Après avoir mesuré les boules de l’Atomium, les Girls Next Door sont toujours aussi détonantes entre Neder-Over-Heembeek et Malonne, entre La La Land et Disney… en moins glamour

L’été passé, l’Heembeekoise Ann Vandenplas et la Malonnoise Évelyne Demaude avaient fait un joli buzz bien belge et barré sur l’Atomium. Le clip tout aussi décalé avait fait un demi-million de vues. Après avoir marché dans les traces et les bons mots de JCVD, les deux trublionnes sont de retour en pays natal. Ça donne Neder-over-Malonne réalisé par Arielle Moens, et les Girls Next Door n’ont rien à envier à Ryan Gosling et Emma Stone.

Bonjour Ann, bonjour Évelyne, tout le monde se souvient de votre clip complètement barré autour des boules de l’Atomium. Le deuxième sur JCVD était dans la même veine. Cette fois, entre Neder-Over-Heembeek et Malonne, le ton a un peu changé, non ?

Ann : Oui, cette fois, on a voulu venir avec quelque chose de différent, un slow mais aussi un esprit très comédie musicale.

Évelyne : Là où les autres étaient peut-être plus piquantes, plus dans la parodie, on est revenues ici à un côté Disney dans un décor… moins glamour.

Entre La La Land et Sister Act, pour la fin. Mais comment vous êtes-vous connues, toutes les deux ?

Ann : On fait de l’improvisation théâtrale ensemble. J’ai intégré le groupe d’impro, Les Galapiats – une vieille équipe qui existe depuis plus de 20 ans-, il y a sept ans. Evelyne nous a rejoints, il y a trois ans. Nous nous sommes très vite entendues, nous avions le même humour. Et un goût pour la chanson. J’avais déjà chanté, plus sérieusement, il y a une dizaine d’années. Évelyne, elle, avait tourné des clips plus parodiques, de rap notamment.

Évelyne : J’avais fait un atelier de chansons françaises et je suis passée par l’ASBL Jeune Voix, mais en termes de formations, ça s’arrête là.

Plus du côté théâtre pour l’une et du côté du cinéma, pour l’autre ?

Ann : Nous aimons les deux. Mais il est vrai que mon coeur penche plus pour le théâtre. J’aime la création, faire un bébé de A à Z, le porter, l’emmener le plus loin possible. Comme lorsque j’aurai joué plus de septante fois avec le Cirque des femmes (au Théâtre de la Toison d’Or, du 20 décembre au 6 janvier), on y est nous-mêmes mais c’est toujours un autre public qui vient pour inventer un moment différent. Dans le cinéma, j’ai l’impression qu’on est une petite pierre dans un grand édifice qu’il est bien difficile de contrôler. La preuve, on peut être coupé au montage, alors que l’on a tourné une scène de dix minutes.

Évelyne : C’est vrai que j’ai un faible pour le cinéma. Je tiendrai un petit rôle récurrent dans Ennemi Public. J’aime alterner dramatique et comique. Mais j’aime aussi le théâtre. Je jouerai dans la nouvelle création du Magic Land Théâtre, dans un univers burlesque, rocambolesque.

Et vous en êtes arrivées à fonder les Girls Next Door.

Ann : Fonder, c’est un grand mot, ça devait être un one-shot. Le succès de notre première chanson, Atomium, en a décidé autrement. Publiée en juillet 2016, elle cumule désormais 500 000 vues sur Facebook et Youtube, là où nous espérions en faire quelques milliers. Du coup, on s’est choisi un nom à la sauvette, sur un coin de table : les Girls Next Door. Sans savoir qu’un groupe américain portait déjà ce nom. Girls Next Door, ça évoque pour nous les filles de tous les jours, celles d’à côté…

… de la plaque, aussi.

Ann : Oui, il y a de ça, aussi (elle rit).

Évelyne : Bling-bling, décalé, kitsch. C’est clair qu’on aime ou pas. On est dans un entre-deux, un peu OVNI.

Et ce fut le « buzz ».

Ann : De manière très spéciale. Nous étions en été. J’ai tout vécu en direct d’… Avignon, entre deux représentations du spectacle que nous présentions avec ma troupe. Tout de suite, nous avons eu des demandes d’amis que nous n’avions plus vus depuis 25 ans (rires), quelques médias ont répercuté le clip, on est même passé au JT.

