Finie l’école buissonnière, Titeuf, le P’tit Spirou, Ducobu et Léonie sont bien rentrés dans leurs c(l)as(s)es

Rentrée des classes et rentrée des cases font cause commune. Chaque année, c’est pareil. Et si les mômes reprennent peu à peu leurs marques; pour le monde éditorial, c’est le sprint jusqu’à Noël avec dégoupillage en règle d’idoles pour moins jeunes et jeunes. Car les bambins ne sont jamais oubliés.

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© Garnier/Hotin chez Casterman

Titeuf, à fond le slip… avec les traces de freinage de notre époque en prime

On commence en force avec un gamin dont la mèche est inusable depuis 25 ans. Cela valait bien un quinzième album. Mais si la série se fait longue et que certaines perdent en qualité (ce serait bien normal après 650 planches), Zep a toujours de belles et grandes idées derrière la tête pour empêcher de ronronner et crier son incroyable vitalité. Après avoir fait un tour en adolescence, Titeuf semble s’être rendu compte qu’il ne serait jamais grand et que cela vaut mieux.

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

Car oui, le monde des grands n’est pas forcément enviable. Et si le jeune trublion du Neuvième Art n’oublie pas de vivre son rêve d’enfant, à la poursuite de l’amour fou non plus avec Nadia mais avec Ramatou, les problèmes d’adultes et d’actualités ne peuvent s’empêcher d’entrer en collision avec son univers fait de fautes d’orthographe et de bêtises en tout genre.

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

Passé une première planche où Zep emprunte avec brio un format bien connu des réseaux sociaux (avec un Titeuf tel que vu par les filles, la maîtresse ou encore Romuald-le-gros-QI), le génial auteur enchaîne avec la maestria qui le caractérise des gags qui ne vont avoir de cesse de se rapprocher de notre époque, au juste-au-corps de problèmes devenus chroniques. Au coin de la rue, c’est dans une manifestation Anti-IVG (pour ivégétariens ?) que Titeuf se retrouve avec Manu et Hugo.

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

Mais ce n’est pas tout, il y a aussi des petits nouveaux à l’école qui pourraient bien être des… migrants. Kézako ? Et ces pétitions qu’il piétine de toute son insouciance mais qui visent à sortir du nucléaire ?

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

De plein fouet, ce petit tricheur de blondinet va aussi faire les frais des pédophiles du net, ceux-là qui sous le pseudonyme de Bossdémaths veulent bien lui fournir les réponses à ses devoirs en échange de photo de son « zizi ». Sans parler de la gare où sa mallette abandonnée a dû être détruite par la sécurité anti-terroriste, de quoi lui donner une bonne excuse (la seule) pour arriver en retard à l’école.

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

Sans jouer les grands moralisateurs mais amenant, sous prétexte du comique de situation, de vrais beaux sujets à débattre en famille à l’heure du souper, Zep joue pleinement et avec efficacité sa carte d’auteur de son temps, d’éveilleur de conscience même chez les plus petits. Cela ne l’empêche évidemment pas de distiller une parodie de Harry Potter hilarante, une déconvenue nudiste à la piscine et les révisions pour la prochaine… boum.

© Zep/Laurence Chevrier/Bruno Chevrier chez Glénat

Et dans notre coeur, ça fait justement boum car à travers le prisme de l’enfance et de l’humour pétaradant, Zep n’a pas fini de scruter les inquiétudes de ces contemporains et de les décomplexer tandis que Laurence et Bruno « Nob » Chevrier (le papa de Dad) y mettent les couleurs exactes. Résolument, on peut rire de tout, peut-être pas avec n’importe qui mais avec Titeuf, sans souci !

Série : Titeuf

Tome : 15 – À fond le slip !

Scénario et dessin : Zep (Facebook)

Couleurs : Laurence et Bruno Chevrier

Genre : Humour

Éditeur : Glénat

Collection : Tchô! la collec’ 

Nbre de pages : 48

Prix : 10,50€

Date de sortie : le 30/08/2017

Extraits : 

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Le petit Spirou monte à la toile

Le cinéma, Titeuf connaît ! Alors, sans doute, dans le petit monde de la BD et dans la proximité des rayons jeunesse, pourra-t-il expliquer au Petit Spirou (30 ans, cette année!) l’effet que ça fait. En effet, le grand écran s’empare de plus en plus de succès de la BD et le tour est venu pour Spirou de faire « action ». En attendant le grand, le petit débarque fin du mois dans les salles obscures (on entend déjà les « Mais qu’est-ce que tu fabriques » et les « T’as qu’à te retenir » dans le noir). Pourtant il n’était pas question d’éteindre les lumières du Neuvième Art. Pour fêter ce passage au live, pas de nouvel album à l’horizon mais une BD du film qui fait best-of et marie planches de bande dessinée bien connues et véritable making-of du film à venir.

