
Après Paolo Pinocchio et La dernière comédie de Paolo Pinocchio, le pantin béni par cette bonne fée de Carlo Collodi et désormais maudit par ce diable de Lucas Varela n’en est pas encore à sa dernière danse avec le diable. Dans un troisième acte, le héros de bois, défiant les lois des hommes, quitte le format BD pour aller toujours plus profond dans l’enfer au rythme d’une illustration par page. Au format à l’italienne, forcément.

Résumé de Les misères et les malheurs de L’Averne par les Éditions Tanibis : Telle une pandémie, la rumeur se répandait par-delà les limbes : Paolo Pinocchio aurait rechuté en enfer. Après Paolo Pinocchio et La dernière comédie de Paolo Pinocchio, le sadique Lucas Varela fait subir à son personnage fétiche une nouvelle salve de châtiments. Pour notre plus grand plaisir, nous revoilà coincés avec le maudit pantin le temps d’un voyage dantesque agrémenté de tortures raffinées et de gags bizarres. Dans ce troisième opus, les visions hallucinées de Lucas Varela se déclinent en une série d’illustrations, mais pas d’inquiétude : même sous cette forme muette, les lamentations et gémissements des âmes damnées savent se faire entendre…

Il y a le bouclier arverne et puis l’Averne sans bouclier. Pinocchio, Paolo de son prénom, va encore morfler. Peut-être l’a-t-il cherché? Mais L’Averne, kézako? C’est un lac de Campanie considéré, depuis l’Antiquité comme l’entrée des enfers. Un monde sans espoir et déglingué, martyrisé, lobotomisé, que notre héros au long nez commence à connaître mais dont il n’a pas encore éprouvé les limites.

Sous la couverture qui stoppe nette la chute vertigineuse (il n’y a qu’à voir comme le corps du pantin est déformé sous l’effet de la gravité) de Paolo Pinocchio à quelques centimètres des flammes du feu éternel – et on sait comme le bois sec, ça brûle vite -, Pinocchio cherche désespérément la sortie des limbes. Mais Lucas Varela n’est pas pour lui faciliter la tâche et freine sa course par des rencontres impromptues avec les damnés. Ce petit album au format horizontal est le prétexte à une vraie étude géologique, géographique et labyrinthique des Enfers. Sociale aussi. Le bestiaire qui se dévoile au fil des pages, côté bourreaux ou martyrs, est intense. Des hommes en costume-cravate prennent leur dernier bain pour l’éternité, des spectres rôdent, l’acupuncteur a changé le gabarit de ses aiguilles en clous pour faire souffrir ses victimes, il y a des boyaux, des zombies, des piranhas et surtout une espèce de super-vilain bodybuildé qui semble bien être le maître de ces lieux. Et de temps en temps, il y a Dieu qui passe, en se grillant une clope, même pas sûr qu’il s’intéresse à tous les malheurs de ce monde.

Fort en symboles et sans morale, Les misères et les malheurs de L’Averne est un livre qui se voit et se lit en fonction de ses convictions, de son bagage culturel. Chaque lecteur y trouver du sens ou du non-sens, de l’horreur ou de l’humour. Mais ce grand talent qu’est Lucas Varela ne laisse pas indifférent, son dessin a une grande force de conviction. Il est monstrueux!
Attention, cet album est un ouvrage microédité, uniquement disponible sur le site web de l’éditeur et en festivals. Chaque exemplaire du premier tirage est accompagné d’un ex-libris signé.

Les misères et les malheurs de L’Averne, à lire chez Tanibis.
Puis, Lucas Varela a d’autres chats à fouetter que Paolo Pinocchio, je l’attends avec impatience, aux côtés d’Hervé Bourhis (ils avaient signé Le Labo, il y a quelques années), chez Dupuis, pour la première partie d’un diptyque : American Parano. « San Francisco. 1967. La jeune inspectrice Kim Tyler et le lieutenant Ulysses Ford – un vieux de la vieille – enquêtent sur l’assassinat d’une étudiante retrouvée près du Golden Gate. Signe particulier sur le cadavre : un signe satanique gravé au couteau sur le ventre… Un indice qui pousse Kim et Ford à s’intéresser de près à Baron Yeval, le gourou de « l’Église de Satan ». Intriguée par Yeval, Kim va vite mener l’enquête en solo, au risque de brûler son âme au contact du troublant gourou… »


