Kid Toussaint : du tonnerre de dieu et de feu, de Nola à Londres en passant par le monde des Magic 7

Parmi les auteurs BD qui « marchent » du tonnerre, Kid Toussaint a une place de choix. La preuve, depuis le début de la rentrée littéraire, celui qui est entré et s’est encré dans le monde des bulles par la voie de la traduction a publié trois albums très différents. Deux ambiances déjà connues, entre la splendeur et la décadence de la Nouvelle-Orléans et le décor pop et frénétique d’une ville où les choses sont décidément bizarres depuis que sept mages se sont révélés, et une nouvelle qui plonge dans le Londres des femmes sans peur et sans reproche mais avec le magot. Dans tous les cas, ça pète des flammes.

À lire aussi | Kid Toussaint : On ne peut pas faire deux albums avec un one-shot même si les éditeurs pensent, si ça marche, pouvoir vendre deux fois la même histoire

© Toussaint/Servain chez Casterman

Magic 7, une séparation tiraillée entre mafieux et Kaïjus

© Toussaint/Ruiz

Résumé de l’éditeur : Rien ne va plus entre les sept enfants : Léo, le Spirite, file le parfait amour avec Ophélie et semble éviter ses anciens amis. Il faut dire que suite aux révélations de la bibliothèque de son père, Léo est persuadé que l’alliance des sept mages ne peut qu’être une menace pour le monde. Milo, quant à lui, a carrément disparu, enfermé dans un silo à grains par ses propres parents qui veulent l’empêcher ainsi de les manipuler par ses dons de télépathe. Quant à Farah, elle a été emmenée par ses parents chez un exorciste qui doit extraire le démon qui l’habite. Mais l’enlèvement d’Alice par des mafieux va forcer Léo à renouer avec Fabrice, l’Enchanteur, capable de donner vie à ses monstres dessinés qui vont être bien utiles pour libérer la benjamine du groupe…

À lire aussi | Magic 7, « contre tous » mais avec les arguments de la séduction et du renouveau

À lire aussi |Magic 7 se frotte intelligemment à des monstres qui n’ont rien à envier aux Godzilla et autres Pokémon et ça décoiffe

© Toussaint/Ruiz/Noiry chez Dupuis

Après s’être acquis les services de quelques pointures du Neuvième Art, Magic 7 profite de cet élan pour installer confortablement son nouveau dessinateur Kenny Ruiz et établir toute sa puissance. Dès la couverture, le ton est donné et les 48 planches de ce cinquième épisode ne la trahissent pas : la qualité graphique est revenue et bien revenue, loin des flottements de plus en plus présents au fil des trois premiers épisodes fagotés par Giuseppe Quattrocchi et Rosa La Barbera. La mise en scène y gagne en amplitude et la furie speedée et frénétique domine quasi l’intégralité de ce tome haut en couleurs pop et chaudes.

© Toussaint/Ruiz/Noiry chez Dupuis

Et si Kid Toussaint et son équipe se font plaisir en agrémentant cette histoire (qui fouine et s’insère dans un club mafieux que ne renierait pas Al Pacino) de véritable Kaïjus impressionnants, l’histoire continue de se tenir et d’avancer au pas de charge dans un bon compromis entre humour (une planche avec Buster Keaton irrésistible) et action. On continue d’adorer.

Série : Magic 7

Tome : 5 – La séparation

Scénario : Kid Toussaint

Dessin : Kenny Ruiz 

Couleurs : Noiry

Genre : Fantastique, Aventure

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 48

Prix : 9,90€

Date de sortie : le 06/10/2017

Extraits : 

Holly Ann, souvenirs par retour de flammes

© Toussaint/Servain chez Casterman

Résumé de l’éditeur : L’incendie d’une maison close à Storyville va bouleverser la vie des habitants de la Nouvelle-Orléans et confronter Holly Ann à son passé. Son enquête la plonge cette fois dans les méandres de l’organisation du quartier rouge de Nola et lève un coin du voile sur ses origines et son étrange don.

© Toussaint/Servain chez Casterman

Après un deuxième tome nettement supérieur au premier, Toussaint et Servain continuent sur leur lancée tout en négociant quelques subtils pas en arrière. Avec ce troisième tome dans la moiteur (qui ne s’est pas arrangée) incendiaire de New Orleans, les deux gringos saisissent l’occasion d’en savoir plus sur leur héroïne, de comprendre d’où elle vient et ce qui a bien pu forger son caractère bien trempé et sans concession. Il n’y a pas de fumée sans feu et un pyromane semble en vouloir à toutes les maisons closes de Storyville, le quartier où sont désormais regroupées toutes les activités borderline de la ville comme quinze années auparavant. Qui peut bien en vouloir aux prostituées au point de les carboniser ? Est-ce un geste fou ou purement raisonné ?

