Une nouvelle page, en BD, pour le jeu de rôle Seeds of Wars : « Le JDR et les arts visuels ont cela en commun qu’ils permettent une imagination sans entraves »

Seeds of wars, jeu de rôle déjà connu en Belgique et par-delà ses frontières, arrive en BD dans les mains du dessinateur Bojan Vukic. Au scénario, il y a Nicolas « Blaede » Nayaert, participant de la première heure de cette saga d’heroïc fantasy et qui s’aventure pour la première fois dans la création via cet autre média qu’il aime à la folie: le Neuvième Art. Ce premier tome, Les dieux célestes, voulu à la portée de tous, gamers ou bédéphile, réussit ses présentations avec cet univers foisonnant, plein de personnages mystérieux, de magie et de sorcellerie, de jeux de pouvoir et de complots. Interview avec Blaede.

Bonjour Blaede, tout d’abord, sous ce pseudonyme, qui êtes-vous ?

Je m’appelle Nicolas Nayaert. J’ai 45 ans, je suis belge, informaticien, musicien, auteur et désormais éditeur.

Pourquoi Blaede ?

C’est le nom d’un personnage de jeu de rôle que j’ai incarné pendant près de 20 ans. Lorsqu’internet est arrivé, j’ai choisi ce pseudonyme et je l’utilise désormais pour tous mes projets.

De la BD ou du jeu de rôle, lequel est venu en premier à vous ?

J’ai débuté le jeu de rôle à l’âge de 9 ans, grâce à un ami dont le frère aîné jouait à Donjons & Dragons. J’ai acheté ma première bande dessinée, les « Chroniques de la Lune Noire », à l’âge de 12 ans.

Dans l’un et l’autre, quels sont vos œuvres phares, vos références ?

Mon jeu de rôle préféré est Warhammer mais j’ai également beaucoup joué à l’Appel de Cthulhu, Vampire ou Donjons & Dragons. En ce qui concerne la BD, la première référence qui me vient à l’esprit est « La Quête de l’Oiseau du Temps ». Je suis de la génération « Lanfeust de Troy », « Chroniques de la Lune Noire », « Les Passagers du Vent » et « Les Eaux de Mortelune ».

Jeu de rôle et BD, deux arts conciliables ?

Le jeu de rôle est un peu une « BD dont vous êtes le héros ». Ce concept existe d’ailleurs en bande dessinée, même s’il est moins présent que les « Livres dont vous êtes le héros ». Dans tous les cas, le but premier reste de raconter une histoire captivante.

Couverture alternative collector

En tout cas, ces derniers temps, les transfuges vont bon train : Capitaine Vaudou, La Cité du bonheur et Seeds of Wars sont arrivés en BD. Un phénomène ?

Je ne sais pas si on peut parler de phénomène. Si on le met en perspective des milliers de nouveaux titres qui paraissent chaque année, cela reste tout de même marginal mais peut-être que l’essor du jeu de rôle ces dernières années, grâce notamment à des séries telles que « Stranger Things » et « Game of Thrones », a contribué à son utilisation comme source d’inspiration pour les scénaristes.

La BD, c’est le média le plus évident et approchable ?

Si l’on considère la BD sous toutes ses formes, elle est incontestablement un média extrêmement populaire. Qui n’a jamais lu une bande dessinée ? Il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités et tous les âges !

Seeds of wars, c’est le vôtre. Vous en êtes le concepteur. Quelle est la genèse de cette aventure interactive ?

Le point de départ était la volonté en 2018 de faire revivre un jeu de rôle qui n’était plus édité depuis vingt ans en le dépoussiérant et en essayant de corriger ses faiblesses. Les auteurs du jeu qui a inspiré Seeds of Wars ont d’ailleurs écrit la préface du livre de règles.

Wars, ça suppose qu’il n’y aura pas qu’une seule guerre ?

En effet. Le postulat de départ de l’univers de Seeds of Wars est que l’ensemble du territoire est divisé en nombre de nations qui se disputent le pouvoir, parfois de manière violente.

Aux prémisses, vous aviez déjà imaginé vos héros visuellement ?

Je savais que les jumeaux, derniers représentants d’une espèce éteinte, devaient paraître différents des autres habitants de l’univers de SoW, sans pour autant avoir un look trop exotique. Nous avons réfléchi longtemps avant d’opter pour leur peau pâle zébrée de bleu.

