Une fin de BSF entre un étonnant Glass Museum, un Arsenal convainquant, un Orelsan bondissant et un 30 Second to Mars qui a eu du mal à quitter terre

Depuis mardi dernier, le centre de Bruxelles grouillait d’amateurs de musique se rendant aux concerts programmés sur les quatre scènes du Brussels Summer Festival. Et, bien sûr, l’équipe de Branchés Culture est présente sur place pour tout vous dire jour après jour sur les moments clefs du BSF.

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Jeudi

Notre soirée commence par The Experimental Tropic Blues Band qui se produit au Mont des Arts. Les liégeois nous ont habitué à des prestations enlevées et foncièrement rock teintées de punk et ce fut une fois de plus le cas, ce jour-là, où le groupe a donné le meilleur de lui même devant un parterre d’aficionados conquis. Une valeur sûre si on aime le rock qui transpire sous les aisselles.

Pendant ce temps à La Madeleine et dans un tout autre genre, Charlotte charmait un public curieux de découvrir ses jolies chansons pop. Jeune chanteuse belge, Charlotte a la volonté de proposer un univers personnel et fort, alliant image et comédie sur une pop alternative. Auteure, compositrice, interprète, elle s’est entourée de jeunes producteurs de talent pour construire son identité musicale intime et envoûtante. Un joli moment apprécié à sa juste valeur par le public présent.

Pour succéder à Charlotte à La Madeleine, le BSF a choisi Stef Kamil Carlens. L’ex-Deus, Zita swoon ou Moondog Jr, en plus d’être auteur-compositeur, guitariste, compositeur et producteur de disques, est un interprète plein d’âme et d’énergie qui depuis plus de deux décennies se produit sur les scènes musicales et théâtrales européennes. Stef Kamil Carlens nous distille une musique mélancolique et funky dans l’ambiance feutrée mais ô combien trop sombre de La Madeleine. 

Retour au Mont des Arts avec Carpenter Brut. Personnellement j’attendais avec impatience le combo français qui, petit à petit, s’est imposé comme une figure majeure du sous-genre darksynth, genre s’inspirant de sonorité sombres, du metal et de musiques de films d’horreur (notamment celles composées par le réalisateur référence John Carpenter)Carpenter Brut cultive le secret sur son identité et ne s’expose que peu aux médias. Les instructions aux photographes étaient claires : pas de gros plans, ni de photos de membres seuls, juste des silhouettes ou des photos de plusieurs musiciens ensemble. Bref, beaucoup d’attention accordée à l’image du groupe… mais et la musique dans tout ça ? Le band puise ses influences dans les shows TV des années 80 et les films de série Z remplis de synthés, pour produire un son revival 80’s unique et violent. Ça vous remue bien les tripes mais ça peut sembler assez répétitif sur la longueur d’un set, d’autant plus que la plupart des titres sont instrumentaux et que les musiciens ne communiquent quasi pas avec le public. Pas des rigolos les Carpenter Brut, c’est une évidence. Mais on passe tout de même un bon moment pour autant qu’on ne soit pas allergiques aux sonorités 80’s et aux grosses guitares.

Il est 22h et Chance déboule sur la scène de la Place du MuséeDepuis 2010, Antoine Chance conjugue la chanson française à sa façon. Au printemps 2012, l’artiste bruxellois publiait un premier disque produit par Renaud Létang (Feist, Charlotte Gainsbourg, Katerine). De retour avec le single « Si Vivante », Chance apporte un vent de fraîcheur à la chanson d’ici et d’ailleurs. Sans complexe ni prise de tête (tondue pour l’occasion), tout simplement, Chance ose le changement. Et ça lui réussit parfaitement.

Alors qu’un public attentif profite des chansons de Chance, Orelsan s’apprête à fouler les planches de la Place des Palais que Romeo Elvis avait déjà rendues brûlantes précédemment devant une foule compacte et excitée. L’artiste a marqué l’année de son empreinte avec « La Fête est Finie », son 3e album salué par la critique et acclamé par le public. Tout au long de ce double disque de platine, plus mature mais aussi plus « simple et basique », il y décrit à la perception la mélancolie contagieuse d’un rappeur de 35 piges, pas encore décidé à vieillir. Une nouvelle consécration pour l’artiste : il fut élu artiste masculin de l’année aux Victoires de la musique 2018. Dès les premiers titres c’est la grosse ambiance Place des Palais, le public saute et la fête bat son plein lorsque je quitte les lieux après quatre titres, le rap français c’est vraiment pas mon truc..