© Toussaint/Servain chez Casterman

L’histoire pourrait être banale mais l’angle d’attaque trouvé par Toussaint et Servain fait qu’il n’en est rien. Se méfiant comme de la peste des apparences, le tandem met le feu aux pistes pour mieux les brouiller et piéger le lecteur trop sûr de son intuition, sans en rester là. Il n’est pas dit qu’Holly Ann pardonne tout et les amitiés s’en trouvent froissées, irréparables. L’héroïne fait cavalier seule, sans besoin d’un Fantasio ou d’un Haddock et le réalisme de cette série aux thèmes pas si lointains (la condition humaine et celle de l’esclave) en sort grandi. Même si le feu ne cautérise pas toutes les plaies et que le destin d’Holly Ann va en être changé pour les prochains tomes.

© Toussaint/Servain chez Casterman

Série : Holly Ann

Tome : 3 – Né dans le bayou

Scénario : Kid Toussaint

Dessin et couleurs : Stéphane Servain

Genre : Polar, Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 48

Prix : 13,95€

Date de sortie : le 29/09/2017

Extraits : 

40 éléphants, Londres comme fabuleux magasin de porcelaine fêlée

© Toussaint/Augustin/Hubert chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Londres – 1920. Elles sont quarante. Voleuses, tueuses, kidnappeuses, cambrioleuses, proxénètes… Issues des divers milieux de la société, elles ont fait du crime leur affaire et se sont associées pour plus d’efficacité. Lorsqu’arrive Florrie « doigts de fée », jeune pickpocket talentueuse, toute l’organisation se révèle fragile et une lutte interne risque d’éclater. Le moment est mal choisi, car les éléphants doivent faire face à une police de plus en plus performante et à un gang masculin rival reconstitué et bien décidé à reprendre son territoire.

© Toussaint/Servain chez Grand Angle

Y’a-t-il du Fog certains soirs au-dessus des marais de la Louisiane ? Certainement mais pas autant que sur Londres et ses parts d’ombre. Celles où se meuvent des individus pas tout clean et aux mains souvent assez baladeuses que pour débarrasser les passants aisés de leurs richesses superflues. Rien de neuf sous les nuages de lait anglais, c’est comme ça depuis que le monde est monde et que les quarante voleurs sont… quarante. Sauf que c’est bien connu aussi, qui va à la chasse perd sa place et c’est valable pour par climat de guerre aussi. Le chat est parti, les souris dansent et passent à l’action.

© Toussaint/Augustin

Même si en guise de souris, les ladys ne font pas dans la dentelle et ont tout l’air de pachydermes prenant les rues de ce Londres en débandade pour un magasin de porcelaine, surtout si celle-ci incite au larcin. Les femmes ont pris leur liberté, leur indépendance sous le nom de code et de gang des 40 éléphants (Forty Elephants), prouvant qu’elles pouvaient être aussi badass que leurs alter-égos masculins dont on ne savait dans quel état ils allaient rentrés. Sauf qu’en 1920, les hommes sont re-là et entendent bien reprendre l’intégralité de leurs trafics sans laisser de place aux goumiches. L’affrontement s’engage et au milieu du jeu de quilles, la jeune Florrie « doigt de fée » semble faire trouble-jeu.

© Toussaint/Augustin/Hubert chez Grand Angle

Avec ce début de série, Kid Toussaint emmène la tout-terrain Virginie Augustin sur un terrain de jeu contemporain des Peaky Blinders. Festival de gueules au féminin, issues de toutes les catégories sociales mais mues par le besoin de s’affirmer dans le crime, 40 éléphants nous permet d’approcher, d’infiltrer ce gang de filles qui boivent, fument, draguent, causent et flinguent. Et qui ont toutes des limites à leur union, ne pouvant s’empêcher parfois de se crêper le chignon et le reste en bonne et due forme. Ça peut être hard et il n’y aura pas de cadeau!

© Toussaint/Augustin

Le portrait de cette société en changement était assez riche que pour se suffire à lui-même, mais Kid Toussaint a la bonne idée d’y inviter une enquête originale et impliquante pour prendre un peu plus en défaut ce milieu de malfrats en jupons. Les Al Capone, les Scarface, les Don Vito, c’est bien mais c’est daté et ces 40 éléphants donne un coup de fouet bienfaisant à ce monde malfaisant. On n’en perd pas une miette et Virginie Augustin reconstitue divinement bien ce monde en changement (une superbe double-page sur un casse d’enfer) sous les couleurs un peu plus authentiques de Hubert!

Un extrait du tome 2 © Toussaint/Augustin/Hubert

Série : 40 Éléphants

Tome : 1 – Florrie doigts de fée

Scénario : Kid Toussaint

Dessin : Virginie Augustin

Couleurs : Hubert

Genre : Polar, Historique

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 56

Prix : 14,90€

Date de sortie : le 02/11/2017

Extraits : 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s