’enfer ou de paradis perdu qui les attend au bout du voyage, leur réserve des surprises et pourrait peut-être bien leur redonner goût à la vie…


Ils ont gagné le gros lot : un voyage dépaysant au bout du monde et un 1er vol à bord du plus grand hydravion français: le Latécoère 631. Sauf qu’ils n’arriveront jamais à destination. Pas de spoiler, l’histoire de Jack Manini et Michel Chevereau le dit, le montre, dès les premières planches. L’intrigue n’est pas là. Commence alors le compte à rebours pour comprendre ce qui a pu se passer, si les passagers (mal)chanceux sont toujours vivants quelque part (pas à Fort-de-France) et les raisons qui ont conduit trois vétérans de la seconde guerre mondiale à mettre sur pied cette grande opération philanthropique, hors-norme.


Chapitré selon les lieux et les dates qui permettent de mieux assembler les pièces du puzzle, ce récit est raconté en faux suspense, choral et à rebours. Il est magnifiquement dessiné par Michel Chevereau, sur la terre comme dans les airs, tandis que Jack Manini est malin pour faire se télescoper différents sujets et pistes. Pourtant, si l’intrigue est originale et surprenante, que tout le monde se retrouve pris au piège même ceux qui pensaient s’en sortir, cet album manque de surprises et, par ses brefs chapitres, installe une monotonie plus que du rythme, une mécanique plus qu’une vie. J’aurais aimé, je crois, un peu plus de psychologie de tous ces personnages emmenés en voyage, pouvoir le vivre avec eux. Au lieu de ça, le scénario survole l’histoire humaine qu’il aurait pu raconter.


Preview :














À lire chez Grand Angle.