Vivre un buzz, c’est une expérience particulière. D’autant plus que nous n’avions rien prévu. C’est une amie qui a publié le clip sur sa chaîne Youtube, d’amis en amis, de leader de communauté en médias, ce petit clip auto-produit a fait son chemin.

Évelyne : C’est vrai, on n’avait pas de chaîne, qu’on est biesse quand même. Quand j’ai été contacté pour des interviews, ce n’était pas très glamour, je ne m’étais pas préparée.

Vous vous êtes bien entourées ?

Ann : On travaille avec le très talentueux Piotr Paluch. Il a fait le conservatoire de jazz mais est aussi attiré par la musique plus moderne. Puis, pour les clips, avec le crowdfunding lancé pour fabriquer le troisième clip. Ça nous a permis de rallier à notre cause plein de gens très sympathiques.

Puis, avec la sortie du premier clip, on a pu faire la  première partie de Sois Belge et tais-toi au Théâtre Saint-Michel. On a aussi eu un gig Chez Maman. On a beaucoup de fans dans la communauté homosexuelle, c’est très amusant et, cette fois-là, ils nous ont réservé un accueil formidable.

Évelyne : Une ambiance de feu !

Et JCVD ?

Ann : Ce deuxième clip, il a fait un buzz de manière tout à fait différente. JCVD l’a partagé lui-même sur sa page Facebook alors que la vidéo sur Youtube n’a jamais décollé. Suite à ce partage, beaucoup de fans ont relayé ce qui était « une ode à JCVD ». C’est vrai, en quelque sorte, mais pas que. Il est tellement Belge, JCVD.

Mais ce à quoi nous ne nous attendions absolument pas, c’était ce coup de fil de sa… maman. C’est elle qui a réceptionné la vidéo en première. Et, un jour, Évelyne a décroché son téléphone et a été surprise d’entendre : « Bonjour, je suis la maman de Jean-Claude Van Damme ». On a halluciné.

Ça vous a permis de conquérir le monde ?

Ann : Certes, on a eu des commentaires dans différentes langues mais ça s’arrête là, pour le moment. Je pense que nos clips pourraient avoir leur petit succès au Japon. Après, comment percer ce marché-là ? C’est la question.

Mais, finalement, avec ces réseaux sociaux, je voyais que votre page était peu suivie malgré le succès de vos créations. À chaque clip, le rabattage n’est-il pas à recommencer pour reconquérir le public?

Ann : Internet, aujourd’hui, c’est très compliqué. Le buzz est éphémère. Et Facebook tend le piège de la monétisation. J’ai l’impression que si on le fait une fois puis qu’on ne monétise plus, Facebook bloque la visibilité.

Sans oublier que Youtube et Facebook sont quand même bien en concurrence. C’est un boulot à plein-temps. On apprend au fur et à mesure qu’un clip posté un dimanche soir n’aura peut-être pas autant de succès que le même clip publié un jeudi à midi. Quand notre amie a lancé « Atomium » sur son compte Youtube, c’était le bon moment, c’était l’été, c’était une manière légère de parler de Bruxelles après les attentats.

Bon, et Malonne, vous connaissiez ce village ?

Ann : Non pas du tout. Je connaissais Namur, Floreffe, mais Malonne, sinon de nom, je n’y avais jamais été. Il est arrivé sur la table quand on a cherché un nouveau thème de chanson en se plongeant dans nos souvenirs d’enfance. À la recherche d’anecdotes cocasses, en s’en inspirant.  Alors, on a fait le rapprochement entre Neder-Over… et Malonne. On écrit de plus en plus facilement ensemble, c’est chouette.

Vous, Évelyne, vous le connaissez on-ne-peut-mieux.

Évelyne : Hé oui, on ne choisit pas sa famille… ni son village. Les scouts, les rencards place du Malpas, les Soeurs Clarisse, la communion de mes trois frères triplés à l’église du fond, les balades dans la nature, les bois… Moi j’habitais la rue Curnolô.

Et dans ce clip, il y a des Malonnois ?

Évelyne : Mon neveu Thomas Demaude qui est footballeur et joue le rôle de l’entraîneur au Champs Ha. On a été beaucoup soutenues par des amis de Malonne, Floreffe, des environs…

Avec une certaine naïveté, si on n’écoute que la chanson. Mais dès qu’arrivent les images, place au décalage plus kitsch, plus fou. Avec Brad Pitt, notamment, ou un sosie.

