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BD| L’été sera sport, l’été sera foot, un peu rugby aussi, en bulles et en action, en drames et en remontada: Un dernier tour de terrain, Les Footmaniacs 2 et Adieu Coach

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© Sti/Saive chez Bamboo

Si l’été sera chaud? Ce n’est pas encore dit, vu la météo de ces dernières semaines. En tout cas, il sera sport, il sera foot. Entre l’Euro de football, les jeux olympiques, les épreuves cyclistes (dont le Tour de France), la BD publie tous azimuts des histoires de sport, en documentaire ou en fiction, en format court ou au long cours. La maison Bamboo et ses éditions petites soeurs ne sont jamais les dernières à jouer le ballon. La preuve par trois, avec deux albums de football et un de rugby.

© Guilloteau/Guilloteau

Agent trop cher et pas assez père

Résumé d’Un dernier tour de terrain par Les aventuriers d’ailleurs : En 1995, un agent de footballeur espagnol prêt à tous les sacrifices déniche un vrai talent, mais après une formidable ascension, le joueur se blesse et met un terme à sa carrière, entraînant la déchéance de son agent. En 2022, cet agent au crépuscule de sa vie a une seconde chance, notamment auprès de sa fille, devenue arbitre, avec qui il n’avait presque plus de contact.

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

Deux contre un, allez, on commence par le football et un superbe album paru chez Les Aventuriers d’ailleurs : Un dernier tour de terrain. De mémoire francophone (des albums espagnols ont pu m’échapper), c’est la première fois que Pedro Rodriguez – pas le joueur mais l’auteur, qu’on adore, ici, vous avez dû le remarquer (ici, ou encore par-là)- se frotte à une histoire d’humains dans le monde moderne, avec des buildings, des terrains de jeu, des smartphones, une mine plus sévère, plus inquiète. Car le monde ne tourne pas toujours de la même manière. Et tout peut basculer.

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

Si l’Euro comme le Mondial, au-delà de l’aspect compétitif, offrent toujours l’occasion de parler des salaires mirobolants des stars du crampon, indécents par rapport à d’autres sports, parfois plus éreintants, cet album permet d’aborder une des faces cachées du métier, au-delà des dorures. Car, comme toujours, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Et quand on croit y arriver, il faut s’accrocher, faire ses preuves, pour peu qu’on ait le temps de les faire. Et si le plan se casse la figure, la chute risque bien d’entraîner ceux qui ont cru en vous et ont parfois sacrifié le reste.

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

Beni est de ceux-là. S’il a réussi à refiler la passion du ballon rond à sa fille (côté sifflet), ce n’est pas faute de l’avoir reléguée au second plan, beaucoup trop souvent. Beni est agent, il voit du pays, d’un avion à l’autre, de la recrue d’une pépite en coup de bluff. Avant que les footballeurs soient des GOAT (greatest of all time), il faut parfois aller les chercher dans les profondeurs du classement, dans les divisions les plus basses. C’est là que Beni a trouvé Fali. Le début d’une grande histoire d’amitié et d’entraide, mais pas celle qu’ils auraient imaginée. Une bêtise, une erreur de jeunesse, une ivresse et terminé, bonsoir, retour à la casa!

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

Dans ce récit implanté sur deux époques, de 1995 à 2022, dans un paysage espagnol, Alvaro Velasco, Inaki San Romàn et Pedro Rodriguez explorent deux contextes très différents, celui des rois du pétrole et celui des as du système D pour peu qu’ils joignent les deux bouts à la fin du mois. Les auteurs réalisent un magnifique album, qui pue la vérité et la sincérité, l’humanité dans toute sa rugosité loin des photos lisses. Loin du bling bling (même s’il y en a), au plus près de l’humain derrière les carapaces médiatiques. Dieu qu’il y a de la sueur avant même d’espérer reprendre des couleurs sur un terrain. Beni ne peut plus compter sur une équipe de onze mais peut-être s’est-il trop reposé sur lui-même et doit-il s’ouvrir un peu aux autres, accepter de ne pas tout contrôler. Même s’il est vrai que, de toute façon, quand la chance passe, beaucoup vous tourneront le dos, retourneront leur veste. Il faut bien choisir ses ailiers, ses alliés. Fali en est un, Beni peut toujours tout lui demander, même si Fali a su sang-froid garder et rester près de sa famille. Pas comme son aîné dont les rapports familiaux sont désormais biaisés et polarisés par le dieu foot.

