À Namur aussi, le Théâtre Jardin Passion veut rester « envie » malgré une « distribution ratée » des subsides qui se moquent d’eux et des petits acteurs essentiels de la culture

Avec Douglas et Jean-Pierre, on a parlé de la culture à Bruxelles qui risque l’éboulement suite à l’annonce des contrats-programmes et des subventions octroyées (ou pas d’ailleurs) aux acteurs du monde de la culture. Mais en Wallonie, l’état des lieux n’est pas beaucoup plus joyeux. À Charleroi, avec le Théâtre de l’Ancre qui a largué les amarres et tiré à boulets rouges après une promesse non-honorée de la ministre d’une (certaine) culture. Mais aussi à Namur avec le Théâtre Jardin Passion qui survit (et le fait bien sans que sa programmation ne perde en qualité) à l’ombre d’un mastodonte : le Théâtre Royal de Namur (dont le directeur général siège par ailleurs, on vous le donne en mille, au… Conseil de l’Art dramatique. Commission de la FWB qui a augmenté de près de 200 000€ la subvention du Théâtre royal la portant à 1 000 000 €.). Là encore, l’incompréhension est de mise et le questionnement. En deux actes, sur Facebook, dans l’oeil de la tempête le 25 novembre, deux jours après l’annonce de la répartition. Puis, hier, avec une lettre éloquente et évocatrice du problème et d’une situation dramatique. 

Rester envie (quelles que soient la manière et la poésie dont on l’orthographie), c’est ce qu’on souhaite de tout coeur à ce théâtre qui nous fait rêver et nous dépayse dans un « nouveau » paysage culturel francophone qui fait un peu cauchemarder.

« La distribution ratée »

Depuis jeudi, le milieu culturel est déçu. On le remarque dans les articles et les lettres ouvertes qui paraissent dans la presse expliquant la situation du paysage culturel belge. Les analyses sont souvent justes et éclairées et nous y portons attention. Cependant, un point important ne nous semble pas expliqué dans les journaux, une chose reste en suspend et nous pose question: qu’en-est-il de la situation culturelle dans toute la Wallonie? en province? et principalement à Namur puisque c’est la ville qui nous occupe?

Nombre de compagnies namuroises n’ont plus ou pas de contrat-programme (Cie Théâtre de l’Escalier, Cie Hypothésarts, Cie des Bonimenteurs, …) d’autres, comme nous, subissent un statu quo (Théâtre des Zygomars, …) face à un réel monopole du Théâtre Royal qui voit son subside augmenté. Dans un contexte culturel où on prône la diversité de l’offre culturelle, la culture en région et la place donnée aux artistes, nous sommes vivement étonnés de ces résultats et interpellés par le silence qui règne autour de ce constat. Que va-t-il se passer les prochaines années à Namur? Rien ne bouge, rien ne change, la FWB ne favorise ni l’alternance, ni les artistes, ni les créations.

Il y a quelques semaines, Odieu était sur les planches du Théâtre Jardin Passion. Le temps était à l’euphorie. © Jean-Pierre Vanderlinden

En tant qu’artiste, nous avons réellement besoin de votre analyse, car nous existons aussi via vos canaux et vos retours, nous sommes donc soucieux de connaître votre réflexion par rapport à cette situation. Pouvez-vous nous éclairer par rapport à cette situation?

Evidemment, nous ne méprisons pas ce contrat-programme, nous sommes conscients que nous avons 75.000 € et que ce n’est pas rien. Nous avons la reconnaissance de notre travail, long de 20 ans, nous avons maintenant ce statut de Théâtre de la FWB et nous en sommes satisfaits, mais cette reconnaissance a malgré tout un goût amer. Nous sommes déçus car cette somme, bien qu’elle existe, est dérisoire par rapport à tout ce que nous faisons, à la place que nous tenons et à notre travail qui est depuis tant d’années exemplaire. Tellement dérisoire qu’elle en finit par se moquer de nous, du Théâtre, des employés, des artistes et du public…

À l’affiche en ce moment, une oeuvre transversale, Pardon de la Cie Hypothésarts, mis en scène par René Georges avec François Saussus et Sinda Guessab et qui met en relation deux plaidoyers (l’un de Vincent Engel, l’autre de Manuel Rivas) interrogeant notre époque et ses affres. Un remarquable exemple de ce que peut la Culture si du moins ceux qui sont capables de l’appuyer financièrement le peuvent et le veulent, surtout.

Nous ne nous étalerons pas ici sur le système de commission qui est obsolète et sur les décisions qui sont subjectives mais un point tout de même nous interpelle. À la lecture du rapport du CAD, nous découvrons des points tellement assassins et faux qu’on est obligé de penser que le pouvoir de décision est au dessus des règles et qu’aucune objectivité ne peut être justifiée.

Nous nous sentons abandonnés par ces commissions d’avis qui ne connaissent ni notre théâtre ni le terrain de manière générale.

Notre étonnement vient aussi du fait que le Théâtre Jardin Passion est une alternative culturelle namuroise, c’est un fait, mais ce n’est vigoureusement pas reconnu ni par le CAD, ni par la FWB, pourquoi? Avec le travail fourni depuis la naissance du Théâtre, sans subvention digne de ce nom et ensuite avec une convention de la FWB de 75000€ (depuis deux ans), nous pouvons dire que le Théâtre Jardin Passion c’est en moyenne, en une saison:

– 12.000 spectateurs

– 65 programmateurs qui viennent voir un spectacle

– 23 spectacles (dont 9 étaient des créations en 2016-2017, accueillis majoritairement le temps d’une ou deux séries de 4 dates)

– 105 représentations théâtrales

– 5 concerts

– 5 employés soit 3 ETP

– 1 festival d’une semaine de Jeune création

– 150 artistes soutenus dans le lieu

– 9 rencontres gourmandes

– 1 festival de Théâtre Action

– 8 concerts, conférences, projections et autres évènements dont nous sommes partenaires

– Un lieu de création avec par exemple en 2016 la coproduction de King Kong Théorie : 3 comédiennes, 2 techniciens, 37 représentations déjà passées et 25 représentations à venir en 2018

– Et la production en 2017 de Madame est partie : 3 comédiens, 1 musicien, 2 techniciens, 12 représentations à venir en 2018

– Un lieu de résidence avec par exemple 2 créations/étape de travail en 2016-2017

– 3 expositions artistiques

– ….

Comment continuer de créer ? comment mettre l’artiste au centre? Comment faire travailler les artistes dans des conditions dignes? Comment, en tant que lieu de création, pourrons-nous faire mieux que ce que nous avons fait en gardant le même budget ?

Car tout cela est concrétisé grâce à de nombreux partenaires culturels et associatifs et surtout avec des moyens limités acceptés par les artistes qui ont besoin de cet espace. Le Théâtre Jardin Passion est une structure de création et de diffusion: 75.000 € est une aide mais quelle démesure par rapport à notre travail, essentiel et de qualité; Quelle réponse ridicule par rapport à notre évolution et à notre professionnalisme; Quelle tristesse pour tous ces artistes qui nous font confiance et qui ont besoin d’espace comme le nôtre. Devons-nous comprendre que ces artistes, ces projets, ces créations, ces employés ne méritent pas une reconnaissance?

L’équipe du Théâtre Jardin Passion
Restons Envies »
Toutes les infos et la programmation de ce beau lieu de culture vivant sur www.theatre-namur.be

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s