D’En guerre en enfer social : Vincent Lindon magistral nous implique comme rarement au cinéma dans un film indispensable

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2018, En guerre marque la quatrième collaboration entre Vincent Lindon et le réalisateur Stéphane Brizé (après « Mademoiselle Chambon » (2009), « Quelques Minutes de Printemps » (2012) et « La Loi du Marché » (2015), ayant valu le prix d’interprétation masculine à Lindon au Festival de Cannes). Ce film a été tourné en seulement 23 jours pour raison de moyens financiers (le marché n’est pas friand de ce type de films, on se demande bien pourquoi), tandis qu’il a permis « de faire écho à l’énergie du combat que peuvent mener des salariés dans un cas comme celui décrit dans le film ».

Note : 17/20 (Vu au cinéma Caméo des Grignoux)

Résumé: Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Véritable film coup de poing, « En Guerre » est de ceux qui ne laissent pas le public indifférent, dans le sens où ce drame social soulève en lui une vague de rage, de détermination et de compassion pour ses personnages, emmenés par un Vincent Lindon plus magistral que jamais. Combat d’un syndicaliste et de salariés pour la non-fermeture de leur usine, ce film se veut important, car nécessaire, et porte-parole d’un système privant l’humain, au profil de l’économie.

Comment ne pas sortir de la salle de cinéma sans être chamboulé par ce film? En effet, « En Guerre » nous immerge d’emblée dans le train-train quotidien de travailleurs pour la sauvegarde de leur boulot, face au monde impitoyable qui les entoure, où règnent la lâcheté, l’hypocrisie, et surtout l’argent. De négociations en manifestations, la mise en scène rend du caractère urgent de ces propos, et de la complexité de leurs enjeux, et cela de toute part, en laissant ainsi la place aux deux partis qui s’affrontent, faisant dès lors valoir leurs arguments. Rarement, on s’est senti aussi concerné par des discussions autour d’une table que lors des péripéties du personnage de Vincent Lindon.

D’ailleurs, on ne pourrait s’empêcher à plusieurs reprises de vouloir intervenir durant ces moments de discussions, totalement révoltants par rapport aux excuses des représentants de la partie adverse, aux méthodes humainement abjectes, et concurrentielles. Car on sent que leur cheminement s’inclut dans une démarche économique minutieuse, et crépusculaire pour ses victimes. Ce qui rend le travail du réalisateur si authentique, c’est aussi le travail de recherche qu’a réalisé Stéphane Brizé avec son équipe, afin de retranscrire des arguments solides, à portée de tous, et en vigueur avec la législation. « En Guerre » n’est donc pas un film intellectuel, mais bien universel. Et on reste ainsi bouche bée devant la trame narrative que déploie ce scénario laissant aussi la place à de l’improvisation, lui qui avance vers une dramaturgie appuyée par plusieurs effets de genre bien huilés.

Outre les discours qui interpellent, le réalisateur nous permet aussi de ressentir l’atmosphère qui se vit entre ces travailleurs, notamment lors de scènes de manifestations muettes, portées par une musique électrisante (signée Bertrand Blessing), renforçant l’aspect réaliste de l’histoire, et la tournure, façon thriller, qu’elle prend, à mesure de la descente aux enfers de ces hommes et femmes qui se battent pour leurs droits, face à des dirigeants aveugles à leurs supplices, au risque de se diviser entre eux, et de céder sous le poids du chantage, et des primes de licenciement…

« En Guerre » illustre aussi le côté bêtement féroce de la retranscription que les médias décident de relayer de ces combats sociaux lors de fermeture d’emplois, préférant jouer sur les images chocs plutôt que sur les véritables arguments à la base du conflit. Brizé, lui, fait justement l’inverse, en mettant au centre de son film un discours percutant, qui se vit d’autant plus au fil des minutes, au regard de sa gravité. Multipliant les plans-séquences à la façon d’un documentaire, les rencontres fictives entre intéressés, et les coulisses du combat, « En Guerre » met à rude épreuve la capacité du spectateur à rester passif.

Vincent Lindon, entouré de comédiens non-professionnels jouant sous leurs vrais noms ou prénoms, porte d’un bras de fer son personnage jusqu’au-boutiste, qui n’aura dès lors de cesse d’essayer de rassembler, même lors des moments les plus extrêmes. L’acteur, on ne peut plus habité par son rôle, est tout simplement brillant.

Bien plus puissant et éloquent que son précédent film « La Loi du Marché » (déjà porté par Vincent Lindon), « En Guerre » est un film indispensable, et bien ancré dans notre société capitaliste. Stéphane Brizé réussit ici à rassembler le public, à priori peut-être rétissant à ce cinéma social, avec cette histoire qui porte en elle un engagement à toute épreuve.

Toutes les critiques de Julien pour l’année 2018, ça se passe également par là !

Titre : En guerre

Pays : France

Réalisateur : Stéphane Brizé

Acteurs : Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Olivier Lemaire, Isabelle Rufin, Bruno Bourthol, Sébastien Vamelle…

Genre : Chronique sociale, Drame

Durée : 113 min

Date de sortie : le 23/05/2018

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