De la terre à la mer en passant par la montagne et le désert, Genzianella nous donne le goût de l’écume des jours amères

Vous vous en doutez, on ne peut laisser passer l’été sans vous proposer quelques idées de voyage de derrière les fagots. Des endroits idylliques, cela va sans dire. Comme ce phare semblant perdu à des miles des côtes hospitalières. Ce phare restant impassible face à la mer déchaînée et dans lequel il ne reste plus que trois jeunes gens dont le destin semble scellé en compagnie de deux gardiens de plus en plus louches et féroces. La mer à boire, la mort en poupe.

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© Mégaton/Ricard/Genzianella/Gérard chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Alex, Thomas, Ève, Hélène et Julie se sont échoués sur un îlot aux larges des côtes normandes. Réfugiés à l’intérieur du phare en compagnie des deux gardiens, ils vont être les victimes de prédilection d’un tueur bien décidé à se venger de chacun d’entre eux. Mais pour quelle raison ? Les questionnements et les suspicions s’amoncellent… Pourquoi la radio est-elle inutilisable ? Quelles sont ces vidéos sorties de nulle part et dont l’auteur effraie tant ceux qui les regardent ? Et qui est ce « Jan » dont Thomas répète sans cesse le nom, un éclat de terreur dans les yeux ?

© Mégaton/Ricard/Genzianella/Gérard chez Dupuis

« La mer est sans routes, la mer est sans explications », disent les marins. Malheureusement, dans ce jeu de massacre en huis clos, il y a bien une explication et elle risque de ne pas plaire à tous les participants en sursis de ce récit horrifique. Une bande d’amis désunis qui se réduit à peau de chagrin à mesure que les pages tournent, sous le coup d’une malédiction ou d’une vengeance ourdie par un ancien camarade mort dans des circonstances tragiques et mystérieuses. Les éléments se déchaînent au-dehors mais rien ne sera plus fort que la tempête humaine qui gronde dans le phare fort lointain, désormais, de la civilisation. Sur le rocher du Diable, entre les non-dits et les secrets périlleux, les mensonges et la vérité cachée, la confrontation entre ses habitants forcés va faire des étincelles que l’étendue marine sera bien en peine d’éteindre.

© Mégaton/Ricard/Genzianella/Gérard chez Dupuis

Après un premier tome qui peinait un petit peu à dessiner ce vers quoi on se dirigeait, ce deuxième tome d’Olivier Mégaton, Sylvain Ricard, Nicola Genzianella et Sébastien Gérard se montre dévastateur et déroule son tapis d’algues à un jeu de massacre dans lequel bien habile et chanceux sera le survivant. Il y a un peu d’Agatha Christie, d’un film comme Identity mais surtout une rage destructrice qui, si l’on voit défiler un film avec fracas, communie avec le format BD, les cadrages ébranlés, les expressions des personnages. Nicola Genzianella a fait un boulot remarquable avec une force de conviction imparable n’ayant rien à voir avec la bouteille à la mer que voudraient lancer les personnages. Les couleurs de Sébastien Gérard trempent le tout dans une noirceur impitoyable que les auteurs ont eu le bon goût de raccrocher à une problématique bien contemporaine expliquant un peu mieux l’attitude inquiétante des deux gardiens de phare. À sentir le soufre et à couper le souffle. La mer à boire et à suffoquer, à s’asphyxier.

© Mégaton/Ricard/Genzianella/Gérard chez Dupuis

Titre : Ni terre ni mer

Tome : 2/2

Scénario : Olivier Mégaton (Page Facebook) & Sylvain Ricard

Dessin : Nicola Genzianella

Couleurs : Sébastien Gérard

Genre : Huis Clos, Suspense, Thriller

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 54

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 06/04/2018

Bunker : une intégrale pour une histoire passionnante où il resterait tant à dire

