Maëlle, de The Voice à l’album : « Dans un monde très rapide, c’est bien de pouvoir s’arrêter, de se retrouver autour de la musique »

Gagnante de la septième saison de The Voice France, Maëlle a pris son temps pour revenir avec un album très personnel, loin de ce qu’on peut attendre, et appréhender, de la part d’un récent vainqueur de télécrochet. Avec sensibilité, la jeune Tournusienne (du nom de cette commune de Saône-et-Loire) s’est entourée de Calogero et son équipe pour livrer un album éponyme, fait de chansons emblématiques pour une génération qui cherche parfois l’espoir, la musique et, par-dessus tout, se laisser porter par la musique. Rencontre au Pullman de Bruxelles-Midi, un jour de Black Friday, avec une jeune artiste prometteuse et dont la sincérité et le talent ne sont certainement pas à brader !

Bonjour Maëlle, nous vous retrouvons en Belgique. Pour la première fois ?

Je n’étais jamais venue, en effet. Je n’ai pas encore eu le temps de visiter mais nous allons le faire après les interviews.

Courage, c’est Black Friday, aujourd’hui ! Mais j’imagine que de la Belgique, Calogero ou Zazie vous en ont déjà parlé ?

Oui, ils m’ont toujours dit que c’était super. Puis, je reviendrai pour Viva for life, le jeudi 19 décembre sur la Grand-Place de Tournai.

Mine de rien, vous avez mis un petit bout de temps avant de livrer un album et des chansons après avoir gagné The Voice ?

C’est vrai, j’ai mis un an et demi à sortir quelque chose. C’est stressant de se demander ce qu’on va pouvoir dire. Quand j’ai gagné The Voice, j’avais 17 ans, j’avais mon bac de Français à réussir. Je n’avais pas envie de me concentrer sur deux choses à la fois. J’ai choisi de terminer mon cursus puis d’être à l’aise pour bien défendre ce que je voulais proposer musicalement.

Outre la chanson, il y a la danse.

Oui, j’ai intégré l’Académie Internationale de la Danse de Paris. Comme il y a le projet musical qui me prend beaucoup de temps, j’y vais de temps en temps. Mais c’est dur de combiner.

Mais vous en faites depuis longtemps, non ?

Depuis aussi longtemps que le piano. Ce devait être quand j’avais cinq ans et demi.

Là où l’on sait que la danse ne peut se passer de la musique, la chanson peut-elle se passer de la danse ?

Pas toujours. En fait, ce sont deux mondes complémentaires. Ça amène beaucoup plus de choses. La danse m’a permis de mieux et plus ressentir la mélodie, la rythmique. Elle m’a aussi appris à tout donner. Ça me sert pour mes performances sur scène.

© Cecy Young

Votre album a été quasi-intégralement composé par Calogero, qui le réalise. On aurait pu se dire que, de cause à effet, de Zazie à Calogero, les choses s’étaient relativement imbriquées… mais non.

En effet, je l’ai rencontré lors d’un concert de Julien Clerc dont je faisais la première partie. Dans ce festival, Les Nuits bressanes à Louhans, Calogero avait son soir, le lendemain. J’étais très intimidée, c’était incroyable de l’avoir en face de moi. Et quand nous sommes rentrés en studio, j’ai vu à quel point nous nous ressemblions, nous avions la même perception des choses et, aussi, le même degré de… perfectionnisme.

Dans ce genre d’album de vainqueurs de The Voice, on se retrouve parfois face à des oeuvres impersonnelles, des enfants/adolescents qui chantent des textes de grands. Ce n’est pas le cas ici. Ça vous ressemble tellement.

Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, je lui ai parlé des thèmes que je portais en moi. Il m’a proposé certains auteurs. Je suis pudique mais je voulais aborder des choses qui ressemblent à tout le monde, des chansons dans lesquelles chacun pourra se mettre à ma place : le harcèlement, le climat. C’est important, dans nos sociétés, on voit que la jeune génération s’active, veut changer le monde, prend sa part de responsabilités.

Ces auteurs, Marie Bastide, Paul École, Inès Barbier, ils vous ont percé à jour. Vous les avez aussi rencontrés ?

Comme je n’habite pas à Paris, il m’était compliqué de venir les rencontrer. Je loupais déjà assez de cours comme ça. Je n’ai toujours pas rencontré tout le monde. Tout est vraiment parti des discussions que j’avais avec Calogero.

Je lui ai aussi fait écouter ce que j’écoutais : Al Stewart, France Gall, Michel Berger, Abba… En fait, j’écoute plein de choses héritées de mes parents. De la variété, de l’électro, des choses plus jazzy… Je m’en suis aussi servi à l’heure de créer mon univers.

