
Les Éditions Delcourt ont leur série Jour J, de nombreuses autres maisons veulent avoir leur collection historique, voilà donc que les Éditions du Tiroir lancent leur Heure H, issue d’un partenariat avec l’émission radio du même nom, à succès sur les ondes de la RTBF mais aussi en podcast. Présenté par Jean-Louis Lahaye, le format s’avère être un vivier inépuisable d’histoires qui ont changé l’Histoire, dans tous les sens. Bonnes recrues pour le Neuvième Art?

Résumé de L’Espion qui a piégé Hitler par les Éditions du Tiroir : “La réalité dépasse la fiction” : nulle autre expression forte ne convient mieux à la vie de Juan Pujol Garcia (1912 –1988), l’agent double qui a fait perdre la guerre à Adolf Hitler. Rien ne préparait ce jeune Barcelonais à jouer un rôle majeur dans le débarquement des Alliés en Normandie. Il élevait des poules lorsqu’éclata la guerre d’Espagne, en 1936. Les péripéties de cette guerre civile sans merci l’ancrèrent dans une conviction : tout doit être entrepris pour sauvegarder la démocratie. Ainsi, il conçut une haine féroce à l’égard des nazis et parvint, après plusieurs essais manqués, à décider les Anglais d’accepter ses services. Pujol monta la plus rocambolesque escroquerie dont les nazis, et particulièrement Hitler, furent les victimes d’une naïveté confondante. Jugez-en : Pujol les persuada qu’il disposait d’un réseau d’informateurs en Angleterre – tous, imaginaires, et sans qu’il ait posé un pied sur le sol britannique ! Jusqu’au dernier moment, Hitler crut en la sincérité de Pujol et crut que le débarquement du 6 juin 1944 aurait lieu, non pas en Normandie, mais dans le Pas-de-Calais. Basé sur la célèbre émission de la RTBF (radio belge), L’Heure H, le présent récit raconte aussi la traque dont Pujol fit l’objet après la guerre. Les nazis, anciens ou néo, ont la rancune lourde et rêvent de se payer la peau de celui qui a ridiculisé le régime le plus odieux de tous les siècles. Le récit haletant de cet album s’inscrit dans une autre conviction : plus jamais la dictature, plus jamais la guerre.
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Pour bien lancer cette collection qui voit sur le long cours et a connu un démarrage canon qui donne raison à l’éditeur, le regretté Alain De Kuyssche (disparu au début de cette année sans avoir pu tenir cet album), le dessinateur portugais Carlos Valdeira et le coloriste Yves Magne ont jeté leur dévolu sur Juan Pujol Garcia. Un anonyme qui a pourtant fait friser la moustache cauchemardesque d’Adolf. Devenu « Arabel », cet Espagnol, fervent défenseur de la démocratie et opposant à la violence, quitte à passer à l’offensive maligne et néanmoins risquée, est devenu espion. Par la porte ou par la fenêtre, Pujol a frappé à la porte de plusieurs nations pour proposer ses services jusqu’à échouer dans le camp de son pire ennemi. Les nazis dont il gagna la confiance afin de mieux mal-influencer et désinformer leurs décisions. Car Pujol était un crack, se forgeant une aura basée sur du vent et des fantômes mais très crédibles pour donner un coup d’avance à qui l’avait à sa botte. Ou un coup de retard.

Véritable James Bond, préférant toutefois le téléphone au Walther PPK et aux gadgets de l’agent de Sa Majesté, Pujol s’est fait oublier après avoir brouillé les cartes (du côté du Pas-de-Calais) du Débarquement que redoutait le Reich. Pour le retrouver, il y a Zoa Garcia, l’héroïne inventée par les auteurs et qui voyage au Vénézuela. Là où Pujol a aussi été retrouvé par les héritiers haineux des défaits de 1945. Zoa va pourtant gagner la confiance et ainsi cuisiner le héros oublié de la guerre, pour percer ses secrets, dans des va-et-vient entre le passé et juillet 1988 à Lagunillas.

Forcément si le destin de Pujol et remarquable et incroyable, il est plus terre à terre, plus dans la réflexion que dans l’action utilisant plus le bagout, crânement, que les effets spéciaux. C’est un insaisissable personnage, qui ne se montre pas trop, se fait oublier (quitte à être à deux endroits en même temps) pour mieux être efficace. C’est du théâtre plus que de l’action et, forcément, pour un adaptateur BD un piège à raconter. L’image la plus spectaculaire de cet album? Sa couverture! De Kuyssche et Valdeira réussissent leur mission tout en me laissant sur ma faim. Les allers-retours dans le temps sont un peu usants et donnent l’impression d’effleurer l’histoire, de rester à distance sans s’engager clairement. C’est à la fois lent et rapide, avec en tant que lecteur l’impression qu’il y aurait eu moyen de gratter un peu et de donner un peu plus de corps, de sensations et d’émotions. Ce qui nuit aussi au dessin, à ses effets de couleurs, qui m’ont semblé un peu daté, naïf et parfois instable. Cet album ne démérite pas mais l’histoire haute en couleur de Pujol méritait peut-être un peu plus d’audace.


Le prochain épisode de L’Heure H changera totalement de décor et de genre avec Le miracle de Noël, Dickens.
À lire aux Éditions du Tiroir.
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