Vendredi

La soirée démarre à La Madeleine avec Raxola. Le groupe de Yves Kengen fête ses 40 ans d’existence en proposant un nouveau line-up et un nouvel album Guts Out produit par Thierry Plas (ex-Machiavel) et de nombreux concerts en mode « défendeur de l’âme punk du rock’n’roll ». Devant un parterre quelque peu clairsemé mais enthousiaste le groupe se donne à fond accompagné par un batteur de luxe en la personne de Giacomo Panarisi, qui n’est autre que le bouillant frontman de Romano Nervoso. Ça fait un bien fou de vibrer au son d’un band qui défend l’esprit rock bien trop absent de la programmation 2018 du BSF. Et parmi les fans de Raxola, il y a toutes les générations, je me suis fait accoster par deux jeunes filles toutes excitées qui voulaient savoir où il était possible de se procurer un t-shirt du groupe. Raxolaaaaa !

Toujours à La Madeleine, après Raxola, c’est Pale Grey qui s’installe et entame sa session dans un noir quasi-intégral avant que le rétro-éclairage n’aveugle gentiment le public. Initié sous la forme d’échange de fichier « wave. », le travail de Pale Grey est le fruit d’une véritable collaboration. Sous forme de jeu d’abord, d’envie d’étonner l’autre, de le surprendre. Les membres s’échangent des bribes de chansons, des refrains, des couplets et tout se mélange alors pour faire naître des morceaux protéiformes où la limpidité première ne cache pas une recherche sonore et émotionnelle. Néanmoins sur scène, malgré quelques moments forts, la monotonie s’installe en l’absence de véritables compositions fortes. Dommage.

Je quitte ensuite La Madeleine pour le Mont des Arts où se produit l’excellent Glass Museum. Interpellé par la musique de ce duo instrumental composé du pianiste Antoine Flipo et du batteur Martin Grégoire, je voulais absolument aller l’écouter en live. Influencé par des artistes de jazz moderne comme Philip Glass, BadBadNotGood , Mouse On The Keys ou Steve Reich, le duo tisse une musique au carrefour du jazz et des musiques minimalistes et électroniques. De quoi emmener l’auditeur dans un univers fragile où piano et batterie s’entrechoquent dans un éclat d’énergie. Derrière eux des miroirs rectangulaires mobiles suspendus renforcent l’impact de la musique avec un joli visuel. Simple, talentueux et touchant Glass Museum surprend et envoûte, et constitue pour moi une des révélations du BSF 2018. Le groupe sera en concert le 25 août au Festival Août en Eclats à Soignies et nous profiterons de l’évènement pour les rencontrer par le biais d’une  interview. On vous en reparle bientôt, c’est promis.

C’est Jasper Steverlinck qui succède à Glass Museum au Mont des Arts. Avec son nouvel album Night Prayer, Jasper revient à la source de son talent : sa voix unique et exceptionnelle. Dans le répertoire de l’ex-membre d’ Arid on trouve des chansons merveilleuses, trop nombreuses pour être nommées, mais toutes à chanter. Dommage que cet artiste de talent se soit trouvé programmé au Mont des Arts, un endroit plus intime comme La Madeleine aurait été plus approprié pour apprécier sa prestation.

Pendant ce temps sur la Place des Palais, Calexico fait danser la foule. Groupe de rock indépendant américain oscillant entre les mariachis et la country alternative, le band de Joey Burns et John Convertino propose une musique parfois planante et fraîche bien agréable, mais peine tout de même à remplir la Place des Palais seulement pleine à 50 % de sa capacité. Heureusement pour Deus qui y a donné un concert puissant, quelques heures plus tard et auquel nous n’avons pas assisté, le public s’est montré plus nombreux en fin de soirée.

Samedi

Ça y est! Nous y voilà au cinquième jour du festival bruxellois et notre choix s’est porté sur la Place des Palais Arsenal fait son show. Formé à Bruxelles par Hendrik Willemyns (claviers) et John Roan (chant), le groupe porte le nom d’un dépôt d’armes situé à côté de leur studio. Pour leur dernier album In The Rush Of Shaking Shoulders , ils ont invité un groupe de musiciens nigérians qui, avec Tim Bruzon (Wave Machines), ont sorti la grosse artillerie… Sur scène, l’alchimie opère et fonctionne avec pas moins de dix musiciens et un répertoire dont l’éclectisme musical ne lasse jamais. Le groupe sera de retour en salle le 8/12 au Lotto Arena d’Anvers.

