Chat-lade niçoise et multivers sous acide: Rolling Riviera utilise le caméléon Mick Jagger pour tenir une masterclass avec les Beatles, Bowie ou encore Dita von Teese

© MKDeville/Broquet chez Félès

À bientôt 110 ans, le Negresco, palace niçois prisé par les stars (sauf Prince qui est apparemment resté dans sa limousine en attendant qu’on lui trouve un autre hôtel), a une âme composite tant il a vu passer des vedettes issues de toutes les disciplines artistiques imaginables. Les Anglais n’étant pas les derniers, la promenade qui longe le palace (et bien d’autres) porte d’ailleurs leur nom, il paraît que Mick Jagger y a séjourné trois fois, ou peut-être est-ce deux ou une qui a duré une éternité. MKDeville et Virginie Broquet, dans un album iconoclaste et ouvrant les portes du multivers, racontent la damnation de la Pierre qui roule.

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Résumé de l’éditeur : 1976 : concert des Rolling Stones à Nice. Le groupe finit la soirée au bar de l’hôtel, et Mick Jagger se vante auprès du barman d’être plus connu que l’hôtel lui-même. Mal lui en prend. Le Palace se vexe. Dans la nuit, Mick est réveillé par Carmen, la malicieuse chatte, incarnation du lieu mythique. Parler à un chat est une chose. Mais s’il vous répond pendant que vous coulez dans la moquette, c’est tout autre chose. Captif de l’hôtel, Mick passe d’une époque à une autre au gré des fantaisies de Carmen, et se voit propulsé dans la peau de Salvador Dali, de John Lennon, ou bien encore à l’intérieur d’œuvres d’art. Errant comme une « pierre qui roule », il va croiser le Mick Jagger du concert des Stones à Nice en 1982. Effet miroir garanti… Et si Carmen voulait garder tous les Mick pour elle seule ? Qu’adviendrait-il des Rolling Stones dans cette anomalie spatiotemporelle ? Horreur.

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Attention, voilà une lecture qui risque bien de dilater vos pupilles. La couverture parle d’elle-même, portée par des couleurs plus vertes que nature tandis qu’un chat et un personnage singulier semblent posés en avant-plan, sur des chaises qui tirent la langue, reconnaissable entre toutes: celle de Rolling Stones. De Mick Jagger, aussi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, dans son costume façon Beetlejuice, pensif, calme avant la tempête. Dans un verre d’eau ? Ou d’acide, car au bar le frontman a fait aller sa « gueule », sur fond de trip égomaniaque. Alors, les lieux et son personnel, aux ordres d’un chat facétieux et magique, se vengent et entendent bien garder Mick pour l’éternité dans un showcase très privé.

© Broquet
© MKDeville/Broquet chez Félès

Le Negresco veut s’imposer à Mick, non sans lui avoir donné une leçon d’humilité et l’avoir emmené dans l’envers du décor. C’est ainsi que, dans les griffes félines de Carmen, Mick perd ses repères et même ses propres traits pour embrasser les corps des légendes qui avant ou après lui ont séjourné dans le palace. Une foule monstre: de Sinatra à Bowie, en passant par Elton John et Dita Von Teese. Sans oublier Dali ou Niki de Saint Phalle et le petit monde iconographique présent dans la galerie permanente de ce qui est bien plus qu’un hôtel.

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Se jouant de la folie, du maquillage et des costumes de ces héros des arts, MKDeville et Virginie Broquet confrontent Mick, l’intemporelle icône devenue métamorphe androgyne, à des moments choisis, privilégiés et improbables en contact avec ses pairs. Dans leurs errances d’avant ou d’après show, les excès ou les rituels simples. Soit le portrait de générations de génies en un temps T prolongé à l’infini. Mais Mick n’a pas toute la vie, il devait monter sur scène avec son band quelques heures plus tard, ou plus tôt ?, et le Negresco et ses sbires semblent bien ne pas l’entendre de cette oreille. Ils lui ont d’ailleurs trouvé une… remplaçante pour les quarante-cinq prochaines années, et plus si affinités. Comment sortir de la boucle temporelle sans délai ni dégât dans la continuité? Avant de chercher Charlie, il va falloir trouver les lunettes d’Elton, notamment!

© MKDeville/Broquet chez Félès

Dantesque ! Voilà un album qui ne laisse pas indifférent, qui plaira ou ne plaira pas, mais possède une patte bien à lui et une histoire complètement démente. Dans cette exploration de la pop culture mais aussi de la psychologie de ces stars qu’on croit connaître puisqu’elles nous accompagnent tous les jours, qu’on les perd parfois pour les retrouver sur une mélodie radiophonique qui nous emballe à nouveau, les deux auteurs semblent avoir accordé plus d’importance au ressenti qu’à l’histoire. Chaque lecteur, comme un visiteur de musée, aura son interprétation du chaos destructeur et constructif à la fois qui se joue dans ces pages, dans la grande liberté prise par Virginie Broquet, dans les couleurs et les traits, la consistance comme l’évanescence, le véridique et l’inventé. Il y a là du Sfar qui ne se serait pas étouffé dans la logorrhée qu’on lui connaît trop, mais surtout une intensité qui donne le tournis mais aussi toute la vie de cette fresque osée et insensée. Emmené par une bande-son d’enfer, il y a là l’incompressible amour du spectacle.

© MKDeville/Broquet chez Félès

Titre : Mick & Carmen dans…

Sous-titre : Rolling Riviera

Récit complet

Scénario : MKDeville

Dessin et couleurs : Virginie Broquet

Genre : Docu-fiction, Fantastique, Musique, Psychédélisme

Éditeur : Félès

Nbre de pages : 96

Prix : 20€

Date de sortie : le 22/01/2022

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