Vous n’avez rien écrit sur cet album ?

J’ai essayé mais c’était une catastrophe. Mais je compose ! Pour ce qui est de mes textes, mes meilleurs amis à qui je les avais fait lire m’ont dit de laisser tomber, de me préoccuper des compositions. Donc, non, pas pour le moment, peut-être un jour.

Mais vous n’avez rien composé non plus sur cet album.

Oui, mais ce n’est pas l’album de Calogero pour la cause, c’est le mien. Bien sûr, on reconnaît sa patte mais il y a eu beaucoup de maquettes. Certaines devaient aller plus haut, d’autres être plus lente. Avec Calogero, nous avons vraiment travaillé ensemble. Je ne connaissais rien à ce métier, il m’a pris son son aile. Et vu sa carrière, je ne pouvais que lui faire confiance.

Vous en étiez fan ?

Quand j’étais petite, j’étais déjà allée le voir en concert. Puis, le lendemain ma première partie de Julien Clerc, j’ai vu son concert. J’ai eu beaucoup de chance de le côtoyer, j’ai rencontré sa fille…

Et sa femme, Marie Bastide, qui a écrit pas mal de textes pour vous ?

Je ne l’ai pas encore rencontrée, elle n’est pas souvent là. Mais nous nous parlons beaucoup par messages. Elle a su comprendre comment je voulais montrer, exposer mes sentiments. Sans que cela soit trop direct, non plus. C’est le cas du chagrin d’amour dans Tu l’as fait.

Les textes, les auteurs les ont écrits de leur plein gré. Je ne savais pas de quoi il était question, Je les découvrais au moment même où ils m’arrivaient dans les mains.

Emblématique, il y a L’effet de masse, qui aborde frontalement le harcèlement scolaire. Et vous vous y incluez en parlant en « je », en « nous ».

Ce serait mentir de dire qu’aucun de nous ne s’est jamais moqué. Si quelqu’un me le dit, je n’y croirai pas. Par contre, on ne mesure pas toujours l’ampleur de nos actes. Ici, il y avait cette volonté d’entraîner la réflexion, de prendre en compte le harcelé et le harceleur.

À mon moindre niveau, après de The Voice, j’ai eu de l’appréhension à reprendre ma vie scolaire. Les professeurs étaient différents avec moi, le regard des autres élèves avait changé. Ça m’a mis mal à l’aise.

Après une mise en lumière comme The Voice, en dehors de votre cercle familial, amical, scolaire, le soufflé peut très vite retomber.

Autant, on est très vite mis en lumière, autant, on regagne très vite l’ombre. Beaucoup de gagnants sortent d’ailleurs leur premier single un mois après leur victoire. Si vous ne sortez rien à temps, on vous oublie petit à petit. C’est sûr, The Voice, c’est un tremplin pour une carrière, les gens découvrent votre voix, vous êtes bien entouré par des assistants des équipes très professionnels, puis ce sont des moments incroyables. Mais, pour l’après, je crois qu’il est essentiel d’être bien entouré.

© Anna Izquierdo

Autre mise en lumière, les photos des pochettes de votre single comme de votre album. C’est facile de se prêter à l’appareil photo ?

Ça ne m’a jamais dérangé, j’étais même excitée à l’idée de participer à cette séance de shooting. Le noir et blanc sur la pochette de l’album, je l’ai choisi par contraste. Les chansons sont tellement pop, colorées. Puis, il y a mon nom, encré sur mon visage. C’était important de dire que cet album me ressemblait, était moi.

Il y a cette chanson Le pianiste des gares, vous avez pu jouer du piano ?

Non, je n’ai pas pu jouer d’instrument sur cet album, je n’étais pas suffisamment présente en studio. Mais pour le prochain, je compose. J’ai plein d’envies, d’univers que je veux faire découvrir.

Vous jouez parfois dans les gares ?

Oui, c’est vraiment chouette d’avoir de tels pianos dans un lieu public. En plus, bien souvent, ils permettent, en jouant, de recharger son GSM. Mais, j’aime aussi les musiciens dans le métro. Je trouve qu’on vit dans un monde très rapide, c’est bien de pouvoir s’arrêter, de se retrouver autour de la musique qui, si on y prête attention, est omniprésente.

Avec Le mot d’absence, c’est un peu le contre-pied de Si seulement je pouvais lui manquer ?

Vous n’êtes pas le premier à le dire, c’est vrai. Ce n’est pas une chanson autobiographique mais j’ai plein d’amis qui n’ont pas de nouvelles d’une mère, d’un père. Ça me touchait d’aborder cette absence avec une vision extérieure, d’éprouver de l’empathie tout en analysant ce qu’il pouvait se passer, comme pouvait-on se rapprocher de ses parents. Nous vivons à une époque où pas mal de jeunes, voire très jeunes, voient leurs parents divorcer et connaissent très vite deux maisons. Ce fut mon cas.