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

Oui, on pourrait détester Beni, pourtant, les auteurs et le trait de Pedro Rodriguez lui donne une humanité bouleversante, une abnégation qui force la tendresse plutôt que l’admiration. Dans cet album qui laisse présager une rédemption, mais c’est beaucoup plus complexe que ça, on passe de beaux moments (même si on n’aime pas forcément le foot), universels, on s’amuse et on s’émeut. Au-delà des gros poissons, des arrogants, des comédiens, il y a de vrais champions, dans l’ombre.

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs

22, v’là les footmaniacs: un album un peu gratuit

Résumé du tome 22 des Footmaniacs par Bamboo : Chaussez vos crampons et arborez fièrement les couleurs de la mauvaise foi, les Footmaniacs envahissent le terrain de l’humour ! Cette fois, pour pouvoir assister aux matchs de la Coupe d’Europe en Allemagne, Marcel Dubut se fait recruter par la fanfare officielle des supporters de l’équipe de France. Évidemment il ne sait jouer de rien, mais pour assister aux matchs et aux entraînements des Bleus et visiter tous les super stades de cet Euro 2024, il est prêt à tout. Vraiment tout !

« Soyons foot! Remboursé si la France gagne. » C’est peu dire que le macaron placé sur la couverture de ce 22e opus des Footmaniacs croit aux chances des tricolores (ça m’a toujours fait rire cette expression des journalistes français, car combien de nations ont trois couleurs sur leur drapeau?). Mais, pour le gag, précisons que les conditions vers lesquelles le site Bamboo renvoie sont celles de la Coupe… du Monde 2022.

© Sti/Saive chez Bamboo
© Sti/Saive chez Bamboo

Comme toujours, la troupe emmenée par Marcel Dubut s’est mise sur son 31 pour suivre au plus près la compétition européenne. Depuis le stade du FC Palajoy, le salon et sa télé ou, soyons fous, dans les rangs des stades allemands. C’est ainsi que le patriarche s’est enrôlé, en enfumant le comité organisateur, dans la fanfare officielle. Soyons francs, cet argument est loin d’être le fil rouge de cet album puisqu’il n’apparaît qu’à plus de la moitié et se résumé à une dizaine de planches. Les plus marrantes et mieux troussées de cet album.

© Sti/Saive chez Bamboo

Pour le reste, on sent que la série s’essouffle, se force à rire. On a connu Sti plus en forme, même dans des canevas sportifs. Bien sûr, les personnages sont bonhommes, typiques et clichés, mais ils ne suffisent plus à marquer des goals. Un match mineur et oubliable dans des stades qui manque cruellement de vie dans le dessin de Saive. Malgré les fulgurances fanfaronnantes et çà et là des bonnes idées (Marcel Dubut a passé l’âge d’être escort kid mais tente crânement sa chance, les boissons aux noms de joueurs…). Dans ce 22e cru, les footballeurs de papier manquent de peps et de souffle et le ballon est dégonflé.

© Sti/Saive chez Bamboo

Adieu coach: pour que ce ne soit pas qu’un au revoir

Résumé d’Adieu coach par Grand Angle : Cinq vieux briscards replongent dans la mêlée pour sauver le club de leur jeunesse. Quand Marius, le vieil entraîneur emblématique de l’Union Rugby de Voissy, tire sa révérence, c’est tout son club qui part à la dérive. Il n’y a plus d’argent dans les caisses, plus d’équipe masculine et un projet immobilier prêt à faire main basse sur son terrain… Paulo, Le Doc, Biquette, Gino et Charly, cinq vieux briscards, vont alors tout tenter pour sauver le club de leur enfance. Mais ce n’est pas facile de faire à nouveau l’union sacrée, car le temps a passé et maintenant, il presse. Et si la solution venait de l’équipe féminine ?