© Blaede/Vukic
© Blaede/Vukic chez Kalopsia

Seeds of Wars, ça a rapport avec le Seeds of Love de Tears for fears ?

Aucun. Le nom est venu du jeu de mot que constitue l’acronyme de Seeds of Wars, SOW, qui signifie « semer » en anglais, alors que « Seeds » signifie « graines ». Ainsi, « Sow the seeds of war » se traduit par « semez les graines de la guerre ».

Vous avez créé d’autres jeux de rôle que celui-là ?

Jamais. Je précise que je n’ai fait que participer à l’écriture du jeu de rôle. De nombreux auteurs ont participé à sa création. Je suis avant tout le directeur artistique du projet et son éditeur.

Au fond, pour les Nuls, qu’est-ce qui fait un bon jeu de rôle ?

Chaque joueur et chaque meneur de jeu donnera une réponse différente en fonction de ce qu’il ou elle recherche dans le jeu de rôle. Personnellement, un bon jeu de rôle doit permettre une progression riche et motivante de son personnage.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Et quels sont les types de jeux de rôle sur le marché ?

Avec la possibilité de créer un jeu en version digitale pour éviter les frais d’impression, l’arrivée des campagnes de financement participatifs et les plateformes de vente en ligne telles que drivethrurpg et dmsguild, l’offre est devenue pléthorique et il y en a vraiment pour tous les goûts, aussi bien en termes d’univers de jeu (fantastique, contemporain, science-fiction) qu’en termes de mécaniques de jeu.

Ça se teste beaucoup un jeu de rôle avant son lancement officiel ?

Cela dépend de la complexité des règles. Certains jeux ont des systèmes minimalistes qui laissent une grande liberté d’interprétation au meneur de jeu. D’autres jeux en revanche reposent sur des systèmes complexes qui nécessitent de nombreuses heures de test pour obtenir un bon équilibrage.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Qu’est-ce qui fait la spécificité d’un Seeds of Wars dans ce paysage ?

Seeds of Wars est un jeu de gestion de domaine. Chaque joueur incarne un personnage influent, au sommet de la pyramide sociale. Cela peut être un souverain, un chef religieux, le propriétaire d’une guilde de marchand. On est à la croisée entre le jeu de rôle et le jeu de gestion et ce type de jeu, qui s’adresse à un public de niche, est assez rare. Ce qui nous différencie surtout, c’est la sortie en janvier dernier d’une application web qui permet au meneur de jeu de gérer sa campagne, d’enregistrer les actions des joueurs et qui lui facilite la tâche de manière générale.

Les personnages sur l’application

En tout cas, pour lancer un tel jeu, il faut un talent littéraire, de narration, non ?

Le livre de base est scindé en deux moitiés égales. La première moitié décrit le système de jeu, les règles de gestion de domaine, de bataille, etc. Il s’agit donc plutôt de « game design ». La seconde moitié décrit un univers de jeu que nous proposons aux joueurs. C’est cet univers de jeu qui a servi de terreau fertile à l’écriture de la BD.

Talent directement transposable en BD ?

Il y a forcément un lien naturel entre les aventures que le meneur de jeu fait vivre à ses joueurs et le roman ou le scénario de bande dessinée mais je n’aurais pas la prétention de dire que tout meneur de jeu est capable d’écrire un roman. Je suis néanmoins convaincu que trente-cinq années de jeu de rôle m’ont fourni pas mal d’outils bien utiles lorsque je me suis lancé dans l’écriture de la BD, ne serait-ce que le développement des personnages.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Justement, la BD, vous en êtes grand collectionneur, paraît-il ?

Tout est relatif. J’ai une collection d’un peu plus de 1.200 bandes dessinées. Comparé au lecteur lambda, c’est beaucoup. Comparé aux vrais collectionneurs, et ils sont nombreux, c’est insignifiant. Je connais des collectionneurs qui possèdent 10.000 ou 15.000 BD, voire plus.

Quelles sont vos plus belles pièces ?

Je ne pense pas avoir possédé de réels objets de collection mais comme j’en achète depuis plus de 30 ans, j’ai forcément des albums ou des éditions que l’on ne trouve plus dans le commerce.

Si elle est tout terrain, dans le réel comme la fiction, la bande dessinée est une fervente amatrice d’heroïc-fantasy. Univers au succès jamais démenti ? En tant que fan, vous savez tout suivre ou vous sélectionnez ?

