
L’humanité pourrait-elle survivre à la maladie du sommeil? Après avoir fait de cette idée un roman d’anticipation, Yann Bécu le porte sur les planches de BD avec Francesco Trifogli au dessin et Axel Gonzalbo aux couleurs. Un périple de Prague à Berlin, à travers une Europe dévastée, dans laquelle les pays n’existent plus, des capitales ont disparu, d’autres tiennent mais pour combien de temps?

Résumé de Morpheus par Les Humanoïdes Associés : Depuis l’apparition du virus Morpheus, l’humanité est condamnée au sommeil vingt heures par jour. Pour tenter de survivre à ce chaos, les principales capitales ont déclaré leur indépendance dans une Europe au bord de l’implosion. A Prague, la mercenaire Juliette tente d’offrir une vie décente à sa fille en multipliant les missions périlleuses et en prenant des drogues pour rester éveillée. Sa rencontre avec le professeur Ivanov lui redonne l’espoir d’éradiquer le virus et de sauver sa fille. Commence alors pour eux une course frénétique à travers le no-man’s land européen, avec plusieurs groupes armés à leurs trousses…

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Ils étaient devenus des surhommes, comme des dieux, les voilà devenus bêtes de somme(il). La super-vitamine révolutionnaire, qui faisait tout réussir et créait une croissance exceptionnelle, a très vite révélé un sacré effet secondaire: une fatigue exigeant à chacun de roupiller toujours plus. Morpheus, c’est le nom du virus. Naturellement, par le jeu des lobbys et des autres chats à fouetter, personne n’a pu prouver de A à Z que la LAG (Like a god, ce cachet sulfureux) était responsable du chaos mais les conséquences étaient bien là. Il a fallu que la société s’adapte, que l’intelligence artificielle et robotique se déploient, car les êtres humains ne passent plus leur vie qu’au lit. Toujours plus. Ils ne travaillent plus, tout juste ont-ils le temps d’aller faire leurs courses, sur leur temps libre qui leur est compté, pourvu qu’il n’y ait pas d’accro, qu’ils rentrent à temps pour ne pas tomber las dans la rue, entre deux rayons. Mieux vaut aussi investir dans des robots ménagers, à tout faire, dans des majordomes humanoïdes pour gérer les affaires pendant vos « absences ».


Puis, il y a les services de sécurité dont fait partie la borderline Juliette. Des mercenaires qui veillent au bon déroulement des opérations dans ce monde composé de dormeurs, d’androïdes et de groupes terroristes convaincus que Morpheus est la meilleure chose qu’il soit arrivé à ici-bas. Même s’il doit tout éteindre. Et s’il reste un espoir de trouver un remède, ils l’annihileront.

Mais Juliette veut sauver sa fille, Chloé. Lui offrir une vie en dehors de ses rêves et de son oreiller.
Je pense que ça a déjà commencé. L’autre jour, en allant au boulot, sans exagérer, tous les piétons que j’ai croisé ont bâillé. Forcément, avec un thème comme celui-ci, alors qu’on court après les heures de vie privée, et de sommeil aussi forcément, il ne peut qu’y avoir adhésion, compréhension et immersion dans ce monde futuriste mais pas trop. Car tout peut désormais basculer très vite, quand on a vécu le Covid, les confinements.

En suivant le voyage de tous les dangers entrepris par Chloé, Juliette, le professeur Ivanov, et leur trio de robots complémentaires, Yann Bécu et Francesco Trifogli reconfigure l’Europe en mode post-apocalyptique, sauvage et méconnaissable. Car si à Prague, comme sans doute ailleurs dans les villes qui ont tenu bon, tout est sous contrôle – bien qu’une brèche ait permis à Juliette de fomenter son entreprise insensée et désespérée -, une fois les murailles passées, c’est le saut dans le grand vide, l’inconnu. Les communications sont rompues et si l’objectif est Berlin, rien ne dit que ces aventuriers y trouvent la civilisation et ce qu’ils cherchent: un labo qui permettrait de tester l’échantillon d’ADN d’un immunisé. Si pas, il faudra aller plus loin et risquer un peu plus sa vie.

Dans toutes les quêtes, il y a des bivouacs, des moments feu de camps durant lesquels il faut rester sur ses gardes pour survivre à la nuit. Avec un concept comme celui de Bécu, il y a plus de pauses que de voyages. Il faut rentabiliser les moments d’éveil et surtout s’aménager des itinéraires disposant de cachettes protégées. Même si Juliette prend des drogues qui la tiennent éveillée et affûtée face à toutes menaces. Ce qui n’empêche toutefois pas un moment de baisse d’attention.

Malgré une ou deux séquences clichées, on se laisse embarquer dans cette grande aventure de 110 planches (dont on verrait bien une suite) palpitante et riche en rebondissements inattendus. Seule contre tous, y compris ceux dont on ne penserait absolument pas à se méfier, l’équipée hybride de nos héros complexes est propulsée par le dessin tout terrain et spectaculaire de Francesco Trifogli. J’ai beaucoup aimé son bestiaire robotique, sa manière d’amener les scènes d’action, très dynamiques, pendant que Yann Bécu fait son laboratoire en testant les aptitudes de ses protagonistes, leur résistance, leur résilience, leurs pulsions de survie et autres. Avec une très bonne idée de départ, les auteurs tiennent le coup de bout en bout et nous laissent sur une fin ouverte, avec matière à réfléchir. Tout en donnant envie, quand on aura un peu oublié les éléments de l’intrigue de la BD, de lire le roman.

À lire chez Les Humanoïdes Associés.
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