Retour – tout en précision – sur Les secrets de l’affaire Troadec, au fil de l’enquête du tandem de journalistes Fonteneau/Laurence

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas d’un noir ou d’un thriller dont cette chronique va parler. Mais du récit de l’enquête journalistique de Béatrice Fonteneau et Jean-Michel Laurence, anciens chroniqueurs judiciaires, sur une affaire qui a fait grand bruit en 2017 : la disparition de toute une famille près de Nantes. Ce ne sont pas les Dupont de Ligonnès (assassinés quelques années plus tôt dans la même région) mais la famille Troadec au complet qui ne donne aucun signe de vie depuis plusieurs jours. Ce récit revient sur l’enquête des journalistes, sur les faits, sur les interviews des protagonistes de l’affaire… à quelques semaines du procès prévu en juin de cette année. Digne de l’émission télévisée « Faites entrer l’accusé » ou « Dossier criminel », les faits sont glaçants et l’angle choisi par les journalistes montre que la vérité n’est sans doute pas entièrement connue.

« Le 23 février 2017, à Orvault près de Nantes, la police est alertée. Pascal Troadec, son épouse Brigitte et leurs deux enfants de 21 ans et 18 ans, Sébastien et Charlotte, ont disparu. Sont-ils partis en vacances ? On pourrait le croire… si des traces de sang n’avaient été détectées dans leur pavillon. Toute la France suit l’affaire en direct, avant d’être abasourdie. Interpellé, Hubert Caouissin, le beau-frère de Pascal Troadec avoue être l’auteur du massacre. Puis les corps démembrés et calcinés des disparus sont retrouvés dans sa propriété insolée du Finistère, bientôt surnommée « la ferme de l’horreur ».

Bien qu’élucidée, l’énigme n’a pas livré tous ses secrets. Quel rôle ont joué, dans la tragédie, la soeur et la mère de Pascal Troadec ? Caouissin a-t-il prémédité son acte ? A-t-il agit seul ? Que penser des liens psychologiques complexes noués au sein de la cellule familiale ? Une caisse d’or de la Banque de France, récupérée dans le port de Brest en juin 1940, est-elle le mobile de ce quadruple homicide ?

Les auteurs ont mené l’enquête sur les lieux du drame et recueilli des témoignages inédits. Leur récit revient sur l’ensemble du dossier et dévoile certains aspects étonnants de ce fait divers hors norme. »

Difficile d’illustrer cette chronique tant l’horreur du crime qui est dépeint dans ce livre est atroce. Car la fiction est loin d’égaler ce fait divers dont nous avons tous entendu parler… Mais qui s’était déjà éloigné de ma mémoire. Les visages de Charlotte et Sébastien, de Brigitte et Pascal, les parents, ont pourtant immédiatement éveillé mes souvenirs. Alors, la cathédrale de Nantes, qu’ils sont dû admirer un jour ou l’autre de leur existence m’a semblé judicieuse.

Mais c’est un soir d’hiver, dans leur pavillon d’Orvault, à quelques kilomètres de cette cathédrale que le drame s’est produit. Et le récit des journaliste revient sur les faits. Pas de manière chronologique mais de la manière dont ils ont été découverts. Page après page, avec la froideur factuelle d’un récit, le drame se rejoue, les conflits se nouent et se dénouent. C’est glaçant… plus encore que le plus terrible des thrillers. Car rien n’est inventé, tout est vrai et l’imaginaire ne peut rendre la mesure de ces faits épouvantables.

On peut regretter que le récit se concentre exclusivement sur l’enquête et peu ou pas sur la vie et l’humanité des victimes. Mais les journalistes ne cherchent pas ici à entrer dans le pathétique, ils restent les passeurs d’une sale histoire. On peut aussi regretter les passages un peu longs sur les antécédents des juges, des avocats, d’un lieu… Mais cela permet aussi de se rendre compte de l’importance des protagonistes… Et puis si, comme moi, vous êtes plus intéressés par l’affaire que par la décoration du cabinet d’avocat de Maître untel, il vous suffit de passer le paragraphe en lecture en diagonale 😉

Mais cette enquête présente de nombreuses qualités, dont celle de remettre à la mémoire une affaire qui sera très prochainement jugée. De faire en sorte de ne pas oublier les victimes. On s’interroge aussi sur les zones d’ombres qui subsistent même si l’assassin présumé (qui a avoué) a été très collaborant et semble livrer sa vérité... On peut douter que ce soit LA vérité. On réalise alors toute l’importance du procès d’assises qui doit advenir. 

Remarquable enquête, froide et glaçante tant les faits sont ignobles. Et l’on s’interroge sur la capacité d’un « homme normal » à commettre de tels actes.

Titre : L’affaire Troadec

Auteurs : Béatrice Fonteneau et Jean-Michel Laurence

Éditions : L’Archipel

Sorti le 12 mai 2021

Nbre de pages : 240 pages

Prix : 19 €

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