© Guilloteau/Guilloteau
© Guilloteau/Guilloteau

Allez on reste sur la pelouse mais on change les règles pour le troisième et dernier album de cette sélection sportive et humaine. On se doute que certains rongent leur frein en attendant que l’Euro soit passé. Place au rugby, dont les représentants seront plutôt tranquilles cet été. Pour les fans garder le rythme, il y a donc ce bel album signé par les frères Guilloteau. Pour les fans et tous les autres. Encore une fois, le sport visité par cette intrigue n’en limite pas le public.

© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle

Et si l’on pouvait craindre des redites thématiques avec Un dernier tour de terrain, le premier bouquin de cette sélection, (d’ailleurs, ici aussi, il est question d’une relation père-fille houleuse), il n’en est rien. Joachim et Boris Guilloteau empruntent d’autres voies. Il y a un peu du film The Full Monty dans Adieu coach, sur un autre terrain de jeu, avec des héros au caractère et au style bien trempé. De vieux de la vieille qui se croient toujours dans le coup mais ont désormais un autre match à gagner, celui de leur vie, dans lequel le physique ne sera pas le seul à compter. Pour sauver leur stade d’une démolition pour laisser place à un Interchampion (sic!), il faudra pour ces gars têtus et bruts de décoffrage la jouer fine.

© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle

Et si ça pète parfois entre eux, ces lascars bigarrés ont gardé de leurs années rugby le sens de l’effort collectif, se serrer les coudes, ne pas avoir peur de la mêlée. Le problème, c’est que leur rival, le grand investisseur qui fait peu de cas de leur temple, c’est un des leurs… qui a tourné carré. Raison de plus pour se méfier, d’autant plus qu’il semble de mèche avec la mairie. Seuls contre tous, Paul, Le Doc, Biquette, Gino et Charly vont devoir sortir le grand jeu pour prouver aux jeunes recrues (mais pas que) que le rugby a encore du sens et des leçons à apporter dans cette petite ville de Voissy.

© Guilloteau/Guilloteau
© Guilloteau/Guilloteau

Pendant 92 planches en compagnie de ces joyeux drilles (qu’il ne faut tout de même pas chercher, demandez aux géomètres qui essaient en vain de s’infiltrer sur le gazon), on ne voit pas le temps filer. On fait partie de la bande, dans ses excès et ses fulgurances. L’histoire est invraisemblable, mais des personnages aux auteurs, tout le monde y croit, y met ses tripes et sa verve. Ça bouge dans tous les coins, à l’avant et l’arrière-plan, les idées fusent, avec de la tension dramatique et de grands moments comiques (même de répétition). Dans ce puzzle d’âme brisée et n’ayant pas toujours leurs frites (vegans) dans le même paquet, tant le scénario que le dessin tirent leur épingle du jeu. Les frères Guilloteau sont raccords. Et pour son premier scénario, épaulé par Bruno, Joachim Guilloteau (qui a été… joueur et entraîneur de rugby mais aussi déménageur, topographe, viticulteur…) réalise un petit coup de maître. Au dessin, Bruno est incisif, mène la danse avec du caractère et de la tendresse, dans des couleurs noirs, blanches, bleues, jaunes et rouges que je trouvais étranges au début mais qui donnent une belle ambiance à cette aventure vintage et moderne, intemporelle. Généreuse, surtout.

© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle

Un dernier tour de terrain à lire chez Les aventuriers d’ailleurs

© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
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© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
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© Velasco/San Roman/Rodriguez chez Les Aventuriers d’ailleurs
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Le tome 22 des Footmaniacs à lire chez Bamboo

© Sti/Saive chez Bamboo
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Adieu coach à lire chez Grand Angle

© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
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© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
© Guilloteau/Guilloteau chez Grand Angle
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