Avec son Us & Them Tour, affublé de tous les superlatifs, Roger Waters sublime la musique de Pink Floyd, née pour être éternelle

Un concert d’un ex-membre de Pink Floyd est toujours un évènement. Cette fois, c’est Roger Waters qui s’y colle avec son Us & Them Tour qui faisait escale au Sporpaleis d’Anvers les 11 et 12 mai derniers. Retour sur le concert du 11 mai qui fut grandiose, tant du point de vue musical que visuel. C’est à un spectacle de 2h30 entrecoupé d’une courte pause que nous avons eu droit.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Le show s’ouvre sur l’image d’un femme assise sur une plage face à la mer. On plonge immédiatement dans le vif du sujet avec « Speak to Me/Breathe » chanté par Jonathan Wilson comme la plupart des titres auparavant interprétés par David Gilmour. « One of These Days »  issu de Meddle précède « Time » et ses célèbres horloges avant que le groupe n’attaque mon titre préféré du Floyd, l’incroyable « A Great Gig in The Sky ».

L’interprétation de ce soir fut hélas assez mièvre en comparaison avec la démentielle version originale magnifiée par Clare Torry. Les deux choristes assurent mais bien en deçà de la superbe version que nous avaient offert David Gilmour et son band à Tirlemont en juillet 2016, et pour ce titre je reste donc un peu sur ma faim.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Waters aborde ensuite pour une première fois sa vision politique de notre monde avec « Welcome to the Machine » et son monstre de fer, avant de s’attaquer aux nouveaux titres engagés de son nouvel album avec « Déjà Vu », « The Last Refugee » et « Picture That ». Retour ensuite à des morceaux plus apaisants avec « Wish You Were Here » et « The Happiest Days Of Our Lives », avant l’inévitable « Another Brick In The Wall part 2 & 3 »  accompagné d’un choeur d’enfants portant des t-shirts estampillés Resist. Fin de la première partie.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Il faut souligner que le band qui entoure Waters est assez exceptionnel, les solos de Dave Kilminster flairent bon la Gilmour touch, Jonathan Wilson en guest de luxe magnifie les titres de sa voix et de sa guitare magique et Jon Carin balance des solos de synthétiseur d’exception. Seules Jess Wolfe et Holly Lessig (Lucius), les choristes aux perruques peroxydées, sont un peu trop sages dans leur interventions vocales. Bref, jusqu’ici nous avons droit à du très bon, mais quand un artiste nous a habitué à l’excellence, on en attend encore plus.

Et, en ça, la deuxième partie du show va nous en mettre plein les yeux et les oreilles.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Tandis que Waters et ses sbires nous envoient « Dogs » et « Pigs » à la face dans des versions épiques, l’immense usine électrique de Battersea aux cheminées fumantes présente sur la pochette de Animals s’érige au beau milieu du public, coupant la salle en deux et servant d’écran géant à une déferlantes d’images chocs. La guerre, le capitalisme et ses dérives, le racisme, l’injustice, Waters reste fidèle à son passé de militant pour la paix imprégné d’une culture soixante-huitarde qu’il véhicule toujours aujourd’hui, et qui parfois, d’ailleurs, frôle la démagogie. Mais soit, l’intention est louable, même si je fais partie de ceux qui pensent que musique et politique ne doivent idéalement pas se mélanger.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Sur les écrans géants les musiciens, affublés de masques de porcs, boivent du champagne, tandis que Donald Trump se voit très justement moqué, déguisé en femme, affublé d’un micro pénis, traité de porc, et prêtant son visage haineux à la face d’un cochon volant qui survole la salle durant « Pigs » et « Money ». Fuck Trump ! s’affiche en lettres immenses sur les murs de l’usine. Le message est clair, et sur ce plan là on ne peut qu’applaudir, ce que fait en masse le public de la salle anversoise. Néanmoins, on se dit aussi qu’en jetant ses slogans en pâture à son public qu’il cherche visiblement à rallier à ses opinions politiques, Roger Waters nous rappelle quelque peu les méthodes de certaines propagandes moins louables de régimes qu’il a toujours combattu. Mais on ne lui en tiendra pas rigueur car on sait bien que l’homme n’en est plus à une contradiction près…

© Jean-Pierre Vanderlinden

Arrive ensuite le grand moment de la soirée avec l’interprétation époustouflante de « Us & Them », mon deuxième titre préféré du Floyd, qui tient musicalement toutes ses promesses et que Roger n’hésite pas à mettre en parallèle avec la tragédie des migrants. « Smell The Roses » enfonce le clou, avant que « Brain Damage » et « Eclipse » ne ponctuent le show de bien belle manière.

