Jylland : le latin chrétien s’invite chez les vikings, pour en faire des petits moutons pacifistes et renier les traditions?

Les temps changent, le constat n’est pas nouveau et même dans les temps anciens, les générations ont fait se bousculer les civilisations. Et la tour de Babel actant les incompréhensions a eu des ramifications bien plus loin que Babylone. Là où les vikings faisaient régner la terreur sans vergogne, par exemple. Normal, ils sont payés pour ça et le cinéma, les séries, les fictions s’en sont nourris à foison. Conjurant la violence, ou tentant de le faire, Bruno De Roover et Przemyslaw Klosin ont remonté le temps et les vagues glaciale pour témoigner du basculement : quand ce peuple pas très catholique jusque-là, en contact avec le christianisme, a voulu se convertir. Mais que certains, comme Sten notre héros prêt à tout, s’y sont opposés.

© De Roover/Klosin chez Anspach

Résumé de l’éditeur : Le chef Viking Sten rentre dans son royaume avec son équipage après une campagne de pillages de plusieurs mois. La situation a changé dans son pays natal. Son père mourant, le Roi Magnulv, a décidé de convertir son peuple au christianisme. Il souhaite que tous les royaumes de Jylland soient pacifiés. La vieille culture Viking doit être définitivement révolue. Plus de pillages et de combats… Rodor le frère de Sten, succède à son père. Il souhaite maintenir cette politique pacifique. Sten n’est pas autorisé à conserver ses trésors conquis. Révolté, il cherche à détruire cette nouvelle politique… Mais comment tuer une religion ?

© De Roover/Klosin chez Anspach

Au diable le Valhalla, place au paradis. À cette blague tentant de pousser sa communauté dans les parages de la paix, Sten ne s’y attendait pas. Pourtant, à peine revenu de sa croisade, les cales remplies jusqu’à plus soif de fortunes, prévoyant déjà une nouvelle chasse au trésor, le guerrier en chef s’est heurté à un changement de mentalité, à une nouvelle langue portée par un prêcheur. L’évangélisation des « barbares » a aussi eu lieu plus au Nord que ce qu’on peut le penser. Avec l’aval, qui plus est, du père de Sten, le grand chef, sur son lit de mort. Pour sauver sa place au paradis et en latin, il est vrai plus déchiffrable pour le lecteur que les langues scandinaves, il est vrai dépaysantes. Il semble acter que son successeur intensifiera le mouvement chrétien.

© De Roover/Klosin chez Anspach

Et tant pis pour ceux qui ne suivent pas le signe de croix, lui sera baptisé. Mouton noir, Sten voit d’un mauvais oeil ce changement de dévotion. Bien plus que l’adoption d’une religion, c’est toute la société d’hier et ses pulsions conquérantes dont son peuple doit faire le deuil, en même temps que du roi Magnulv. Mais Sten entend bien convaincre, ou vaincre, son frère de faire demi-tour. Quitte à user de stratagèmes. Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… car celles-ci une fois inséminées ont la vie dure. Dur, le crâne de Sten l’est, mais il recouvre un cerveau ingénieux, maléfique.

© De Roover/Klosin chez Anspach

Dans ce premier acte – deux autres suivront – Bruno De Roover et le compatriote du maître Grzegorz Rosinski, Przemyslaw Klosin ne nous disent pas quel camp choisir entre celui qui veut faire bagarre ad vitam aeternam et celui qui veut placer son âme en paix (mais, on s’en doute, l’Histoire parle pour ça, avec une face obscure). On jugera sur pièce et au nombre de survivants dans cette guerre intestine, ce schisme. Toujours est-il que les auteurs nous font suivre l’Histoire du côté du partisan de l’immuable savoir-faire viking (quitte à attaquer de dos): Sten. Du côté du mauvais mis à mal et ne pouvant compter que sur quelques hommes de confiance, d’autres ayant retourné leur Klappenrock.

© De Roover/Klosin chez Anspach

De la salle du conseil éclairée à la chandelle, des chambres secrètes où s’ébattent les amants impossibles aux grands espaces extérieurs où le vent et la houle masquent les messes basses (pas forcément chrétiennes donc), le duo d’auteurs nous séduit à mesure que l’histoire avance, entre retenue et la violence qui attend son heure. Przemyslaw Klosin ne crée pas des héros tout beaux tout neufs, il les marque, ils font plus que leur âge. On lui reprochera des décors manquant de vivant et un trait peut-être un peu trop statique mais les attitudes des personnages et les angles choisis pour les confrontations sont impeccables, incisifs. Et les actions de (dis)grâces, mortelles, parfaitement maîtrisées pour créer la tension et l’horreur dans le regard du lecteur. Pas sûr qu’Amen sera le mot de la fin dans ce monde sans foi ni loi jusque-là.

© De Roover/Klosin chez Anspach

Titre : Jylland

Tome : 1 – Magnulv le Bon

Scénario : Bruno De Roover

Dessin et couleurs : Przemyslaw Klosin

Genre : Drame, Histoire

Éditeur : Anspach

Nbre de pages : 46

Prix : 14€

Date de sortie : le 16/04/2021

Extraits : 

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