C’est donc à Thirty Second To Mars que revenait l’honneur de clôturer ce BSF nouvelle formule. Et il faut bien avouer que le set proposé par Jared Leto et ses acolytes fut inversement proportionnel à l’excitation de ses (jeunes) fans déchainés. Arrivé sur scène avec un retard de vingt minutes, le groupe n’a presté qu’un peu plus d’une heure, prenant plus de temps à choisir les fans autorisés à monter sur scène qu’à défendre des compositions somme toute assez pauvres. Et quand j’écris « live », un léger doute m’envahit, car hormis un bassiste relégué en arrière-scène et une batterie (celle de Shannon Leto) fortement mise en évidence, on ne voyait pas beaucoup de vie sur scène. De là à en déduire que Mr Leto s’appuie on stage sur du pré-enregistré, il n’y a qu’un pas. Et ne parlons pas de la décision du groupe de n’accepter que quelques photographes triés sur le volet pour immortaliser leur passage chez nous, les autres étant renvoyés, pas toujours aimablement, à leurs petites affaires. Quand on sait que depuis la foule des milliers de fans qui sont autant de photographes amateurs vont inonder, en instantané ou dans les heures qui suivent, les réseaux sociaux et le web de photos souvenirs pourries prises avec des smartphones, il faudra un jour qu’on m’explique ! Ceci dit, les fans du groupe ont sans nul doute été comblés, mais cette prestation finale quelque peu tronquée du groupe américain, m’a réellement déçu. À un tel point que j’ai quitté le site avant la fin de leur set…

À une centaine de mètres de là, Place du MuséeFoé scande et chante comme si sa vie en dépendait. Mélodies hors sol heurtées de rythmiques digitales bricolées, musique intemporelle, impudique et excitante, chansons vertigineuses que seul un jeune de son temps peut écrire, il enchante un public moins nombreux mais ravi. Accompagné d’un batteur qui dispose d’un équipement minimaliste, une cymbale, un tambour et une caisse claire, il joue lui-même d’un clavier de fort belle manière. Voilà un festival qui se termine de bien belle façon pour le public découvreur de talents de la Place du Musée..

Au final, le BSF 2018 a été, d’après la direction du festival, un véritable succès avec 60.000 festivaliers en 5 jours – pour 115.000 l’année dernière en 10 jours – et les organisateurs ont constaté un nombre plus important de pass vendus par rapport à l’année précédente ainsi qu’une fréquentation quotidienne en nette augmentation elle aussi. De notre côté nous avons tout de même été témoins que hormis pour Orelsan et dans une moindre mesure pour Shaka Ponk et Thirty Second to Mars, la Place des Palais était nettement moins remplie que lors des légendaires concerts des Stooges, des Pet Shop Boys, de Triggerfinger, de Roger Hodgson ou de Patti Smith lors d’éditions précédentes. Excepté dans les cinquante mètres à partir de la scène, on pouvait passer sans problème entre les gens pour se diriger vers la sortie, ce qui n’était pas toujours le cas lors de certains concerts des éditions précédentes.

Et en ce qui concerne la fréquentation, il est évident que lorsqu’un festivalier achète son pass cinq jours et qu’il paie aussi cher que l’ancien pass qui lui donnait accès à 10 jours et 70 concerts, pour 5 jours et 50 concerts pour l’édition 2018, il l’amortit et se déplace tous les jours et ne fait plus son choix de dates préférées comme il le faisait avant. Le rapport quantité-prix explique ce changement de comportement. Quand à la programmation elle se tourne aujourd’hui résolument vers le rap, l’électro et les musiques pop et urbaines, délaissant sans doute volontairement les journées plus rock, reggae-musique africaine, punk-metal et consacrées au rock 80’s qui avaient fait les beaux jours des éditions précédentes. Sans doute est-ce un choix délibéré du festival qui vise à rajeunir son public. Dommage pour toute une frange du public fidèle depuis le début et qui ne s’y retrouve plus. Beaucoup de commentaires entendus dans les travées du festival allaient dans ce sens. Mais il s’agit d’une première expérience dans cette nouvelle formule, faisons confiance aux organisateurs et gageons que pour l’édition 2019 tout le monde y trouvera son compte.

A l’année prochaine pour un nouveau BSF !

Jean-Pierre Vanderlinden

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