© Jean-Pierre Vanderlinden

En guise de rappel, nous avons droit ce soir à « Mother » et à l’immense « Confortably Numb » magnifié par les solos grandioses de Dave Kilminster et Jonathan Wilson arrivant presque à la hauteur de ceux du maître Gilmour, interprété sous une pluie festive de confettis qui tranche violemment avec la gravité des propos abordés durant le show.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Qu’on le veuille ou non, il est évident que les membres de Pink Floyd ont écrit une oeuvre magistrale, qui figure parmi les plus belles pages de l’histoire du rock, et de l’histoire de la musique tout court, tous genres confondus, au même titre que celle d’un Mozart ou d’un Beethoven. Alors, au terme d’une telle soirée, on ressort du Sportpaleis convaincu d’une chose : la musique de Pink Floyd qu’elle soit interprétée aujourd’hui par Gilmour ou Waters, ou plus tard par d’autres, restera intemporelle et enchantera encore de nombreuses générations.

Car les hommes meurent, mais la musique, elle, survit…

Jean-Pierre Vanderlinden

SETLIST :

Part I

Introduction – Speak To Me. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
1. Breathe. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
2. One of These Days. (Meddle – 1971)
3. Time. (The Dark Side Of The Moon – 1973) – Breathe ( reprise)
4. Breathe (Reprise). (The Dark Side Of The Moon – 1973)
5. The Great Gig In The Sky. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
6. Welcome To The Machine. (Wish You Were Here – 1975)
7. Déjà Vu. (Is This The Life We Really Want? – 2017)
8. The Last Refugee. (Is This The Life We Really Want? – 2017)
9. Picture That. (Is This The Life We Really Want? – 2017)
10. Wish You Were Here. (Wish You Were Here – 1975)
11. The Happiest Days Of Our Lives. (The Wall – 1979)
12. Another Brick In The Wall (Part 2 & 3) (The Wall – 1979)

Part II

Introduction.
13. Dogs. (Animals – 1977)
14. Pigs (Three Different Ones). (Animals – 1977)
15. Money. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
16. Us & Them. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
17. Smell The Roses. (Is This The Life We Really Want? – 2017)
18. Brain Damage. (The Dark Side Of The Moon – 1973)
19. Eclipse. (The Dark Side Of The Moon – 1973)

Encore :

20. Mother. (The Wall – 1979)
21. Comfortably Numb. (The Wall – 1979)

LINE UP :

Rogers WATERS : Bass, Vocals – Guitar.
Jonathan WILSON : Guitar – Vocals.
Dave KILMINSTER : Guitar – Vocals.
Jon CARIN : Keyboards, Guitar – Slide Guitar.
Bo KOSTER : Hammond Organ, Piano -Keyboards.
Gus SEYFFERT : Bass – Guitar
Joey WARONKER : Drums – Percussions.
Ian RITCHIE : Tenor Saxophone.
Jess WOLFE : Backing Vocals – Percussions.
Holly LAESSIG : Backing Vocals – Percussions

Le concert en images…

2 commentaires

  1. Présent à ce concert, j’ai beaucoup aimé – surtout pour l’aspect politique, il magnifie le propos.
    Pour une fois en concert les écrans ne me dérangent pas, car ils alimentent le fond et pas la forme (en balançant juste de l’image ou des clips – cf Steven Wilson à l’AB récemment)

    Pas convaincu non plus par les choristes trop maniérées – manque d’efficacité visuelle.

    Je partage très largement votre point de vue sur le concert, mais perso me suis fait la réflexion plusieurs fois pendant le concert que Wilson est décevant vocalement, avec une voix trop neutre, un peu mièvre.

    Allé : « Resist ».

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  2. Excellent résumé de cette mémorable soirée. Discours un peu trop politisé à mon goût aussi, mais comment s’en étonner à l’écoute du dernier album. A cet égard, le visuel était parfaitement raccord avec les thèmes et le ton de cet album.
    Et merci pour le partage de ma vidéo. 😉

    J'aime

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