Autre chanson forte, SOS. Vous avez marché pour le climat ?

Oui, dans ma ville, à Tournus, nous avons marché. SOS, c’est un appel à l’aide, un cri de détresse, c’est important que les jeunes, en général, s’impliquent là-dedans. Angèle a aussi pris position, c’est le symbole d’une génération qui se rend compte, si on ne bouge pas, il sera trop tard. Greta Thunberg incarne cette prise de conscience. Bon, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est très dur ce qu’elle vit. Il ne s’agit pourtant pas de faire la morale, mais de se dire que si personne ne fait rien, on est mal barré !

Pourtant, aujourd’hui, il y a beaucoup plus de gens qui marchent pour le Black Friday que pour le climat.

Mais il y a le Green Friday. C’est l’occasion pour les magasins de seconde main d’inviter les gens à se détourner du neuf, à aller dans les ressourceries, à trouver leur bonheur à prix cassé. Pas plus tard que ce matin, j’ai lu qu’il faut 2500 litres d’eau pour concevoir un t-shirt. C’est fou, hors-norme. Alors que c’est tellement mieux de donner sa chance au seconde main.

© Cecy Young

Calogero vient de sortir une intégrale dans laquelle, parmi les inédits et nombreuses maquettes pour d’autres artistes, une de vos chansons: Sur un coup de tête.

C’est un ami qui me l’a signalé : « T’as écouté la maquette sur l’intégrale de Calogero ». J’ai tout de suite appelé Calogero en lui disant: « Si ça tombe, tu la chantes mieux que moi ». Et c’était vrai qu’il la chante bien, différemment. C’est bien que cette maquette s’y retrouve, ça montre tout le travail qu’on a accompli pour partir de la maquette et arriver à la version finale.

Votre dernier concert, quel était-il ?

Je crois que c’était Billie Eilish à la Cigale. C’était fou de la voir dans une petite salle. J’étais comme une dingue. Ma soeur en avait marre, je connaissais toutes les paroles et ça l’insupportait (elle rit). Puis, j’ai hâte d’être en février pour voir Lana Del Rey.

Et le dernier album écouté ?

Al Stewart ! J’adore ce mec. You’re the cat tourne beaucoup chez moi.

Il chante en anglais. Comme vous sur You Go, seule chanson en anglais de cet album… mais initialement prévue en français.

Oui, autant d’autres sonnaient très bien en français autant celle-là me semblait beaucoup plus convenir à l’anglais, trouver plus de punch.

Va-t-il y avoir une tournée ?

Ce n’est pas déterminé, on en parle. Mais, pour l’instant, je me consacre à la promo. Mon album compte onze titres, c’est délicat de partir en concert avec si peu de morceaux. Du coup, on attend, on discute. L’important, pour le moment, c’est de savoir comment l’album est écouté.

© Cecy Young

Le successeur est déjà en route, donc ?

Je n’ai pas encore de texte mais j’ai des compositions. Le tout est de savoir de qui je vais m’entourer.

Calogero ne sera plus de la partie ?

Il m’a accompagné sur cet album, m’a permis de me découvrir. Il m’a dit : « Tu vas pouvoir travailler, composer, maintenant. On sait que tu es faite pour ça.

Il y a eu des doutes tout au long de cette aventure studio ?

Je doute tout le temps, je me pose trop de questions. Quand on débute, qu’on arrive sur un plateau radio, qu’on est la petite nouvelle parmi des gens bien installés, c’est déroutant. Ça ne se fait pas en un claquement de doigt. Quand je vois le temps que Clara Luciani a mis pour percer…

© Cecy Young

En plus, en tant que première fille à avoir gagné The Voice, certains m’ont fait sentir que j’étais attendue au tournant. Ça met une pression supplémentaire… que j’ai contrée en prenant le temps de développer cet album.

Le dernier titre de celui-ci, c’est La Marque.

Je l’ai voulu ainsi. C’est un titre au nom déjà marquant mais qui permet d’amener une touche plus douce. J’aimais bien cette idée de conclure sur une évocation de l’amour qu’on peut éprouver, de combien de temps il peut durer.

C’est aussi une manière de dire qu’il n’y a finalement pas que les machines qui ont un coeur. Merci Maëlle et bonne continuation avec ce très bel album.

Album éponyme

Maëlle

11 titres

40 minutes

Universal Music / Mercury

Sorti le 22/11/2019

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