Le Boiseleur, un chant du cygne du majestueux Hubert pris sous les ailes d’oiseaux qui chantent notre monde et ses défauts

Et tout d’un coup tout le monde se tait, interloqué. Les oiseaux ne chantent plus, les bédéphiles n’ont que leurs yeux pour pleurer et une montagne de BD, sur laquelle trônent les Ogres-Dieux, pour se réconforter et se dire qu’Hubert, par cette voie, sera immortel. Ce même Hubert, dont nous avons appris la disparition, bien trop prématurée (49 ans, qu’est-ce que c’est jeune), le jeudi 13 mars. Apparu comme coloriste à la toute fin des années 90, il avait très vite embrassé une carrière de scénariste. Pour ne jamais cesser de monter en puissance. Repoussant le ciel avec des Géants mais sachant laisser de la place pour les oiseaux. Comme dans le premier tome du Boiseleur, sa dernière histoire parue de son vivant (dans l’émotion d’hier, nous avons appris que beaucoup de projets devraient encore aboutir). Avec Gaëlle Hersent pour magnifier les mots. Un album qui avait gagné ma pile-à-lire, en ce début de semaine.

Résumé de l’éditeur : En ces temps fort lointains habitait dans la ville de Solidor Illian, jeune apprenti sculpteur. Son habileté ravissait l’impitoyable Maître Koppel, délesté ainsi de la plupart des tâches de sculpture. Les habitants de Solidor avaient développé une passion pour les oiseaux exotiques, et chaque maison comportait au moins une cage en bois, avec au moins un oiseau. Les écouter enchantait Illian. Un soir, tandis qu’il fignolait un petit rossignol sculpté dans un rebut de bois, Maître Koppel surgit, furieux, avant d’être apaisé par sa fille, émerveillée par la sculpture. Une sculpture dont ils étaient, à cet instant, loin d’imaginer les répercussions sur toute la ville…

©Gaëlle Hersent

Avant toute chose, il faut encore souligner le travail de la Collection Métamorphose autour de la couverture, de l’emballage. La grande majorité des albums qui  y trouvent leur place, ont du style, sont des objets qu’on a envie de conserver, qui mettent en beauté notre bibliothèque. Une bibliothèque dans lequel le format, traditionnel, trouvera sa place, alors que la manière dont est conçue la couverture renforce l’idée de hauteur. Qui sera à l’oeuvre tout au long de ce récit lumineux.

Illustration préparatoire © Gaëlle Hersent

Né des mains d’Hubert et Gaëlle Hersent, Les mains d’Illian est donc le premier tome d’une série, une histoire complète tout de même, et généreuse de 94 pages. Dans l’obscurité d’un atelier qui veille tard, à la ferveur des bougies, il est là, à l’oeuvre, le petit prodige. Illian est l’apprenti de Maître Koppel. Un contrat lui garantit le loger et le manger mais pas de quoi gagner sa vie, et l’oiseau qui le fait tant rêver. Pourtant, Illian a de l’or dans les doigts, dans le bois, qu’il sculpte à longueur et longues heures de journée. Il en fait des cages pour emprisonner tous les oiseaux rares qui font la symphonie de Solidor.

© Gaëlle Hersent
© Gaëlle Hersent

Illian est tellement bon, que Maître Koppel ne travaille plus et s’assure une retraite confortable sur un matelas de deniers que son poulain aux oeufs d’or lui a rapporté. Il passes ses journées plongés dans les chiffres, c’est le jumeau un poil maléfique du Businessman du Petit Prince. Quant à Illian, s’il rêve de l’inaccessible étoile, Flora, la fille Koppel, il a tout de l’apprenti sorcier… qui ne serait pas fainéant et que, de toute façon, le maître ne quitterait jamais d’une semelle. Une sorte d’Hamelin, aussi, qui aurait troqué la flûte contre un ciseau, capable d’attirer à lui des oiseaux en bois plus vrais que nature. Faute d’un réel, qui bruisse des ails et chante. Mais il va lancer une mode.

© Hubert/Gaëlle Hersent chez Soleil

Traitant d’une société de consommation mise sous cloche, du conformisme, de ce besoin humain de consommer et posséder plutôt que d’observer, d’admirer, d’écouter; Hubert livre ici l’un de ses plus beaux scénarios. Et l’un de ses plus beaux albums, par la puissance de Gaëlle Hersent. Jouant admirablement sa partition entre séquences BD et séquences plus illustrées, cet album est un exemple dans l’art de placer le texte en osmose avec le dessin, de canaliser les mots sans les rétreindre pour autant. Il y a de beaux pavés à lire,  mis en scène avec grâce sans jamais obstruer le dessin qui se déploie parfois dans la grandeur, sur des doubles pages, très immersives. Rencontrée à l’époque sur Sauvage, où toute sa fougue se sentait déjà, Gaëlle Hersent a mûri son art et tout son talent explose, dans la verticalité et la poésie. Comme cette manière de rendre sensoriel le son des oiseaux. C’est magique. Vraiment. Transcendant. Il a de l’envergure.

© Gaëlle Hersent
© Hubert/Gaëlle Hersent

« Il savait juste au fond de son coeur qu’il désirait passer le reste de ses jours, précisément là, au milieu des fleurs, des arbres et des chants d’oiseaux, de ces oiseaux que son art avait involontairement libérés de leurs cages pour venir peupler la campagne autour (…) et en faire le plus beau paysage sonore qui soit sur terre. » Sans spoiler, ces mots sont quasiment les derniers de ce premier tome de L’oiseleur (Gaëlle Hersent a en tout cas commencé le deuxième), et je trouve qu’ils font tellement sens comme épitaphe d’un auteur qui en disait tellement sur nous et notre monde, avec une approche très personnelle.

©Gaëlle Hersent
© Hubert/Gaëlle Hersent chez Soleil

Je n’avais jamais rencontré Hubert, diable, j’aurais aimé. Quelques questions, une interview, pour creuser la si riche matière qu’il amenait au regard Ce n’est qu’au travers de ses livres que je l’ai connu. Il faisait partie de ces auteurs qui, par leur profondeur et leur précision, leur magie, transforment le vécu du lecteur. De l’humain qui est en lui, même.

Test d’encrage pour le tome 2 © Gaëlle Hersent

Série : L’oiseleur

Tome : 1 – Les mains d’Illian

Scénario : Hubert

Dessin et couleurs : Gaëlle Hersent

Genre : Conte, Drame

Éditeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Nbre de pages : 94

Prix : 19,99€

Date de sortie : le 16/10/2019

Extraits : 

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