Back to movies : Anthony Hopkins bouleversant et vertigineux dans The Father

The Father devrait se prémunir d’un avertissement à l’égard des spectateurs : « Attention larmes à gogo ». Comme il existe des « interdit au moins de 16 ans ». Ce film est tellement bouleversant, émouvant, qu’il faudrait avertir le spectateur. Anthony Hopkins joue de manière magistrale. De très gros plans sur son visage, ses yeux, les rides d’inquiétude plongent le spectateur immédiatement dans l’univers de ce vieil homme qui perd peu à peu ses repères, sa mémoire, ses souvenirs, sa personnalité. On y pleure, c’est vrai – et beaucoup même – mais on y rit aussi. Et Hopkins passe lui-même du rire aux larmes, de la méchanceté à la gentillesse absolue, de l’humour à l’inquiétude en une demi-seconde. Le temps d’une porte qui claque. Je n’ai plus été aussi émue au cinéma ou à la télévision depuis le Cercle des poètes disparus en 1989… Prévoyez les mouchoirs, le verre de vin et les câlins avec vos parents à la fin du film. 

« THE FATHER raconte la trajectoire intérieure d’un homme de 81 ans, Anthony, dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Il est atteint de la maladie d’Alzeihmer et son univers se délite petit à petit. Mais c’est aussi l’histoire d’Anne, sa fille, qui tente de l’accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses. »

Avant de vous parler du film, d’Anthony Hopkins ou d’Olivia Colman, il faut que vous écoutiez la bande son. Cliquez sur le lien juste au dessus puis poursuivez la lecture de la chronique. Cette musique, entre opéra et grands élans lyriques, aide à comprendre, assure les transitions, rempli votre coeur et réchauffe votre âme quand les émotions sont trop fortes… Et elle apaise, car Anthony aussi s’apaise en l’écoutant. Son front se déride, ses yeux se soulagent, la tension de son corps disparaît.

Parlons de lui maintenant. Le maître absolu du cinéma, mon idole parfaite, le seigneur des grands et petits écrans : Anthony Hopkins. Il joue le rôle d’Anthony, un homme âgé dont les repères se confondent de plus en plus. Sa personnalité change, ses rapports avec son entourage aussi. Il passe remarquablement d’une émotion à l’autre. Évidemment que sans lui ce film ne serait pas le même. C’est lui le centre de pratiquement tous les plans, c’est son univers que l’on partage. Il est émouvant, bouleversant (et je ne galvaude pas cet adjectif). J’ai pleuré longtemps encore après que les lumières se soient rallumées et que le générique ait fini de défilé. J’ai vidé mon paquet entier de mouchoirs et l’émotion, ce matin, est encore tellement présente. Parce qu’Anthony nous montre ce que l’on craint pour notre devenir ou celui de nos proches. Et il est tellement vrai, la crispation de son corps, l’angoisse, le stress, la peur, l’inquiétude, l’incompréhension, la régression enfantine…. On n’a qu’une seule envie, c’est de le prendre dans nos bras, de s’asseoir à ses côtés, de lui caresser le dos et de lui dire qu’il n’est pas seul, que ça va aller, qu’on est là pour lui… Il est exceptionnel.

Olivia Colman est incomparable. Je dois humblement avouer que je ne connaissais pas cette actrice. Face à Hopkins, il faut quelqu’un de solide, d’aussi touchant que lui. Elle interprète Anne, la fille d’Anthony qui accompagne son père dans la maladie. Elle est dépassée par l’ampleur des besoins de son père qui ne réalise absolument pas son degré de dépendance. Elle est partagée entre l’amour qu’elle lui porte, l’envie de bien faire, pour lui, pour elle, et ses besoins de femme. Elle le porte, l’accompagne sans le perturber, le rassure, le supporte. Elle est aussi son punching-ball, celle qui reçoit ses angoisses, ses incompréhensions, ses anxiété et son agressivité de plein fouet. Elle est émouvante et quand la caméra zoome sur ses yeux, on y voit parfois une rivière de larmes accrochée à la paupière inférieure. Et nous aussi, en salle, on partage ses émotions. On est autant avec elle qu’avec lui. On comprend autant ses envies de femme que son besoin d’épauler son père. On partage son sentiment de ne pas en faire assez et pourtant de se sentir dépassée. Elle est la parfaite interprète de ce rôle et questionne l’enfant et l’accompagnant que nous pourrions un jour devenir. Fabuleux.

On ne peut pas parler de ce film sans nommer Florian Zeller, le réalisateur et l’adaptateur de ce film. Il faut dire que le film est l’adaptation de la pièce de théâtre de l’auteur : Le père.

L’angle choisi pour plonger le spectateur dans le quotidien d’Anthony et Anne est magistral. On s’y perd, comme Anthony s’y perd, dans cette vie. On quitte nos repères, les éléments de l’espace et du temps sont complètement revus, coulants, et s’il n’y avait la couleur de la blouse d’Anne pour nous repérer, nous ne saurions pas du tout ni où ni quand nous sommes. Et c’est en cela aussi que le film est remarquable. Car il réussit très rapidement à totalement nous désarçonner. Nous, qui sommes assis dans une salle obscure, voyons notre univers totalement bouleversé, d’une minute à l’autre. Comme Anthony, comme sa perception de la réalité. Et on ne sait plus ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Ce qui est un souvenir de ce qui est présent. Pourtant, le réalisateur ne nous perd pas totalement, il nous permet de nous accrocher à ce fil rouge qu’est la couleur du chemisier de Anne. Le bleu, c’est le jour du poulet, le blanc, c’est le lendemain. Totalement immersif et c’est une réussite absolue.

Notons encore que ce film a reçu deux oscars, celui du meilleur acteur pour Anthony Hopkins (et on ne comprendrait pas qu’il en eu été autrement) et celui du meilleur scénario adapté pour Christophe Hampton.

Ci-dessus, un extrait du film, drôle à souhait, où Hopkins explique à sa nouvelle infirmière – aide à domicile qu’il a été danseur de claquettes dans son jeune âge (alors qu’il était ingénieur).

Titre : The Father

Réalisateur : Florian Zeller

Acteurs : Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poots, Rufus Sewell, Olivia Williams, …

Durée : 98 minutes

Sorti le 16 juin 2021

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