Gâchette facile et magret de canard sacré, la BD en fait tout un Pataques et ce n’est qu’un début !

L’année 2018 a été fertile en nouvelles collections BD’s, chez tous les éditeurs et dans tous les genres, fortes d’identités et mettant le paquet pour séduire le lecteur. Quitte à prendre aux tripes, autant aussi prendre aux strips. Tel est le leitmotiv qui annonce la couleur d’une des nouvelles collections nées chez Delcourt, sous le patronat de saint James et de ses trois commandements: un humour contemporain (traiter des sujets de société, porter un regard critique, décalé ou absurde sur le monde qui nous entoure, sur nos comportements), des formes courtes (stries, gags en une page, courtes chroniques) et les petits formats (revenir à l’essence pop et pulp de la bande dessinée) et un esprit d’équipe parmi les auteurs, avec des passerelles, des collaborations croisées, dans l’esprit de ce qu’on vit dans les rédactions. Le casting est alléchant et cinq titres ont déjà vu le jour. En voilà deux, à la guerre comme à la Guerse : Pan! T’es mort (avec Terreur Graphique) et Les aventuriers du Mékong (avec Marc Pichelin).

Avant toute chose, la genèse par James (à retrouver principalement sur le compte Instagram de la collection) pataques_delcourt :

Pan! T’es mort mais t’en ris encore

© Terreur Graphique/Guerse chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Le principe est simple : un mort minimum par gag. Chaque strip, reformaté en petites pages de quatre cases, repose sur un ou plusieurs trépas, dans des situations absurdes, dramatiques ou anodines. Finalement, ce n’est pas si grave de mourir et, surtout, nul n’en réchappera ! Alors autant rire de la mort pour l’apprivoiser, avant qu’il ne soit trop tard.

© Terreur Graphique/Guerse chez Delcourt

Pan! T’es mort, ça va vite à dire. Il faut dire qu’entre les Darwin Awards, les morts plus idiotes les unes que les autres, les crimes de guerre ou ceux de paix, les crimes parfaits ou imparfaits qui tuent aveuglément à la lumière du jour et sous les yeux des badauds; la mort est là, partout, tout le temps. Parfois tabou que Terreur Graphique (qui aura son propre album, Les temps sont flous, à paraître mars 2019) et Guillaume Guerse ont vite fait de dynamiter pour opter pour des digressions sans complexe, expéditives, gratuites, naturelles, punitives ou juste jouissives, souvent trash et gore. Sans foi ni loi et sans morale, la paire déjantée bouffe à tous les râteliers et tire à balles réelles et à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Sans foi ni loi ni morale.

© Terreur Graphique/Guerse chez Delcourt

À l’école des fans ou dans le placard du mari trompé, dans les sectes ou lors d’un banal accident de roulage, Terreur Graphique a élaboré des saynètes toutes plus décérébrées les unes que les autres, où les petits ruisseaux font les grands bains de sang,  mais toujours surprenantes dans leur manière de ménager le pire et le voyage sans retour. Guerse y pose son style corrosif et effervescent, fracassant et caricatural pour activer la mécanique de gags qui iraient comme un gant à Fluide Glacial… mais qui fut publié dans les pages de la revue Mauvais Esprit, il y a déjà un bail, comme quoi la mort à une seconde vie.

© Terreur Graphique/Guerse chez Delcourt

En définitive, c’est con mais bon, absurde et décapant. Sans prétention, aussi. Et si t’es pas d’accord, pan!, t’es mort !

