Rencontre douroise avec les rockeurs de Black Mirrors: « Même dans un groupe, l’élan créateur doit venir de quelque chose d’extrêmement personnel »

Après un premier passage en 2016, les grands gagnants d’un D6bels Music Awards, catégorie « Rock & Alternatif », étaient de retour en terres douroises. Black Mirrors (Pierre, Paul, Loïc et Marcella) avait à cœur d’être à l’affiche de cette 31e édition du Dour Festival pour venir y présenter son premier album « Look into the Black Mirror ». Les étoiles montantes du rock made in Belgium ayant été programmé en ouverture de la petite maison dans la prairie de la quatrième journée du festival hennuyer, Branchés Culture est parti à leur rencontre pour permettre aux lève-tard de mieux connaitre ce groupe terriblement attachant.

black mirrors.jpeg

Bonjour Marcella! Bonjour Pierre! Avant tout, merci pour le temps que vous nous consacrez en répondant à cette interview.

Vivre d’une passion telle que la musique exige d’énormes concessions. Vu le nombre gigantesque d’appelés, il est important de conserver l’authenticité de ce que l’on veut créer pour perdurer. Black Mirrors est de ces groupes qui forgent sa réussite au prix d’un labeur intense. Après six années d’existence, le nom de votre formation commence à avoir une résonance dans l’esprit des ardents défenseurs de la culture rock, pourtant il n’existe que très peu d’interviews retraçant votre parcours et la naissance de ce projet. Comment en êtes vous venus à la musique? Qu’est ce qui fut à l’origine de la naissance de Black Mirrors?

Marcella: Je crois que c’est grâce à mon grand-frère que je suis devenue accro au rock. C’est un excellent guitariste. Il n’a jamais choisi de m’influencer. Il jouait entre ses quatre murs. Néanmoins, à force de l’entendre jouer et en prêtant l’oreille aux musiques qu’il écoutait, je me suis créé une bonne petite culture rock. Involontairement, c’est lui qui m’a bercé avec cet univers. Avec ma soeur, ils m’ont réellement forgé une solide culture musicale générale. J’ai toujours suivi leurs affects. Mon frère s’est mis à écouter du jazz. Résultat, je me suis inscrite dans une école de jazz. Plus je grandissais et plus la musique prenait une importance considérable dans ma vie. Cela est devenu tellement essentiel pour moi que j’ai voulu en faire mon métier.

Pierre: Avec Marcella, nous avions des amis en commun et nous nous étions mis à jouer dans un projet ensemble. Notre première collaboration était un projet bien plus calme. Petit à petit, Marcella a fondé un groupe de son côté. Ce devait être une formation totalement féminine. Pour ma part, je m’étais mis à faire des jams avec un pote batteur. Tout un été, au lieu de juste se voir pour boire des bières et pour faire des parties de Playstation, nous nous retrouvions pour faire de la musique. Nos compositions étaient beaucoup plus brutes que ce que je m’étais habitué à jouer précédemment. Pour son projet, Marcella n’arrivait pas à trouver un guitariste.

Marcella: Nous cherchions une fille qui avait vraiment cette manière et ce style de jeu que j’avais pris l’habitude d’entendre lors du précédent projet que nous avions avec Pierre. Nous lui avons donc demandé de nous rejoindre et l’essence du groupe s’est transformée.

Pierre: Quand nous nous sommes mis à rejouer ensemble, c’est là que l’ADN de Black Mirrors est apparu. Nous faisions des compositions vraiment plus dures que précédemment.

Qu’est-ce qui vous a influencés pour créer ces musiques plus dures qui restent à contre courant des tendances actuelles?

Pierre: Il n’y avait aucune volonté de notre part de faire une musique qui soit dans l’air du temps. Nous ne nous sommes pas posés la question pour savoir ce qui fonctionnait quand le projet a vu le jour. Nous ne souhaitions pas forcément se retrouver dans un courant en suivant une vague. Nous nous sommes plutôt laissés porter par ce qui nous venait et ce qui nous animait naturellement. On retrouve très certainement des touches de Nirvana, Led Zeppelin, Royal Blood, Janis Joplin, Anouk et Queens Of Stone Age dans nos compositions mais il n’y a aucun calcul. C’est tout simplement les influences qui nous ont fait aimer ce métier. La musique des années 90 est très importante pour nous. Il est donc logique qu’elle teinte parfois nos chansons.

Vous avez récemment connu la consécration en Belgique francophone en recevant le D6bels Music Awards catégorie « Rock & Alternatif ». Comment accueillez vous cette reconnaissance?

Marcella: Ça nous fait extrêmement plaisir de recevoir cette reconnaissance du public francophone du pays. De nos jours, il est devenu très compliqué de se faire une place dans les sphères musicales, surtout en Wallonie, puisque notre style n’est plus ce que les jeunes écoutent majoritairement. Du coup, ce prix compte beaucoup pour nous. On sent le soutien du public, de certaines personnes de notre entourage et de nos familles. Étant tous deux profs de musique, nous ressentons aussi énormément de soutien de la part de nos élèves. Ce prix est aussi le signe qu’il y a encore des adeptes de rock en Belgique. Même si les tendances peuvent faire croire le contraire, le rock n’est pas mort. Dans les pays scandinaves et germaniques, on voit que le rock est encore très présent dans les mœurs et les cultures. En Belgique francophone, par contre, le rock est redevenu un courant très underground. Ce prix est donc un bon signal. Cette reconnaissance fait chaud au coeur.

