Chasin’ Charlie Parker: un Bird mi-ange mi-démon, un génie avec de la suite et du recyclage dans les idées, immortel

© Chisholm chez Kamiti

34 ans seulement et pourtant une mélodie de saxophone  qui traverse les décennies. Charlie Parker avait seulement 34 ans quand ses démons l’ont définitivement emporté, privant le jazz et le monde des arts d’un incroyable talent, un génie. Dans Chasin’ the bird, publié dans le cadre du centenaire, il y a deux ans, de la naissance de « Bird », le scénariste-dessinateur-musicos Dave Chisholm nous invite dans la Californie du saxophoniste, durant une période pas si mal, un peu calmée, de l’enfant terrible. Avant que tout ne se gâte, irrémédiablement. Cette période, paradoxalement, où l’as de cet instrument appartenant au bois (et non aux cuivres) s’est effacé de la sphère privée et a fait languir le public des clubs où il avait ses habitudes. Mauvaises aussi.

Résumé de l’éditeur : À l’occasion du centenaire de sa naissance, CHASIN’ THE BIRD explore les événements et les personnages rencontrés par Charlie « Bird » Parker pendant son séjour en Californie entre 1945 et 1947. Ce roman graphique, nommé d’après le standard de Charlie Parker de 1947, adapte l’un des chapitres les plus ensoleillés mais aussi l’un des plus sombres de la vie de Bird. Découvrez l’homme et la légende à travers un récit chorale dans un voyage au pays du jazz où la musique prend vie en dessin, le tout magnifiquement écrit et illustré par Dave Chisholm, lui aussi musicien renommé.

© Chisholm chez Kamiti

À l’heure de la surmédiatisation des artistes pour un oui pour un non où les vedettes doivent occuper l’espace jusqu’à dire quand ils font une pause (ce qui a priori est normal entre deux disques et deux tournées) pour revenir quelques mois plus tard, c’est sans tambour, ni trompette, mais avec son saxophone, que Charlie Parker s’évapore, du jour au lendemain californien. Oh, ce n’est pas qu’il honorait consciencieusement ses rendez-vous jusque-là, la ponctualité n’étant pas la politesse de ce roi-là, mais durant cette période californienne Charlie Parker s’est résolument retiré du circuit, pour vivre un peu plus et se laisser aller au plaisir des rencontres.

© Chisholm chez Kamiti

Mais appelant des retrouvailles avec le public, près d’un an plus tard, devant un parterre composé notamment de deux grands musiciens en devenir Dizzy Gillespie et John Coltrane, de l’artiste sans limite Zorthian, du photographe William Claxton, de la compagne et muse d’un temps Julie MacDonald et du producteur Ross Russell (qui pensait avoir flairé le bon coup mais dû bricoler pour rentrer dans ses frais et pallier la rechute de cet Icare fait jazzman).

Chez Zorthian © Chisholm chez Kamiti

Six personnages qui ont compté dans cette tranche de vie californienne de Bird et que les auteurs ont décidé d’incarner pour cerner les facettes du saxophoniste de manière chorale. Ce ne sont d’ailleurs pas des chapitres qui composent cet album, mais une succession de choeurs. Mots et dessin font corps avec la symphonie divine et damnée à la fois de Bird.

© Chisholm chez Kamiti

Sur base d’un gros travail de documentation et de critique des sources aussi (certains des protagonistes de cette histoire l’ont parfois tordue à leur avantage), Chisholm (aidé par Peter Markowski pour les couleurs de l’intro et des quatre premiers actes) livre un album somme et remarquable, suivant à la trace le mystère Charlie Parker, de son heure de gloire, bleue de préférence, à ce séjour déboussolé dans un hôtel puis dans un asile. Au contact de ces témoignages de première main, dans laquelle se sont glissées la créativité et les sensations du scénariste, c’est non seulement une biographie mais aussi un essai sur la fonction des arts et ce qui les nourrit. À commencer par les « déchets », le recyclage. Il y a beaucoup d’humilité côtoyant le génie dans cet album. Et quand la drogue, l’alcool mais aussi cette tendance à l’autodestruction et l’instabilité s’éclipsent, il y a de la place pour une multitude d’anecdotes et un dialogue éclairé sur le monde tel qu’il va et tel qu’il danse. Tel qu’il déploie ses ailes et se laisse aller à la liberté. Car sous le prétexte de la fête, il y a quelque chose de très profond.

© Chisholm chez Kamiti

Qu’on connaisse ou non la musique de Parker, les deux auteurs réussissent là un bel album, sachant dépasser la figure qu’il étudie tout en ne le lâchant pas d’une semelle. Dans les différents climats de ce rêve californien, tenant parfois du cauchemar, Dave Chisholm a choisi un style graphique et des couleurs propres pour chaque partie de ce récit, entre pulp, polar, romance, psychologie, hallucination et une envolée finale à couper le souffle quand Charlie donne à ses notes l’apparence d’un mot. Breath. Respire. Standing ovation pour cette imparable mélodie qui fait écho.

© Chisholm chez Z2 Comics
© Chisholm chez Kamiti
© Chisholm chez Kamiti
© Chisholm chez Kamiti

Cet ouvrage au format souple fait partie de la collection Légendes de Kamiti, comme The Bridge avant lui.

Titre : Chasin’ the Bird

Sous-titre : Charlie Parker in California

Scénario et dessin : Dave Chisholm

Couleurs : Dave Chisholm et Peter Markowski

Traduction : Marc Sigala

Genre : Biographie, Drame, Musique, Récit Choral

Éditeur VF : Kamiti

Collection : Légendes

Éditeur VO : Z2 Comics

Nbre de pages : 176

Prix : 14€

Date de sortie : le 15/04/2022

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