
Courageuse parution que cet album qui noircit un peu le tableau de la Libération par les troupes américaines et nuance, par des actes certes isolés, la bravoure du Débarquement. En enquêtant sur les viols et meurtres de jeunes Françaises, Chacma, Marko, Inaki Holgado et Léa Chrétien livrent une histoire très documentée, forte en rebondissements et en traumatismes de guerre. Mais la famille et l’amitié peuvent-ils être plus fort que le reste?

Résumé du tome 1 de MP – Police Militaire par Le Lombard: L’histoire officielle du Débarquement glorifie les Américains, ces héros venus libérer les Français en juin 1944. Mais qui garde les gardiens, tandis que les cadavres de civiles françaises s’accumulent en Normandie ? Deux hommes tentent de s’interposer : le sergent Howard Cox, ex-flic new-yorkais, et Wilhelm Reiter, l’obersturmführer nazi anciennement en charge du secteur. Car il n’y a qu’au front que les choses sont noires ou blanches. À l’arrière, c’est une autre histoire…

Je sais ce que vous vous êtes dit en voyant le titre. MP – Police Militaire, quand on a l’habitude des albums commandés par des institutions (la police du rail, la Défense, des avions dans tous les sens…), pas toujours très bons moins à cause de paresse scénaristique que d’imposants cahier des charges. Ça sent le produit de placement sans âme, bien souvent. Hé bien, ici, pas du tout.

Avec cet album qui, a priori, n’inaugure pas de série (même s’il y a des qualités pour), Chacma met son souci du détail au service d’une enquête se déroulant dans la France d’il y a tout juste 80 ans. Alors, les GI’s viennent de débarquer, accueillis en héros libérateurs par le peuple de France, ce qui n’empêche pas des dommages collatéraux, des comportements déviants. Pour cause, pour nourrir cet impressionnant mouvement de troupes, l’Armée américaine a recruté ses meilleurs éléments mais a dû arrondir le nombre en appelant des hommes de moeurs moins héroïques, plus contestables. Des repris de justice, des petites frappes mais aussi de potentiels grands malades.

Alors, à l’écart des champs de bataille, ceux à qui certains ont vendu des jeunes françaises comme des filles faciles s’en donnent à coeur-joie. Quitte à dépasser les bornes de la drague courtoise, à bousculer, à déchirer, à trucider. Des viols, des meurtres. Quand le sauveur peut être encore pire que l’occupant.

En associant trois hommes et une femme, dont les têtes brûlées que sont Howard Cox et Wilhelm Reiter pour mener la danse, parfois à contre-temps de l’état-major, Chacma entraîne le lecteur non pas dans une mais dans deux enquêtes en parallèle, manière de brouiller les pistes mais aussi de visiter divers coins d’un champ de bataille pas encore libéré, et d’en faire de vraies mines d’or documentaires. En effet, il y a plein de petites anecdotes, des histoires méconnues qui passent par les dialogues mais aussi le dessin et sont expliquées en fin d’album. Même quand on se dit: « non ça, c’est pas possible ». De quoi contribuer à faire de cette enquête, plus qu’une fiction. Aussi parce que des faits divers et éparses détestables comme cet album en témoigne, il y en a eu.

En brouillant les pistes et en créant une équipe complémentaire et charismatique, jusque dans ses oppositions, Chacma donne aux dessinateurs de beaux personnages à animer, chaleureux et avec leur part d’ombre. Le travail est très réussi, passant par toutes les émotions, de la chaleur humaine au glaçant, dans le sens de l’action, de la réflexion aussi. Marko est au storyboard, Inaki Holgado au reste. Puis Léa Chrétien signe des couleurs vraiment raccord, cherchant la lumière au coeur de l’enfer (la preuve dès la première planche, lancinante). Alors, peut-être l’histoire pourra-t-elle sembler un peu tirée par les cheveux, mais quand on parle de déviances et de traumatismes, peut-on prévoir et prévenir les drames à venir? Du très bon boulot pour un one-shot qu’on aimerait bien, une fois n’est pas coutume voir prolonger, tant son final nous laisse paf, complètement sous le choc. Éloquent.

À lire chez Le Lombard.
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