La Panne, un polar noir délicieusement cynique et fatal à ne rater sous aucun prétexte !

En 1956, l’écrivain et dramaturge suisse Friedrich Dürrenmatt écrit La Panne, un polar noir en huis clos inquiétant et jouissif qui sera par la suite adapté pour la radio et pour le théâtre, et qui, finalement, prendra vie en 1972 au cinéma dans une réalisation d’Ettore Scola sous le titre « La Plus Belle Soirée De Ma Vie ». C’est dans la petite salle du Théâtre le Public que cinq comédiens talentueux vous font vivre un moment théâtral exceptionnel au service d’un texte finement ciselé sur les dérives de la justice et son cortège de manipulations. 

© Marc Vanappelghem

 » On peut vous offrir un verre Monsieur… ?  Traps ! Alfredo Traps !  »

Ainsi commence la pièce où l’on retrouve assis, autour d’un bar oblique et longiligne : Armen Godel (le juge), Gilles Tschudi (le procureur), Christian Gregori (l’avocat), Valentin Rossier (Traps, le nouvel arrivant) et Barbara Baker (le bourreau de charme).

L’ambiance est pesante et les longs silences couplés à la musique qui s’échappe d’un vieux jukebox rajoutent à la tension palpable qui s’installe dès les premiers instants de la pièce. Alfredo Traps, dont le nom minutieusement choisi par l’auteur ramène à sa traduction anglaise (en anglais trap signifie piège ) se voit embarqué par hasard dans une soirée insolite orchestrée par des hommes de loi à la retraite qui s’amusent à tromper leur ennui en rejouant des procès célèbres. Jusqu’au moment où ils proposent à notre homme d’endosser le rôle de l’accusé. Intrigué, il accepte, et met le doigt dans un engrenage qui lui sera fatal. Curieux, étonnamment résigné et fortement imbibé, l’homme vacille et accepte les règles de ce procès cruel qui, par son propos, égratigne une justice humaine manipulatrice où chaque homme constitue un coupable potentiel qui se doit d’être châtié.

© Marc Vanappelghem

L’homme est un loup pour l’homme déclarait l’anglais Thomas Hobbes. Chez Dürrenmatt, la société est un lieu où la justice n’est qu’une règle arbitraire et abstraite qu’on respecte sans se poser la question de sa légitimité. Incroyablement contemporaine dans une société où chacun se montre juge de l’autre et où le cynisme prend souvent le pas sur la bienveillance, où les polémiques fondées ou non pullulent de plus en plus sur les réseaux sociaux ou via les médias, La Panne n’épargne personne et nous met face à l’humain dans toute sa noirceur, son cynisme et sa soif de sang.

Excellemment mise en scène par le non moins excellent Valentin Rossier et magnifiquement interprétée par ses comparses comédiens, de sorte qu’il n’est pas possible d’en sortir un plus particulièrement du lot tant ils forment un tout, cette pièce est un must, un spectacle formidable et intelligent qui vous tiendra en haleine durant septante cinq minutes.

Courrez voir ce spectacle sans hésiter, au final vous ne pourrez que vous réjouir qu’on vous ai fait le coup de la panne…

Jean-Pierre Vanderlinden

© Saskia Vanderstichele

LA PANNE (du 10/01 au 10/02/2018 )

De Friedrich Dürrenmatt

Mise en scène : Valentin Rossier.

Avec : Barbara Baker, Christian Gregori, Armen Godel, Valentin Rossier et Gilles Tschudi.

Assistante à la mise en scène : Barbara Baker

Scénographie : Jean-Marc Humm

Lumières : Jonas Bühler

Costumes : Nathalie Matriciani

Musique originale : Andrès Garcia

Maquillage : Katrin Zingg

Régie : Matthias Polart

Stagiaire régie : Samuel McClean

Réservations et informationshttp://www.theatrelepublic.be

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