© Terreur Graphique/Guerse chez Delcourt

Titre : Pan! T’es mort

Recueil d’histoires courtes

Scénario : Terreur graphique

Dessin et couleurs : Guillaume Guerse

Genre : Humour noir

Éditeur : Delcourt

Collection : Pataquès

Nbre de pages : 104

Prix : 12€

Date de sortie : le 29/08/2018

Extraits : 

Les aventuriers du Mekong… mais cons

© Pichelin/Guerse chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Marco et Gégé, les alter ego un peu losers des deux auteurs, cèdent à la mode du moment en écrivant un récit de voyage pour enfin rencontrer le succès. Ils choisissent le Laos, pays encore peu traité en bande dessinée, sur ce seul critère opportuniste. Et là démarre un séjour purement touristique qui va tourner à l’aventure loufoque. Ou quand deux pieds nickelés tentent de se prendre pour Tintin…

© Pichelin/Guerse chez Delcourt

Cinquième album et première entourloupe dans cette collection, Les aventuriers du Mekong est un album hybride qui n’est pas un petit format et ne table pas forcément sur des récits courts (n’en déplaise aux chapitrage un peu artificiel de cette aventure loufoque). Mais le ton est complètement dans l’ADN de Pataquès. Pourtant, ce n’était pas gagné et le commencement de cette aventure nous a bien dupés. Parce que quand Pichelin et Guerse (ou leurs avatars de BD) se font virer de leur maison d’édition après un énième four, ils ne comptent pas pour autant se départir de leur humour et entendent bien rebondir, quitte à se prostituer artistiquement et à emboîter le pas des tendances.

© Pichelin/Guerse chez Delcourt

À l’heure où reportage et documentaire en BD trouvent de nouvelles ficelles pour étonner le lecteur tout en l’informant (le secouant même parfois), le duo pense pouvoir passer des vacances peinardes au Laos, se prendre des tôles à la Beerlao tout en livrant un album plan-plan aux côtés d’un canard qui fait coin-coin et qu’ils baptiseront sobrement Milou. Bref, ils se font mousser sous la mousson. Le degré 0 du récit de voyage, quoi, consistant uniquement à raconter ce qu’on a vu sans approfondir. En surface, quoi.

© Pichelin/Guerse chez Delcourt

Et c’est ce qu’ils font dans un pays où finalement ils ne font quasiment rester qu’entre français. Ben oui, c’est plus facile de comprenure ! Les journées de bitures et de découvertes par le petit bout de la lorgnette se succèdent donc avec plus ou moins de délice et comme un long Mékong tranquille, peuplé sur ses rives de drôles de personnages baignant dans le comique de répétition. Trop parfois. Jusqu’à ce qu’au milieu de l’album, nos deux auteurs décident enfin de raconter leur histoire, mise en abyme, qu’un vent favorable soufflera au loin pour mieux faire changer le ton. Et le BD-reportage à la dilettante de devenir une aventure à la Indiana Jones tirée au cordeau… et au magret. Car Milou, le canard complètement à côté de ses pompes se révèle être une bête de combat et l’ultime héritier d’un peuple de canard sacré. Forcément, ça fait des envieux. Et c’est une autre manière de découvrir un pays et des décors formidables, à dos d’éléphant ou en pirogue, en y insérant une histoire tout à fait sans queue ni tête.

© Pichelin/Guerse chez Delcourt

Si les blagues les plus courtes sont les meilleures et que Pichelin et Guerse s’étendent peut-être un peu trop sur le sujet manquant de surprises une fois le revirement de situation passé, les deux déconneurs livrent une histoire foldingue, qui sort de route et des sentiers battus pour finir dans les rizières. On n’en attendait pas moins d’eux et on ne peut pas bouder notre plaisir. Même si, en fin de compte, on n’a pas appris grand-chose sur le Laos.

Voilà, c’est fini, pour le moment. Pour prolonger le plaisir, il y a aussi les Pataquès Poche disponibles ici et gratuitement. Et, en bonus, un dessin de notre ami La Mine qui sera lui aussi bientôt dans cette collection, dans cette cour des grands.

Titre : Les aventuriers du Mékong

Récit complet

Scénario : Marc Pichelin

Dessin et couleurs : Guillaume Guerse

Genre : Autofiction, Aventure, Documentaire, Humour

Éditeur : Delcourt

Collection : Pataquès

Nbre de pages : 112

Prix : 18,95€

Date de sortie : le 10/10/2018

Extraits : 

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