© Dupuis

Et dans cet envers des décors au pays des cases, c’est le petit Martin qui est appelé à la caisse. Non parce que ses parents l’ont perdu mais parce qu’ils l’ont laissé gaiment se balader sur le plateau de tournage à la recherche du Petit Spirou et de ses proches. Ça, c’est pour le pitch. En vrai, c’est Damien Perez qui se sert de toute l’expérience glanée avec Groom pour livrer un travail de reporter (forcément promotionnel mais pas que, et ça c’est chouette) qui parle autant aux enfants qu’à leurs parents pour les entraîner dans les rouages d’un cinéma qui s’efforce de ne pas piétiner la BD (on n’a pas vu le film mais jusqu’ici on a eu de très bons échos et quelques autres très mauvais).

© Dupuis

Ainsi, si on relit avec plaisir les 3-4 planches de gag triés sur le volet pour présenter les personnages que les acteurs vont avoir la lourde tâche d’incarner, le dossier est bien fait.

© Tome/Janry/Stuf chez Dupuis

Et du réalisateur Nicolas Bary (dont on apprend qu’il voulait initialement adapter Soda, autre série phare de Tome, au cinéma) à la costumière Agnès Béziers en passant par Tome et Janry, François Damiens, Pierre Richard ou encore Philippe Katerine, sans oublier Sacha Pinault (qui, teint en roux, incarne le Petit Spirou); on se prend au jeu du feu des questions qui ne nous prennent pas pour des cons.

Sans lever le voile sur l’intrigue du film, sans en montrer de trop mais en approchant la sincérité qu’ont eu les intervenants à faire ce film, les petits trucs de Natacha Régnier, les croquis du story-boarder Éric Gandois, un L’Embrouille dans la peau d’un Mégot « à son idée ». Dans ses pages, on sent qu’il y a de l’envie et qu’elles ne forment pas un énième album du film sans saveur ni valeur ajoutée. Reste à voir le film !

© Éric Gandois

Série : Le petit Spirou

Hors-série

Tome : La BD du film

Scénario : Tome

Dessin : Janry

Couleurs : Stuf et Stéphane de Becker

Contenu rédactionnel : Damien Pérez

Genre : Humour, Reportage, Making-of

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 64

Prix : 12€

Date de sortie : le 08/09/2017

Extraits : 

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Ducobu, côté face…

© Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Les honneurs du cinéma, en v’là un autre qui les a connus… sans franchement convaincre. Ducobu est bien meilleur cancre en BD qu’ailleurs. Et celui qui a le même âge que Titeuf revient sur son terrain de prédilection pour un 23ème album. Et s’il est indécrottable de son bureau et de son coin de classe toujours aussi accueillant, le cinquième frère de pull des Dalton est bien décidé de vivre de sa passion : la triche.

© Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Avec les intarissables Zidrou et Godi aux commandes, Profession : tricheur a tout de ce qu’on peut attendre d’un bon cru qui met un peu plus le chambard dans la classe la moins calme de l’école primaire de Saint-Potache. Et ce malgré le fait qu’elle compte en ses rangs la première de classe, Léonie Gratin (on y reviendra). Plus que jamais, tous les coups sont permis pour copier sur cette voisine irritante, quitte même à exploser le décor, à avoir recours aux chantres de l’anti-dopage, au chantage à l’héritage ou encore à des innovations technologiques galopantes.

© Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Ce qui est le plus fou finalement, c’est qu’en 1000 planches (ça y est, elles sont dépassées avec ce nouvel album), le duo Godi-Zidrou (avec les couleurs de Laure Godi) ne s’est jamais éloigné du trio initial Ducobu-Léonie-Latouche (ajoutons-y Nénesse, quand même, qui continue de faire des vieux os). Si quelques planches introduisent bien l’un ou l’autre nouveau personnage, que Ducobu se travestit toujours aussi bien ; ce sont toujours les trois mêmes qui sont sous le feu des projecteurs. La dynamique à l’oeuvre entre eux pourrait s’éroder, pourtant il n’en est rien.

© Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Et de sursauts en sursauts tragi-comiques, Zidrou a toujours de quoi rendre palpitant les quelques mètre carré de cette classe à peine rafraîchie en 25 ans de carrière. Tandis que Godi est toujours aussi prompt à donner vie aux délires de son comparse. Y compris dans les pétages de plomb de Latouche qui n’ont jamais été aussi monstrueux. Mention spéciale à cette fable loufoque « La poulette, le renard et le fermier » et à ce thriller à haute-tension autour du photocopieur en panne qui n’a rien à envier à Hollywood ni à Jean Doux !

