Monstruos’été #1 : Caligula, grandeur (trop courte) et décadence (bien trop longue) d’un petit prince devenu empereur du pire

Mesdames et messieurs, venez assister à notre grand lâcher de monstres en ville. À toute heure du jour ou de la nuit, les freaks ont désormais quartier libre, au-delà de la pleine lune et du fatidique 31 octobre, hiver comme été. Et en cet été caliente, on en a trouvé beaucoup dans le monde de la BD pour refroidir un tant soit peu vos ardeurs et faire l’objet d’une série thématique. Pour qu’il y ait des héros, il faut des grands méchants. Et ceux-là ont la vie dure, peut-être plus que leurs antagonismes bienfaiteurs. Car il est bien plus facile d’être un méchant que d’un héros. Et, dans notre Histoire, les zéros de la Rome décadente (ou commençant à l’être) sont tenaces. La preuve en est avec Caligula qui offre ses dents longues et sa mégalomanie au feu des projecteurs, de plus belle, cet été. Entre une pièce en plein air absolument géniale et un album qui inaugure la série des Méchants de l’Histoire que nous ont concoctée les Éditions Dupuis avec la complicité criminelle de Bernard Swysen et Fredman.

Résumé de l’éditeur : Né Caius Julius Caesar Germanicus, Caligula (12-41) est le troisième empereur romain. Celui que l’on surnomma « l’empereur fou », inventeur de la fameuse devise « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! », eut un règne bref et chaotique, achevé dans le sang malgré des débuts prometteurs. Il reste dans l’Histoire comme l’un des symboles de la déraison et du pouvoir criminel. Mais Caligula était-il aussi fou et méchant que cela ?

© Swysen/Fredman/Delphine chez Dupuis

Alors que la pièce adaptée de Camus pour la belle scène à ciel ouvert de l’Abbaye de Villers-la-Ville tend clairement ses tentacules vers notre époque contemporaine; le Caligula (ce n’est pas la première bande dessinée qui lui est consacrée mais les précédentes étaient loin d’être inoubliables) de Swysen et Fredman restaure le personnage et sa folie des grandeurs criminelle dans son décorum et son époque. Tout en ne s’empêchant pas, avec ce dessin sans anachronisme, de proposer des textes alliant maximes latines et phrases très modernes et proposant quelques allusions délectables à notre époque. En fait, ce Caligula qui lance sur les chapeaux de chars cette nouvelle collection de la maison d’édition du groom le plus célèbre de la bande dessinée est un peu le fils spirituel des Ahmadinejad atomisé et autres Ben Laden dévoilé (Bercovici sera d’ailleurs de la partie, un peu plus loin, avec un album consacré à Robespierre). Il y a ce même ton, irrévérencieux mais aussi calé dans ce qu’il raconte (et sous la supervision d’un historien; Pierre Renucci) pour ne pas proférer de bêtise. L’histoire, documentée comme il se doit et bourrée de références que les férus d’antiquité pourront prolonger à l’envi, parle d’elle-même mais les auteurs y ajoutent, sans forcer le talent, de leur personnalité, leur touche corrosive dans ce monde de brutes, quelques années après Brutus.

© Swysen/Fredman/Delphine chez Dupuis

Comme si le fils de César (pas le chien, le quasi-empereur, bande de moules) avait inoculé aux Julio-Claudiens la folie destructrice qui n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Néron allait arriver mais Caligula n’allait pas être mal dans son genre. Pourtant, tout avait bien commencé pour le petit Caligula et ses airs de petit prince à qui tout le monde succomberait face à ses jolis pieds ornés de calligae. Ce qui lui vaudrait son nom d’empereur (en réalité, il s’appelait Caius Julius Cæsar Germanicus). Bon, l’empereur de l’époque voyait de mauvais oeil ce petit gars à qui on donnait le bon dieu sans confession, mais dans cet Empire Romain le vent pouvait vite tourner.

C’est ainsi qu’en près de septante planches, Bernard Swysen (le scénariste attitré de la collection) et Fredman (le comparse pendant très longtemps de Jim, revenu à des oeuvres plus adultes) nous content la grandeur (assez courte) et la décadence (beaucoup trop longue) d’un empereur qui multiplierait les femmes et ferait couler le sang pour un oui pour un non. Durant un règne de moins de quatre ans qui pourtant ferait date dans l’Histoire et l’Horreur.

© Swysen/Fredman/Delphine chez Dupuis

Pourtant, l’époque était au beau fixe, les citoyens romains vivaient plutôt prospères et Caligula aurait pu vivre prospère… mais être oublié. C’est le risque des chefs qui ne font pas de vagues. Et ça, ça inquiétait Caligula qui voulait entrer dans la légende. Et un empoisonnement qui le laisserait sur le flanc bien plus que de déraison allait le voir changer complètement son glaive d’épaule et durcir le ton.

Quatre ans, à l’échelle d’une vie, ça peut paraître court, mais quand on vit seulement 28 ans, ça a de quoi remplir une bande dessinée au-delà du format classique. Car il y a énormément à dire et les auteurs remplissent bien les planches, à ras bord. Parfois de trop que pour ne pas, inévitablement, noyer un peu le lecteur dans la masse au fil d’épisodes plus tragiques et diaboliques les uns que les autres. Il faut dire que, ne fût-ce qu’au niveau des personnages qui se retrouvent à peupler cette histoire le temps d’une case ou de vingt pages, il y a de quoi alimenter un arbre généalogique à faire pâlir celui de Game of Thrones. Encore plus quand, peu créatifs, les notables antiques ont pris l’habitude de ne pas se casser la nénette quand il s’agit de donner un nom à leur progéniture : Caligula portait ainsi lui-même le nom de son père (Germanicus), il y a deux Agrippine mais également deux Drusus, et on en passe et des homonymes. Et ça n’aide pas à s’y retrouver.

© Swysen/Fredman/Delphine chez Dupuis

Pourtant, Swysen et Fredman s’en sortent bien, plantant bien leurs décors et ne faisant entrer en scène que les personnages dont ils ont besoin pour aider à comprendre (si c’est possible) la personnalité déboulonnée de ce tyran phénoménal. Avec son style reconnaissable et caricatural sans trop l’être, toujours efficace (même si certaines cases manquent çà et là de finition), Fredman fait un boulot de titan. Sans faire de grosses expérimentations de mise en page, ce n’est ni l’heure ni l’endroit, le dessinateur trouve un assemblage rythmé assénant des cases horizontales et verticales (jusqu’à neuf cases par planche) pour ramasser le récit sans pour autant l’asphyxier. Les couleurs de Delphine (la même que celle de Jim) font un peu plus péter des flammes à cette drôle d’histoire qui serait hilarante si elle n’était pas si effrayante. Parce que, finalement, si peu de chose explique ce destin sans gloire mais pas dérisoire et passé à la postérité. Les auteurs sortent de l’arène de l’Histoire malsaine, et appelée à recommencer (même si l’on s’en souvient), vainqueurs !

Série : Les méchants de l’Histoire

Tome : 2 – Caligula

Scénario  : Bernard Swysen

Dessin : Fredman

Couleurs : Delphine

Préface : Pierre Renucci

Genre: Biographie, Histoire, Humour

Éditeur: Dupuis

Nbre de pages: 78

Prix: 13,95€

Date de sortie: le 29/06/2018

Extraits : 

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