Profitant des courants remuants du diptyque Ni terre ni mer, les Éditions Dupuis ont eu la bonne idée de sortir l’intégrale de Bunker, la première série ambitieuse et courageuse de Nicola Genzianella aux côtés de Stéphane Betbeder et Christophe Bec. De quoi bouleverser nos repères terrestres et appuyer l’existence de dieux qui s’affrontent par l’intermédiaire de petits soldats de plomb mais bien humain. Avec, bien sûr, l’un ou l’autre élu et beaucoup d’avidité. Pour le pouvoir, toujours le pouvoir.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Au sommet des montagnes enneigées, à plus de 7 000 mètres d’altitude, la Demarkacia est l’ultime rempart entre le Velikiistok et le territoire des Ieretiks, l’ultime frontière interdite entre deux camps adverses prêts à s’entretuer. Dans le Bunker 37, le soldat Aleksi Stassik scrute le versant ennemi et attend l’offensive. Or, ce militaire aux origines troubles, élevé dans la discipline de rigueur en ces temps apocalyptiques, ne se doute pas que sa puissance cachée attirera bientôt les plus grandes convoitises… et précipitera peut-être la fin d’un monde.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Avec ces 304 pages (bonus compris), il y a beaucoup de choses à dire sur Bunker et son intrigue tentaculaire entre les mondes, les grands espaces et le rapport de l’humain aux monstres et dieux au-dessus de lui mais qu’il ne voit pas. Beaucoup de choses à dire et pourtant la peu de trop en dire. Avec cette épopée se passant tant sur les cimes des montagnes que dans des déserts assoiffants, les auteurs naviguent quelque part entre les légendes, celle du Transperceneige par exemple mais aussi pourquoi pas un peu de L’Anneau du Nibelung. Un côté très nordique qui refroidit les ardeurs des plus grandes armées et les met à mal. Et un nombre incalculable de personnages qui a poussé les auteurs à nous les présenter lors des premières planches. Heureusement, sinon, on s’y perdrait.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis
© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Bunker, c’est un peu le dernier va-tout avant la fin du monde, avec des dictateurs décrépits, un peuple ancestral, une haine militarisée, des amitiés et des trahisons, du courage et beaucoup de peur. Des images somptueuses et d’autres glaçantes. Bunker, c’est un mix de bien des choses dans lequel le héros, un élu qui voit en lui monter un pouvoir incontrôlable et dévastateur, ne fait pas toujours les bons choix et n’est pas infaillible face à certains ennemis qui peuvent retourner leur veste. C’est ce qui ajoute à la complexité de cette histoire : une psychologie des personnages tourmentée qui écharpe la facilité et accouche de vrais enjeux tout le temps que dure cette pentalogie bien plus adaptée à ce format intégral qu’à une parution en albums de cinquante planches.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Restent cinq tomes à lire à tête reposée pour en saisir tous les tenants et aboutissants et leurs implications dans notre Histoire d’hier et d’aujourd’hui, car le Bunker n’est pas si éloigné de notre monde. Si Bec et Betbeder ont peut-être été un peu trop ambitieux dans toutes les choses qu’ils voulaient nous raconter, nous perdant un peu parfois pour mieux nous récupérer un peu plus loin (sans nous empêcher de penser qu’il aurait peut-être fallu le triple d’albums pour bien se laisser porter par cet univers complexe), le graphisme enlevé de Christophe Bec a très vite laissé la place à celui de Nicola Genzianella, impérial.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Bien loin de l’intimisme cloisonné de Ni terre ni mer, le dessinateur recevait un univers foisonnant à mettre en image… et taillé sur mesure quand on voit le résultat donnant tour à tour le mal de l’altitude et la folie du désert, entre le jour et la nuit. D’une richesse qui nous fait dire qu’à part peut-être par les Wachowski, Bunker est inadaptable au cinéma et privilégie et assied, là encore, le pouvoir d’évocation du Neuvième Art. Les couleurs de Marie-Paule Alluard finissent de chambarder le tout et de donner un supplément d’âme, une profondeur à cette épopée jouant d’ésotérisme et de géopolitique, scotchante mais finalement inaboutie au vu de toutes les promesses auxquelles cette fresque sauvage aurait pu donner suite avec plus d’espace, plus de planches, plus d’albums.

© Bec/Betbeder/Genzianella/Alluard chez Dupuis

Série : Bunker

Intégrale

Scénario : Christophe Bec et Stéphane Betbeder

Dessin : Christophe Bec (Tome 1) et Nicola Genzianella (Tomes 2 à 5)

Couleurs : Marie-Paule Alluard

Genre : Anticipation, Aventure, Épouvante-Horreur, Fantastique, Science-fiction

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 304

Prix : 45€

Date de sortie : le 06/04/2018

Extraits :

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