Sur la ligne de Crète, proche de l’Atlantide?, Alix, plutôt deux fois qu’une à portée de cornes et de l’appétit férocement radioactif du Minotaure

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

Jusqu’à ce 13e tome (amenant une autre malédiction sur Alix et ses amis?) d’Alix Senator, Valérie Mangin et Thierry Démarez avaient réalisé un vrai travail de fouille pour faire des liens plus ou moins appuyés avec les albums de la série-mère réalisés par Jacques Martin. Plus que des clins d’oeil, de quoi montrer à quel point le mythe de ce Gallo-Romain perdure et s’affirme. Cette fois, Valérie Mangin a eu champ libre puisqu’elle a elle-même imaginé l’album classique, avec Chrys Millien au dessin et aux couleurs, et sa suite, trente ans plus tard, toujours avec le dessin de Thierry Démarez et Jean-Jacques Chagnaud aux couleurs. Et ça se tient.

© Mangin/Millien chez Casterman

Résumé de l’éditeur : À Rome, Servilia, maîtresse de Jules César et mère de Brutus, se meurt à petit feu empoisonnée par un bijou que lui a offert le dictateur. Persuadé qu’il était la cible de l’empoisonnement, César lance Brutus et ses amis Alix et Enak sur les traces du marchand grec qui lui a vendu cette perle après son triomphe gaulois. Démarre alors une haletante course-poursuite en mer Méditerranée. L’enquête mènera nos héros jusqu’en Crète au cœur du labyrinthe sacré du monstrueux Minotaure…

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Résumé de l’éditeur : Trente ans plus tard, Alix revient sur l’île du Minotaure… Alors qu’ils suivent les indications du Disque d’Osiris à la recherche de l’Atlantide, Alix et ses compagnons arrivent en Crète. Alors qu’ils accostent, Alix se souvient de cette île où il a jadis rencontré Deucalion, un jeune crétois avide qui l’avait mené dans un temple à la gloire du Minotaure. C’est ce jeune homme devenu adulte que nos héros vont rejoindre dans un splendide palais construit près de l’ancien labyrinthe sacré. Le sanctuaire qu’ils avaient découvert par le passé, avec Alix, est-il lié aux Atlantes ?

Mises côte à côte, les couvertures de ces deux albums (parus à quelques mois d’intervalle), envoient du bois et des vieilles pierres et jouent de similarités. Comme le ferait une photo en noir et blanc, ou du moins jaunie, et une autre plus actuelle. Sur l’une la tension est bien présente, dans les fumées et l’éboulement, avec à l’avant-plan un Alix méfiant. Sur l’autre, Alix est en armure et semble serein. À moins qu’il ait conservé un peu de cet air grave de sa jeunesse. Le Minotaure, du haut de sa stature de pierre, n’a pas changé d’un poil, si ce n’est quelques bris conséquence des événements du tome classique. Les hasards et les labyrinthes de la vie vous ramènent parfois sur les terres de vos plus grands cauchemars.

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Aimant amener une touche de surnaturel radioactif, jamais grand-guignolesque, dans les tomes d’Alix Senator, quitte à provoquer des drames, Valérie Mangin a saisi l’occasion de son premier tome dans la série historique pour mettre la main sur un artefact aux propriétés fantastiques: non pas l’oeil de Sauron mais celui du Minotaure, un bijou qui affecterait et infecterait mortellement son porteur. En l’occurrence la maîtresse de César, de quoi engendrer aussi des tensions entre Jules et Brutus. « Tu vas payer! » En effet, un jour, César payera.

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En attendant, aussi pour calmer Brutus, avec lui, Alix et Enak sont missionnés dans la ville grecque de Massalia pour faire la lumière sur ce mystère, retrouver celui par qui tout est arrivé : le marchand! Mais la présence du pendentif en ces murs, non content de provoquer des songes horrifiants pour qui est à proximité, va attirer comme un aimant un garçon qui une fois le magot avec lui prend la fuite vers la Crète. La course-poursuite s’engage sur la Méditerranée et l’équipage romain n’est sans doute pas prêt à découvrir. Ici, cet oeil était une bénédiction pour sortir les Crétois de la pauvreté… mais il s’est vite mué en malédiction. Et en religion. Avec des rites autour des taureaux, costauds. celui qui était un ennemi à première vue, Deucalion, n’en est pas tellement un, son « vol » tout relatif est une question de vie ou de mort et Alix va forcément lui porter secours. Cela passe par un temple submergé sous un volcan.

