La folie photogénique des Rolling Stones débarque à Photo House : « Ils avaient cette fuck-off attitude tout en étant élégamment rebelles »

Les Rolling Stones sont en grande forme ! Emportant tout sur leur passage, l’équipe à Mick, Keith et les autres roulent à tout berzingue de dates en dates européennes assurant le show et la cure de jouvence. Pourtant, c’est fou, il y a cinquante ans, ils étaient déjà là, dans le swinging London et les années hippies. C’est là et jusqu’en 1985 que prend source une exposition dans la galerie Photo House de David Swaelens-Kane et Lady Monika Bacardi qui rassemble une trentaine de clichés parmi ceux qui ont fait la légende photogénique et géniale de ces enfants terribles du rock. Rencontre avec David Swaelens-Kane qui, bien avant d’être un homme de presse et de galeries, est un enfant des Stones.

Bonjour David. Les Stones, ça représente quoi pour vous ?

Je suis fan depuis mes douze ans. Je pense même voir été conçu sur Angie. Pour moi, ils sont les rockstars ultimes. Des rockeurs mais aussi des gentlemen qui ont réussi à cultiver une certaine élégance. Encore maintenant, hein, ils sont plus forts que n’importe quel jeune. Au même titre que je m’accroche à la presse papier, j’adore acheter des albums physiques. Et de ce que j’écoute, je n’ai pas encore trouvé un groupe avec cette personnalité, cette envergure. Ils ont quand même plus de gueule que Nabila !

Ils ont changé le business, à l’heure où les tournées visaient avant tout la promotion et permettaient de vendre des disques. Les Stones ont changé ça, ils partaient en tournée pour gagner de l’argent. Limite, ils faisaient des albums pour partir en tournée. Bien avant que le streaming apparaisse et que l’industrie musicale change son fusil d’épaule pour évoluer ce modèle.

« Angie » © Dominic Lamblin

Votre premier concert ?

À Londres, en 1994, j’avais 16 ans et nous étions en plein Voodoo Lounge Tour. J’étais impressionné. Après quoi, je les ai vus dans des petits clubs, dans différents contextes. J’étais à Cuba mais aussi à Hyde Park, lors de la commémoration de la disparition de Brian Jones, en 2013. En voyant le soleil se coucher sur ce Parc, Mick Jagger a dit : « Il n’y a pas de plus bel endroit où être dans le monde en ce moment ». Sinon, j’essaie de les suivre et d’être de la partie à chaque fois qu’ils font un concert exceptionnel.

Et justement, dans cette marée humaine, on est plus face à une fresque monumentale. Les photos que vous présentez ne sont-elles pas l’occasion d’aller plus en détail ?

Si, c’est sûr. Puis, les photos permettent de vivre des époques, des moments dont nous n’avons pas été témoins, parce que pas encore… nés. J’ai commencé très tôt à me documenter. Puis, il y a des documentaires. Celui de Robert Franck aussi, plus tard, rebaptisé Cocksucker Blues. Un film en super 8 qui montrait les coulisses. C’était tellement décadent que le groupe s’est auto-censuré, convaincu qu’il avait plus à perdre qu’à gagner s’il le laissait être commercialisé. Cela dit, avec Youtube, le documentaire est réapparu, il faut absolument le voir !

Je pense aussi à une photo de Mick Jagger par Bob Gruen au Madison Square Garden, on y sent toute la sensualité animale du chanteur. Tout est dit, le charisme etc.

Cela dit, vous êtes jeunes pour avoir connu cette période.

C’est vrai, je ne l’ai pas connue du tout, je suis né en 1978, comme Macron ! Mais je m’y suis intéressé, je me suis documenté. C’est une période bouillonnante. Culturellement parlant mais aussi du point de vue des avancées sociales, sociétales. C’est la génération Mai 68 qui se crée, une rébellion de la nouvelle génération contre l’ancienne. Et les Stones ont été en quelque sorte la bande-son de cette rébellion, de ce décalage générationnel.

1965, c’est l’année de Satisfaction. Jusque-là, pour des raisons de marketing, Andrem Oldham qui avait travaillé avec Brian Epstein et les Beatles un peu plus tôt, leur avait fait adopter une posture plus mauvais garçons en opposition avec les Beatles. Alors que les Stones étaient plus bourgeois que les Beatles venaient du monde plus ouvrier. Mais dès 1965, la bande à Mick devient réellement un gang de mauvais garçons. Ils vivent pleinement ce swinging London, vont expérimenter des drogues et ça va se savoir ! Mick Jagger ira même jusqu’à se faire arrêter par la police en 1967.

« Pan Alley », London 1963 © Terry O’Neill

Pourquoi ce choix de revenir à la source, à la période 1965-1985.

C’est à cette époque qu’ils ont écrit leur légende, qu’elle soit musicale, photographique [ce sont les années où ils étaient les plus photogéniques] mais aussi leur réputation de mauvais garçons. Jagger était devenu le diable, son visage avait changé, la légende s’était créée. C’est pour moi la décade la plus intéressantes. D’autant plus qu’on avait la possibilité d’exposer des photos qui n’avaient jamais vraiment été exposées en Europe.

Il y en a une trentaine. Notamment celles de Michael Cooper, l’auteur de la pochette de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band mais aussi de l’album Their Satanic Majesties Request des Rolling Stones qui fête ses cinquante ans. Michael est mort en 1973 après avoir su capter l’énergie, la transformation du groupe ainsi que la deuxième partie des 60’s, le swinging London, les États-Unis. Il saisit cet esprit Woodstock qui mènera les Rolling Stones à lancer le Festival d’Altamont, un concert gratuit près de San Francisco qui se transformera en véritable drame. Faut dire que l’engagement de Hell’s Angels pour la sécurité n’était peut-être pas l’idée du siècle, et de nombreux faits de violence eurent lieu, jusqu’à la mort d’un spectateur noir, des images dures qui seront intégrées, plus tard, dans le documentaire Gimme Shelter. En attendant, c’était la fin d’une ère, nous étions en décembre 69, la fin des hippies et des sixties. Les jeunes sentaient que le système dont il s’était dégagé avait repris le dessus : il fallait le fuir ou le faire exploser.

