Serial-buteurs en Russie, les Diables rouges ne tournent pas casaque et nous offrent un petit florilège en BD aussi

Alors, ça y est, vous avez mis deux matchs pour y rentrer mais maintenant vous êtes chaud boulette, vous avez rougi et pris des airs de vainqueur qui ne lâchera rien et sera derrière nos Diables jusqu’au bout de leur parcours au Mondial ? D’ailleurs, vous êtes déjà en manque de leurs exploits et attendre jusqu’au prochain match, ça ne va pas le faire ? On a peut-être bien une solution qui épargnera vos jambes et peut même se déguster avec une bière (on ne cite pas de marque), mais faites gaffe de ne pas pouffer entre les gorgées, car tout peut arriver avec Falzar, Lapuss, Stédo et BenBK qui éloignent le sérieux des enjeux pour faire l’épopée russe (un titre tellement bien trouvé que la RTBF l’a aussi adopté pour son slogan) à leur manière et à leur humour.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

Résumé de l’éditeur : La Coupe du Monde de football en Russie sera assurément le plus grand événement sportif de l’année. Eden, Kevin et consorts peuvent légitimement rêver d’y brandir le trophée suprême, et derrière eux, des milliers de supporters s’apprêtent à vivre l’événement.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

Taquins même durant les matches, les Diables rouges prêtent évidemment, plus que d’autres équipes sans doute, le flanc (qu’il soit droit ou gauche) à la parodie et à la comédie. Oui, la comédie, pas celle que certains font, sur le terrain, dans de grotesques simulations qui ne font pas franchement rire les spectateurs avides d’un autre spectacle que celui-là. Alors, c’est vrai que là où certains pays sont derrières leur équipe nationale à la vie à la mort, notre histoire footballistique a parfois été plus à l’agonie. Des mauvais souvenirs chassés bien loin sous les dribbles d’une génération dorée à qui tout pourrait réussir. Depuis Eden Hazard, Romelu Lukaku, Kevin De Bruyne, Thomas Meunier et le souvent insubmersible Thibaut Courtois; les Belges ne nous ont plus donné l’occasion de rougir de honte.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

De quoi relancer la ferveur populaire (à faire frémir les Diables, vous verrez) autour des matchs de ces Diables, mais aussi des à-côtés, des drapeaux, des mascottes et de toutes la littérature qui leur est consacrée, et notamment en BD. C’est ainsi que, pendant cinq saisons,  André Lebrun et Philippe Bercovici ont animé leur équipe de papier dans la joie et la bonne humeur (pas toujours dans l’inspiration la mieux nourrie) chez feu les Éditions Joker… mais dont une partie du catalogue a été reprise, il y a peu, par les Éditions Kennes.

Qui, plutôt que de relancer une série, a prolongé la série existante avec non plus un tandem mais un trio bien connu : Falzar (Sac à Puces, les spin-off de Ducobu), Lapuss (Le Piou, Napoléon ou diverses parodies bien senties) et un des super-héros de la BD belge actuelle tant par son rythme stakhanoviste que par l’énergie de son trait, Stédo (Garage Isidore, Les Pompiers, Napoléon aussi ainsi que Boulard). Au-delà de la popularité de ses héros, le pari n’est pas aussi facile qu’il y paraît puisqu’on ne compte plus le nombre d’albums BD s’attachant au foot (et même au sport, en général) et à certaines de ces personnalités collectives ou individuelles (des Bleus à Neymar en passant par Zlatan, Zidane, etc.) et rivalisant de médiocrité et de facilité… et ça commence parfois par des caricatures ne ressemblant même pas de loin aux personnages qu’elles sont censées représenter. Des albums faits sur le coin d’une table, le produit dérivé dans toute sa splendeur décervelée.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

Bref, arrêtons de parler de ce que cet album n’est pas, mais de ce qu’il est. Le premier bon point, c’est une nouvelles fois la qualité graphique de Stédo. Et Stédo fait bien mieux que beaucoup de dessinateurs qui ont eu à jouer avec les Red Devils. Ici, dès le premier coup d’oeil sur la couverture, on les reconnaît tous, sans hésitation, la bande à Eden (dont fait encore partie Radja Nainggolan, comment les auteurs pouvaient-ils savoir à quelle sauce il serait mangé tout cru). La ressemblance est parfaite et constante au fil des planches et des situations. Mieux, Stédo n’est pas tombé dans le piège de la haute-fidélité, non plus et a injecté de son ADN à ses Diables, en faisant des personnages stédoesques. De même, il y a un monde autour des diables, pas des décors de papiers mâchés en vitesse; Stédo varie les univers pour mieux mettre un carton rouge à l’immuabilité emmerdante. Balle de 2-0, donc. Il faut dire que si les délais étaient courts, l’équipe d’auteurs a ainsi voulu se concentrer sur trente-deux planches plutôt que de jouer les prolongations dans un 46 planches classique. On sent qu’il y a eu de l’application pour qu’il y ait du rendement, précis, au centimètre-carré. Bon, le prix aurait pu être un rien revu à la baisse compte tenu le nombre de pages de cet album un peu light. Cela vaut un petit 2-1.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

Quant à l’occupation du terrain, les deux scénaristes de pointe ont cadré leur gag pour éviter la facilité dont nous parlions tout à l’heure et nous réjouir d’une certaine sagacité amenant ce que tout le monde attend d’histoires humoristiques autour de l’équipe belge tout en surprenant. Bien sûr, on parle de Courtois qui doit souvent s’embêter depuis son goal imperturbable (notre gardien ne serait pas contre une télé pour combler l’ennui), des blessures à répétition de Kompany, des facéties de Romelu, des albums Panini, des frites et, bien sûr, du douzième homme, qu’il regarde les confrontations au stade, devant les grands écrans ou dans le confort de son salon dépaysé par quelques images Russie et de sa place Rouge. Les scénaristes font merveille avec le dessin de Stédo et avec nos attentes, donnant de la personnalité aux Diables, les sortant du collectif pour leur donner du caractère. Quitte à ce que celui-ci ne soit pas forcément conforme à la réalité, il n’y a pas de trahison. 3-1 sans concession.

© Falzar/Lapuss/Stédo/BenBK chez Kennes

Enfin, si on parle de rouge, il convient aussi de parler de couleurs. C’est BenBK qui a gagné sa place dans la sélection. Une recrue de choc, qu’on ne présente plus (Tamara, quelques albums de Midam, des Nombrils et tant d’autres) et qui donne de jolies couleurs à cet album, grand public et incisives, nuançant le rouge pas toujours omniprésent. Un bel équilibre et un beau réalisme pour mener à un endiablé 4-1. Et vu la cohésion de toute cette épopée, ça fait 5-1. Bon, il y aura toujours de l’adversité et des esprits chagrins (hein, Romelu, tu le sais, toi), donc ça fait 5-2 (bon l’excuse est bidonne et pourrie mais il faut coller au score). Le compte est bon, c’est celui de ce deuxième match contre la Tunisie qui qualifie (presque) les Diables pour les huitièmes et cet album, en grande pompe, dans votre bibliothèque.

Série : Les Diables rouges

Tome : 6 – L’épopée russe

Scénario  : Falzar et Lapuss

Dessin : Stédo

Couleurs : BenBK

Genre: Gag, Humour, Sport

Éditeur: Kennes

Nbre de pages: 32

Prix: 10,95€

Date de sortie: le 25/04/2018

Extraits : 

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