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Une histoire de tous les dangers mais aérées. Oui, contrairement à la tradition perpétuée dans pas mal de tomes réalisés par des repreneurs, le texte m’a semblé un peu plus léger et concis, se concentrant sur le nécessaire pour laisser de la place au dessin et à l’immersion. Car Chrys Millien (vu auparavant sur les séries de Kraehn, Gil St André ou L’Aviateur) sait y faire. Il y a de la conviction, quelque chose de jusqu’au-boutiste dans ses personnages, des battants, pris au piège de décors monumentaux. Il y a du souffle et on est embarqué de bout en bout, y compris dans les effets spéciaux qui émaillent cet album surprenant et éreintant pour les héros. J’ai juste trouvé que, parmi les couleurs fortes qui servent l’environnement, la peau des personnages était un peu trop claire.

© Mangin/Millien chez Casterman

Bref, la base de cette histoire en deux parties se suffisant à elles-mêmes était déjà fortiche. Et si le treizième tome d’Alix Senator se produit trente ans plus tard, on est bien content de ne pas avoir dû attendre tout ce temps-là. Mais, j’ai quand même l’impression que l’exercice n’est pas facile: trouver une bonne fin, qui se tient, à un récit n’est pas toujours évident; alors, en trouver deux!

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

Je serais curieux de savoir quelle série d’Alix Senator ou d’Alix « juste citoyen romain » a généré cette envie d’échouer sur les plages dominées par le Minotaure. Toujours est-il qu’il fallait trouver un moyen d’y ramener Alix tout en étant dans la continuité de l’intrigue développée dans les précédents tomes. En cela, le trio d’auteurs fait une pause (encore que, les wagons se raccrochent avec toujours cette question de l’Atlantide), au plaisir de retrouvailles entre trois grands protagonistes de la « première époque ». Mais les rires vont bientôt laisser place aux drames.

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman
© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

En Crête, des disparitions semble-t-il placées sous le signe du dieu-taureau (une première séquence terrorisante comme Thierry Démarez sait bien les incarner) et un mystère vont conduire les survivants de L’oeil du Minotaure a affronté les flots, les pirates esclavagistes et une grotte encore plus inquiétante que trente ans auparavant. Des événements qui mettent à l’épreuve des amitiés.

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman
© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

Pouah, les auteurs réussissent sans doute ici le tome le mieux senti d’Alix Senator, dans la forme et dans le fond au diapason, dans la violence et la folie auxquelles peut mener le fanatisme. En 46 planches, Valérie Mangin, Thierry Démarez et Jean-Jacques Chagnaud signent une partition infernale, sans temps morts avec plein de méchants et de faux-semblants, de dangers et une tout autre proposition que celle du Alix classique. C’est tentaculaire (plutôt deux fois qu’une) et cohérent. Olé, on en redemande.

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

La suite, tant du côté d’Alix Senator qu’Alix, est en route.


Série : Alix

Tome : 40 – L’oeil du Minotaure

Scénario  : Valérie Mangin

Dessin et couleurs : Chrys Millien

Genre: Aventure, Enquête, Fantastique, Mythologie

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 48

Prix: 11,95€

Date de sortie: le 17/11/2021

Extraits : 


Série: Alix Senator

Tome: 13 – L’antre du Minotaure

D’après l’univers créé par Jacques Martin

Scénario: Valérie Mangin

Dessin: Thierry Démarez

Couleurs: Jean-Jacques Chagnaud

Genre: Aventure, Histoire, Fantastique, Mythologie

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 48

Prix: 13,95€

Date de sortie: le 06/04/2022

Extraits:

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