J’ai des goûts très sélectifs quand au genre de BD que j’affectionne. Plus de 70% de ma collection se concentre sur le genre heroic-fantasy. Au sein de ce genre, en revanche, je suis plutôt « bon public ». Il suffit de mettre un dragon sur la couverture pour me convaincre. La BD est un secteur extrêmement compétitif, avec plus de 5.000 nouveaux titres par an. Si le dessin est le plus souvent de bonne qualité, je trouve que la qualité des scénarios est très inégale.

© Kalopsia

Cela fait en tout cas autant de concurrents pour votre BD, non ?

C’est certain. En tant qu’auto-éditeur, je suis confronté à la difficulté des éditeurs indépendants à faire face aux grands éditeurs d’heroic-fantasy. Face au nombre croissant de nouveautés et l’espace limité des librairies, les libraires sont souvent obligés de se concentrer sur les sorties les plus prometteuses en termes de vente, au détriment des petits éditeurs.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Vous aviez déjà eu des projets BD avant Seeds of Wars ?

Non, c’est mon premier projet BD. Ma motivation première est d’éditer d’autres auteurs. La réalisation de cet album avec Bojan Vukic, c’est surtout un petit plaisir égoïste et la réalisation d’un rêve de jeunesse.

Vous avez fait le choix de créer votre propre structure d’édition, Kalopsia. Pourquoi ?

Il me semble qu’il existe dans la BD franco-belge une tendance à séparer les métiers de scénariste et de dessinateur et j’ai rencontré plusieurs dessinateurs qui m’ont avoué avoir du mal à faire éditer leurs projets solos. J’aimerais leur offrir cette opportunité.

Chez l’imprimeur

Et que signifie Kalopsia ?

Etymologiquement, Kalopsia vient du grec ancien « kalos », qui signifie « beau » et « opsis », qui signifie « la vue ». C’est l’illusion que les choses sont plus belles qu’elles ne le sont vraiment.

Pour passer de la table de jeu à la planche, vous arrivez diablement entouré, puisque Bojan Vukic est le dessinateur. Sacré talent que celui-là qui est l’un des animateurs des sagas Elfes, Mages, Orcs et Gobelins, etc. de Soleil ?

Travailler avec Bojan est une chance et un grand honneur pour moi. Il s’est surpassé et le dessin est incontestablement le point fort de l’album.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Il vous a tout de suite dit oui ?

Il se trouve qu’il lorgnait depuis un bon moment sur le système du financement participatif. C’est une aventure qu’il avait très envie de tenter mais il n’avait aucune expérience dans ce domaine. Je suis arrivé au bon moment, avec plusieurs campagnes de financement réussies derrière moi.

Finalement, entre miser sur l’imagination du joueur ou sur celle du dessinateur, il y a peu de différence, non ? La BD a elle aussi des capacités illimitées. Tout est possible pour peu qu’on dessine bien !

Le jeu de rôle et les arts visuels ont en effet cela en commun qu’ils permettent une imagination sans entraves. Les joueurs de jeu de rôle sont d’ailleurs en général très friands d’illustrations.

Les personnages :

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Quelle histoire présentez-vous dans ce premier tome intitulé Les dieux célestes ? Une adaptation pure et dure ou une autre histoire annexe ?

Le contexte dans lequel se déroule le premier tome est directement tiré de l’univers du jeu de rôle du même nom. En revanche, les personnages principaux et les événements auxquels ils sont confrontés forment une histoire originale.

Si vos boîtes de jeu présentent les dirigeants, les rois de votre monde, dans la BD, c’est plutôt en compagnie des sous-fifres que le lecteur se retrouve : les garde du corps de la princesse, Bron et Mira. Que peut-on dire d’eux ?

Avec ce premier tome, pas grand-chose. Nous avons volontairement voulu créer de nombreuses interrogations, auxquelles nous répondrons au fur et à mesure dans les tomes suivants. Tout ce que l’on sait des jumeaux pour le moment, c’est qu’ils sont les seuls représentants d’une espèce unique, qu’ils sont orphelins et qu’ils ont des pouvoirs exceptionnels.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Puis, ils sont accompagnés d’une mascotte, bleue, qui apporte un peu de « mignonitude » cet univers dark. Il préexistait ou a-t-il été créé pour la BD ? Qu’est-ce que cette créature ?