Vous avez signé sur le label autrichien Napalm Records. Vous tournez beaucoup avec des groupes scandinaves. Vous vous produisez souvent en Allemagne et aux Pays-Bas. Vous nous avez parlé de l’osmose qu’il existe dans ces pays entre le rock et la culture. Est-ce que tout cela va influencer vos prochains morceaux?

Pierre: Il y a plein de groupes fantastiques là-bas. Nous avons une histoire très particulière avec la Scandinavie même si nous venons seulement d’y jouer pour la première fois il y a deux mois. Nous sommes partis cinq ou six fois en tournée ces deux dernières années. Et comme vous le signaliez, lors de ces concerts, nous étions souvent avec des groupes scandinaves. Nous avons vraiment créé un lien avec ce que nous avons pris l’habitude de nommer de manière comique « le rock viking ». Cette dénomination devenue un délire qui nous a bien fait rire avec certains autres groupes.

Néanmoins, au niveau de la création artistique, je pense que cela ne va rien changer. En tant qu’artiste, en tant que créateur et même en tant qu’être humain, il est très important de proposer une création que vous avez construite de la manière la plus solitaire possible. Vous devez le faire avec les membres de votre groupe quand vous êtes au sein d’un projet comme le nôtre mais l’élan créateur doit venir de quelque chose d’extrêmement personnel. Il est essentiel que l’oeuvre soit le résultat d’un instant qui n’appartient qu’à vous. Cela permet à votre création d’être la plus authentique possible. Le fait que les gens adhèrent et qu’il y ait un business autour, ça doit toujours venir par après.

Si vous voulez vivre de votre musique, il faut que quelqu’un pense à l’attrait commercial de votre oeuvre. C’est évidemment très important, surtout à l’heure actuelle, mais ça ne doit jamais devenir la motivation de votre projet. Pour Black Mirrors, on reste très attentif au fait de différentier l’aspect créatif des intérêts commerciaux. Pour nous, la créativité doit toujours prévaloir sur le reste. On fait un style de musique qui n’est plus en vogue actuellement mais on s’en fout. Il y a quelque chose d’égoïste dans la composition musicale. Il y a un moment extrêmement intime qui relève de l’expression même de soi. La seule comparaison que je peux faire pour mieux vous expliquer cela c’est la situation d’un enfant qui joue aux lego. Avec les petites briques, il crée un univers qui lui est propre. Le château qu’il construit est comme lui seul le souhaite et l’imagine. Si les amis avec qui il joue n’aiment pas sa réalisation et bien tant pis. Il trouvera un autre ami qui voudra profiter de son univers tel qu’il l’a pensé. Si ce que vous êtes est bien fait et avec coeur, il y aura toujours quelqu’un pour apprécier. C’est une idée très hédoniste mais quand vous aimez ce que vous faite et que vous vous livrez réellement, il y a toujours un moment où vous trouvez votre public. C’est pourquoi j’espère que Black Mirrors restera toujours authentique dans nos création.

Marcella: Nous sommes avant tout des passionnés. Nous ne faisons pas de la musique pour plaire. Ce qui est important c’est que ce que nous créons nous plaise en premier lieu. On joue avec toutes nos tripes et si ça plait tant mieux.

Cet été, vous faites une belle tournée des festivals emblématiques du plat pays. Marcella a débuté la période estivale en partageant une scène de Werchter lors de la prestation de The Vintage Caravan. Black Mirrors se produit à Dour puis au LonneFeesten de Lokeren et enfin à l’Alcatraz de Courtrai. Que peut-on encore vous souhaiter pour l’avenir?

Marcella: Cette année, nous avons accompli une grande partie du rêve. Nous avons fait trois tournées européennes et sorti un album dont nous sommes super fiers. Nous jouons dans des festivals comme Dour. Des monuments auxquels nous avons participé pendant de nombreuses éditions en tant que festivaliers. Même si Dour n’est plus aussi alternatif qu’avant, ça reste un festival incroyable. C’est une réelle fierté de présenter Look into the black mirror, ici. Il y a deux semaines, je faisais un duo à Werchter. Aujourd’hui, nous sommes à Dour. En août, nous nous produisons au Fonnefeesten et à l’Alcatraz. Maintenant, tout ce qui peut arriver n’est que du bonus! Le rêve ne peut plus que s’amplifier en jouant plus, sur de plus grosses scènes, à de meilleures heures. Nous avons de la chance que tout fonctionne parfaitement à l’heure actuelle. Le seul souhait que nous pourrions faire est de faire revenir le rock sur le devant de la scène. Ça se serait le top!

Merci à tous les deux pour le temps que vous nous avez consacré et bonne route pour la suite votre pharaonique tournée estivo-automnale.

bmc

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.