« La guerre découpe les familles » : Seule et pas plus haute que trois pommes, Lola va tout faire pour les recoller

Des histoires, si on y réfléchit bien, on en aurait à raconter. Les nôtres et celles de nos aïeux, celles sans importance ou capables de faire dévier la trajectoire familiale, celles qui se murmurent, se crient ou rampent en secret. Si l’on passe la barrière de la pudeur, qu’on déboute les prescriptions, alors, sans doute, peuvent-elles donner lieu à des histoires encore importantes même des décennies après les événements. Après nous avoir emmenés dans une traque de la lumière de Monet, c’est dans les heures sombres de l’Espagne que Ricard Efa vient nous réveiller, pour réconforter son alors très jeune grand-mère : Nola.

© Lapière/Efa chez Futuropolis

Résume de l’éditeur : Lola n’a pas encore sept ans. Elle est séparée de ses parents depuis trois ans, une éternité. Elle ne sait plus pourquoi. Elle vit dans le petit village d’Isona, au coeur de la Catalogne, avec ses grands-parents. Son grand-père lui a parlé de la guerre, qui sévit dans presque tout le pays et qui n’est pas encore arrivée jusqu’à eux. Mais qu’est-ce que c’est que la guerre pour une enfant de cet âge ?

Travail de couleur © Lapière/Efa

Dans cette image d’un petit village sur lequel veille une montagne guère féroce, on dirait le pays de l’or, tant le soleil irradie cette campagne pittoresque. Le pays de l’insouciance, aussi, entre les cochons et les parties d’osselets de fortune. Lola vit là, aussi longtemps que le jour résiste à l’épreuve de la nuit. Et si elle peut compter sur le réconfort de ses grands-parents (malgré la rudesse de son « padri »), Lola ne peut s’empêcher de réfléchir, quand le soleil fait place à une lune qui n’éclaire pas vraiment ses doutes : si elle a des grands-parents, elle doit bien avoir des parents, non ? Mais où sont-ils ? Que font-ils ? Pire, à quoi ressemblent-ils ? Car, du haut de ses sept ans, Lola a laissé s’engourdir, se flouter le souvenir de ses parents.

Travail de couleur © Lapière/Efa

Et sa mémoire bien malgré elle sélective a oublié de retenir la guerre. Celle-là même qui va se rappeler avec fracas à son souvenir lors d’une nuit de bombardements suivis d’un exil momentané. Est-ce cet événement qui fera office de déclic ? Ou la vision de corps en lambeaux dans le village, quelques instants plus tôt (mais déjà est-ce autrefois ?) si joyeux ? Ou encore l’arrivée de soldats dans son havre qui n’est plus de paix ? Sans doute, un peu de tous ceux-là, mais aussi l’évacuation de sa grand-mère vers un hôpital militaire.

Travail de couleur © Lapière/Efa

Oui, il y a un monde ailleurs qui perce, comme le soleil à travers les feuilles, celui de Lola. « La guerre découpe les familles », lui avait-on dit, mais Lola, quel que soit le nombre de kilomètres à parcourir, était bien décidée à faire preuve d’un courage à recoller ce qui avait été déchiré. Et c’est une épopée de solitude mais aussi de rencontres et, par-dessus tout, de dévouement, qui lui tendait les bras. Quelque chose avait changé dans le regard de la petite fille, trop longtemps maintenue comme un fauve en cage et ayant désormais gagné sa liberté face aux grands espaces.

© Lapière/Efa

Petite Poucet mais pas de trop, Lola ne se retournera pas. Nous, non plus. Quoique, on est resté scotché sur pas mal des décors que Ricard Efa a explorés de toute sa palette. Avec Seule, les deux font la paire et l’Espagnol a trouvé le parfait remède pour raconter l’histoire de sa grand-mère : Denis Lapière. Le mélange est habile, comme le soleil fait place à la pluie ou à la neige tout au long de ces 72 planches, et les deux auteurs, comme leur héroïne, semblent avoir gagné chacun leur liberté tout en restant soudés. Même s’ils sont décidés à ne pas faire de cadeau à Lola.

© Efa

La vie n’est pas comme ça. Et c’est cette toile de subtilité mais aussi sans concession, qui a fait mouche. Seule partage l’expérience intime de l’abandon avec l’universalité de son propos. C’est beau, c’est chaud autant que c’est froid et triste par moments, mais les auteurs gagnent à faire connaître une histoire qui, aux couleurs de 2018, a frappé très fort notre coeur de lecteur. Avec un Ricard Efa qui s’affirme en magicien !

© Lapière/Efa chez Futuropolis

Titre : Seule

Récit complet

Scénario : Denis Lapière

Dessin et couleurs : Ricard Efa

Genre : Drame, Guerre

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 72

Prix : 16€

Date de sortie : le 04/01/2018

Extraits : 

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