Évelyne : La ligne directrice, c’est l’hommage décalé : montrer les anecdotes, de manière absurde, pas toujours roses, d’appuyer le second-degré.

Ann : Oui, Benjamin Ramon, qui a reçu un Magritte il y a quelques années. Pendant longtemps, beaucoup l’ont appelé le Brad Pitt de Durbuy. Du coup, il était très content de jouer ce rôle avec nous.

L’occasion d’aborder cette féminité débordante qui vous habite toutes les deux, chacune à votre manière.

Ann : Notre rapport à la féminité, c’est, je pense, ce qui fait que les personnes se retrouvent dans ce que nous faisons. Moi, grande blonde, plus sophistiquée tandis qu’Évelyne est plus nature, une fille de la campagne… de Malonne.

Évelyne : Je suis plus garçon manqué, c’est vrai. Nous sommes très opposées, un peu comme Laurel et Hardy. Nous sommes un duo belge, féminin, décalé, avec de l’humour. Je pense qu’il n’y en a pas des masses. Dans la veine des femmes d’Absolutely Fabulous.

Vous chantez le côté idyllique de Malonne ou Neder-Over-Heembeek mais vous n’avez pas forcément choisi la plus belle facette de ceux-ci.

Ann : Oui, c’est ça, on présente nos vies, nos villages comme des paradis sur terre, alors qu’en fait, Malonne, c’est « loin de tout »; que Neder, c’est assez excentré. Par exemple, on a pris plaisir à tourner la dernière séquence sur le parvis de l’église de Neder, avec tous nos figurants. Mais dès qu’on s’est mis à chercher un endroit où acheter à manger pour nourrir ce beau monde. On n’a rien trouvé, tout était fermé. Mais bon, ces lieux d’où l’on vient, ils ne nous ont pas empêchés de devenir des petits clowns.

Evelyne : Neder, c’est moins bucolique que Malonne, mais il y a cette usine. Ça nous a permis de faire la liaison entre les deux. Malonne possède aussi ses coins moins glamour, cela dit, même si le village a bien évolué, je trouve. C’est un chouette village. J’y retourne pour me couper de la pollution de la ville.

Votre clip est donc très localisé en bord de Sambre ou de canal, du côté industriel.

Ann : Oui, et on n’a pas tellement vu plus que ça. Mais Evelyne m’emmènera un jour visiter Malonne de manière plus poussée, c’est certain.

Vous parliez de votre rencontre dans le monde de l’impro. Improvisez-vous aussi dans vos clips ?

Ann : Non, tout est réfléchi, avec le peu de budget que nous avons – 3000€ réunis grâce à la générosité des participants au crowdfunding -, il ne fallait rien laisser au hasard. Le hasard n’a pas sa place et le temps est précieux. Le nôtre mais, surtout, celui des personnes et figurants qui sont venus sur le tournage. Ce sont des cadeaux, des passionnés et il ne faut pas prendre plus de leur temps que nécessaire. Un clip sur trois jours, c’est un raz-de-marée. La prochaine étape sera peut-être de trouver une boîte de production.

Et ces clips, sont-ils de bonnes cartes de visite ?

Ann : C’est un univers décalé, je ne sais pas si ça va me servir à trouver des rôles dramatiques (rires). Mais on ne le fait pas pour ça et c’est chouette d’avoir trois clips et les deux premiers qui continuent à vivre leur vie, avec des petites vues qui s’y ajoutent au fur et à mesure.

La suite ?

Ann : Outre nos projets personnels, on a deux chansons en réserve. Pour le coup, on s’éloignera un peu de la Belgique. Il y aura un clash, une battle sur du R’n’B moderne. Puis, sur une musique plus électro, on abordera la question du genre sexuel.

Et l’envie de faire du live…

Ann : Oui, bien sûr, de jouer de cet entre-deux qui fait que nos chansons ne sont pas tout à fait humoristiques ni tout à fait sérieuses. Ça me semble très important de soigner nos productions. Malgré cela, les radios ne sont pas très ouvertes au décalé. Regardez Sttellla, il ne passe pas tant que ça en radio.

… à Malonne ?

Évelyne : … ou à Paris. Mais oui, si on est invitées, ça pourrait être chouette.

Merci à toutes les deux, on vous le souhaite.

Et voilà les paroles pour ceux que ça intéresse ! 

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