Les Stones eux revenaient aux racines, au rythm’n’blues, ils promotionnaient la contre-culture. Encore aujourd’hui, quand ils sont les premiers à jouer à Cuba. Ce vent de rébellion, de liberté, ils l’ont incarné plus que n’importe qui. Et ces photos le montrent, cet esprit, cette manière d’être cool à mourir, d’avoir cette fuck-off attitude tout en étant élégamment rebelles.

« Their Satanic majesties request » © Michael Cooper

Puis, celle de Dominic Lamblin, la nounou du groupe, qui, lui, est un amateur mais un témoin tellement privilégié de l’intimité des Stones, qu’il livrera des clichés incroyables. Il y a aussi Gered Mankowitz, sans doute l’auteur des photos les plus emblématiques de cette période, avec la fameuse pochette de l’album Between the buttons. Mankowitz est également l’auteur du livre Satisfaction qui rassemblera ses grands clichés des Stones. Enfin, il y a Terry O’Neill, l’homme qui a suivi et photographié John Lennon lors de son exil new-yorkais. Mais il fut surtout l’un des premiers photographes des Stones, à l’heure où les tabloïds ne trouvaient pas les Stones suffisamment attractifs. Ce qui changea très vite avec la photo Tin Pan Alley.

Pour moi, dans ces photos, on ressent quelque chose de fantastique, d’émouvant, d’unique, d’original. Sans smartphone, sans Instagram, les Stones ont eu ce sentiment de devoir créer un lien photographique, un lien de proximité au travers de clichés parfois intimes mais en compagnie de gens d’exception. Toujours en faisant attention à leur image. Ces photos, on peut rester très longtemps à les analyser. Certains se sont créés un look sur base de ces photos.

« Behind the buttons » © Gere Mankowitz

Pourtant, à l’époque d’Instagram, des smartphones, il y a de plus en plus de photos disponibles. Un mal, un bien ?

Vous savez, je suis propriétaire de Photo Magazine qui fête ses cinquante ans. Depuis le début, il essaie de garder un rôle prescripteur, de montrer la photo d’hier, d’aujourd’hui et celle de demain. Ce qu’il y a de meilleur. Bien sûr, les appareils photo ont changé, ils sont désormais intégrés à des smartphones de plus en plus performants. Alors, oui, Instagram permet l’auto-promotion avec des photos très « amateur » et pourtant à l’aide de techniques très bonnes. Des photos qui sont répercutées des milliers voire des millions de fois. Après, il n’y a pas de secret, je n’ai pas encore vu un seul Instagrammeur exposé. La photographie n’est pas encore devenue un monde dans lequel n’importe qui peut être un bon photographe. Il faut rester vigilant, attentif face à cette démocratisation de l’art, cette uberisation même, à cette évolution de style. Il restera toujours le point de vue du photographe.

Et en concert ?

On ne peut en vouloir à personne de vouloir garder des souvenirs. Je me souviens d’un des derniers concerts d’Oasis auquel j’ai assisté. Moi, j’aime vivre les concerts. Puis, en regardant autour de moi, je me suis rendu compte que beaucoup regardaient la scène à travers leur smartphone. Comme certains photographient leur plat de sushi au resto. C’est générationnel, les temps ont changé comme chantait Dylan. Cela dit, je préfère une photo de Mick Jagger à un hamburger ou un chat sur un canapé.

C’est sûr, on n’a jamais été autant connecté… et, paradoxalement, on n’a jamais été si seuls. D’où ce besoin de se retrouver et la musique est un bon terrain pour ça. Voyez le succès des Coachella et autres Tomorrowland, ces gens qui communient autour d’hymnes. C’est aussi ce que je recherche avec mon fonds d’investissement, encourager des projets qui visent le passage de l’url à l’irl, in the real life.

© Bob Gruen

Vous avez racheté Photo Magazine, Playboy (dont l’édition belge est lancée dans quelques jours et qui verra un Playboy Art Studio être créé à Bruxelles). Mais, tiens, vous avez vu que le magazine culte « Rolling Stone » était à vendre ?

Oui, il ne se passe pas un jour sans que des amis, des connaissances partout dans le monde me charrie avec ça plus ou moins sérieusement. Je suis un grand fan. J’ai deux héros parmi les patrons de presse : Daniel Filipacchi que je considère comme le Citizen Kane français et… Jann Wenner, le co-fondateur de Rolling Stone. C’est une magnifique marque, alors pourquoi pas. Je vais regarder le dossier.

Le sous-titre de l’exposition, c’est « It’s only rock’n’rool », pourtant on l’a vu au fil de cette discussion, les Stones, c’est bien plus que ça !

C’est de l’élégance, de l’histoire, de la culture, la bande-son d’une génération. Mais le rock, est-ce seulement de la musique ? Je pense que c’est le porte-parole, la voix officielle des manifestations, du changement qu’il soit racial, sexuel, culturel… Les Stones ont prouvé qu’on pouvait le faire tout en restant cool, légers.

 

© Michael Cooper

Merci David et laissons vivre l’aura des Stones dans votre galerie.

‘THE ROLLING STONES : 1965/1985’, exposition du 22 Septembre au 31 Octobre 2017 à la galerie Photo House (96B Rue Blaes à Bruxelles) ouverte tous les jours de 10h à 18h.

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