Le personnage de Zepp a été créé pour la BD. À ce stade, le lecteur ne sait pas vraiment ce qu’il est. Ce que l’on sait, c’est que seule Mira est capable de communiquer avec lui et qu’il semble avoir certains pouvoirs également. C’est un personnage qui devrait prendre de plus en plus d’importance à l’avenir.

On en connaît beaucoup des petits êtres très sympathiques en BD : Spip, le Marsupilami, Guimly… C’est facile de faire la différence ? N’y aurait-il d’ailleurs pas un peu du Fourreux de La quête de l’oiseau du temps dans Zepp ?

Je n’ai pas cherché consciemment à m’en inspirer, mais étant donné que j’ai une illustration du fourreux au-dessus de mon bureau, il m’a très certainement influencé.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

N’est-ce pas d’ailleurs Zepp qui donne le logo de vos éditions ?

Il s’agit en fait d’une tête de paresseux. Je cherchais un logo pour Kalopsia et Bojan m’a envoyé ce visage de paresseux. J’en suis immédiatement tombé amoureux.

Forêt et cités médiévales, magie et dragons, affrontements et coups bas, c’est un album bien rempli que vous nous amenez là ? Il a fallu calibrer tout ça ?

Un premier album, c’est toujours un peu compliqué. Il y a tellement d’éléments à mettre en place, de personnages à présenter. Et dans notre cas, en seulement 48 pages. Mon métier d’analyste m’a amené à développer un esprit de synthèse. Je pense que cela m’a servi pour l’écriture de ce premier album.

Comme c’est votre premier album BD, vous avez reçu des conseils de scénaristes ? De Bojan peut-être ?

Pas vraiment. Quand je me suis lancé dans l’écriture du scénario, je ne connaissais personne dans le milieu de la bande dessinée. Bojan m’a offert de précieux conseils quant au découpage et j’ai reçu l’aide d’un ami pour les chorégraphies des combats.

© Blaede/Vukic/Digikore Studios chez Kalopsia

Justement, comment s’est passée cette collaboration avec Bojan ? Y’a-t-il eu beaucoup de recherches graphiques pour trouver le bon ton ?

Je pense que c’est le design des jumeaux qui nous a pris le plus de temps. Pour le reste, j’ai bénéficié de l’expérience de Bojan et du matériel préexistant dans le livre de jeu de rôle, dans lequel j’ai pu puiser pas mal d’éléments.

J’imagine qu’en passant du jeu à la BD, le narrateur extra-diégétique doit être un peu sacrifié ? Il faut trouver le juste équilibre ?

Il y a tout de même une « voix off » qui guide le récit en le commentant de-ci de-là. Le dragon que les jumeaux rencontrent dans l’album sert également de narrateur d’une certaine manière.

© Blaede/Vukic

Puis, inévitablement, cette BD n’est pas un livre dont vous êtes le héros, le lecteur est beaucoup plus guidé. Il n’a pas de libre-arbitre pour influencer le récit. Vous avez dû vous y résoudre ? Qu’est-ce que cela implique ?

En réalité, cela facilite la narration. Dans une partie de jeu de rôle, le meneur de jeu a beau avoir préparé son scénario en amont et avoir essayé d’anticiper tout ce qui pourrait arriver, les joueurs parviennent toujours à sortir du cadre et à enclencher des événements imprévus que le meneur devra gérer tant bien que mal. Dans un scénario de BD, au moins, on est certain de savoir où l’on va.

© Blaede/Vukic

Combien de tomes prévoyez-vous ?

Je ne sais pas encore. Cela dépendra en partie du succès du premier tome. J’espère pouvoir en publier au moins trois ou quatre.

Avez-vous déjà d’autres projets BD, JDR ?

J’ai plusieurs pistes, dont une série en trois tomes de Bojan (à l’écriture et au dessin) mais rien de certain pour le moment. Je suis en pleine phase de prospection. Je travaille également sur la première extension du jeu de rôle Seeds of Wars et j’ai une campagne de financement sur Kickstarter en ce moment-même et jusqu’au 20 septembre pour un manuel de monstres rigolos pour Donjons & Dragons,

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Des projets autres que les vôtres pourraient germer chez Kalopsia ?

Absolument. Je suis toujours en recherche de projets intéressants à éditer. A bon entendeur…

À lire chez Kalopsia.

 

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