Série : L’élève Ducobu

Tome : 23 – Profession : tricheur

Scénario : Zidrou

Dessin : Godi

Couleurs : Laure Godi

Genre : Humour

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 08/09/2017

Extraits : 

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… Côté pile, Léonie

© Godi chez Le Lombard

Vous n’aimez pas les z’héros ? Pas grave, voilà que Léonie Gratin est tout acquise à votre cause et débarque dans sa propre série. Pour faire de l’ombre à Ducobu et à – ne l’oublions pas – à L’Instit Latouche (repris dès 2012 par Falzar et Leogrin) ? Ça c’est certain tant la jeune fille à la robe reconnaissable entre toutes a cette soif de vaincre. D’autant plus qu’à l’oeuvre de ce deuxième spin-off, on retrouve les mêmes Godi et Zidrou renforcé par Falzar et toujours avec les couleurs de Laure Godi. Une équipe gagnante ?

© Falzar/Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Rien n’était moins sûr, et l’histoire de la culture, surtout ces dernières années, ne manque pas de spin off qui se sont cassé la gueule. Il ne suffit donc pas de reprendre un personnage de luxe pour retrouver la magie de la série. Avec Léonie, Première en presque tout, les auteurs se sont dits « Aux grands maux les grands remèdes » et c’est à l’exil qu’ils ont contraint leur chère Léonie, la sortant de sa réserve, de sa bulle de confort pour affronter… le monde extérieur. Aussi, Zidrou, Falzar et Godi se positionnent-ils aux antipodes de leur trio infernal dont nous parlions plus tôt.

© Falzar/Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Exit Ducobu qui devient un second-rôle de luxe pour quelques gags. Sur la Touche, leur instit historique qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Une fois ces deux-là éclipsés et la période des examens chassés au loin pour que personne ne vienne requérir l’aide de Léonie, voilà notre surdouée complètement seule. Car l’amitié, à force de conquêtes mathématiques et orthographiques, ce n’est pas la tasse de thé de notre bonne élève promue héroïne. Et si elle veut conserver ce statut, il va falloir se trouver des compagnons de route et de gags.

© Falzar/Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Faisant leur un thème bien dans l’air du temps, à l’heure où les réseaux sociaux et l’esprit de compétition des cours d’école font se sentir encore plus seuls les isolés, qu’ils soient ténors des bulletins ou pas, Zidrou, Godi et Falzar ramènent leur héroïne sur terre pour affronter la dureté des relations entre enfants. Et pour réussir dans ce monde de requins qui s’ignorent, Léonie ne peut pas compter sur ses connaissances, ni sa capacité à étudier. Il n’y a pas de science de l’amitié et c’est ça le plus compliqué.

© Falzar/Zidrou/Godi/Laure Godi chez Le Lombard

Jouant de flash-back et de mises en situation à la récré, les trois auteurs invitent de nouveaux personnages (ou plutôt les font passer de figurants à véritables acteurs) dans l’univers Ducobu-esque pour lui apporter fraîcheur. En attendant La Rivale (le tome 2 déjà annoncé) qui risque de tout chambouler. Voilà une rentrée en matière plutôt bien conçue même si on sent que ce n’est qu’un début et que le team Gratin en a sous le pied !

Série : Léonie

Spin off de Ducobu

Tome : 1 – Première en (presque) tout

Scénario : Zidrou et Falzar

Dessin : Godi

Couleurs : Laure Godi

Genre : Spin-off, Humour

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 08/09/2017

Extraits : 

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Momo, une odeur d’évasion pour éviter le frontal avec la cruauté de la vie

© Garnier/Hotin chez Casterman

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Jusqu’il y a peu, Momo, c’était l’inénarrable personnage créé par Pierre Aucaigne (notamment dans Bon Week-End). Puis, on a fait la connaissance de cette petite fille sortie de l’imagination de Jonathan Garnier et Rony Hotin, parfumée de l’odeur de l’évasion pour éviter le frontal avec la cruauté de la vie. Et la nôtre a un peu changé depuis cette rencontre en Bretagne mais dans des décors manga. Alors oui, faisons une exception à la règle de ce topic, ne rentrons pas à l’école et prenons les chemins « buissonniers » avec cette héroïne qui en vaut la peine !

© Garnier/Hotin chez Casterman

Et de la peine, il y en a dans le regard insondable de cette petite perle de la mer qui se trouve là, plantée entre terre et mer (et ce magnifique ciel) avec ses bottes et son ciré vert. Mami est morte, papa est encore loin et voilà les gens du village obligés de se rassembler en urgence pour savoir qui va avoir la garde de Momo, le temps qu’elle retrouve son marin de père qui la consolera. Tous se mettent d’accord et le pire qui puisse arriver se produit : c’est le boucher du village qui va veiller sur Momo.

© Garnier/Hotin

Son pire ennemi ! Un genre de croquemitaine colossal dont le métier n’est pas sans éveiller des soupçons bien inquiétants chez la petite fille ! Enfin, ça, c’était pour le tome 1, dans le revers de la fortune… de mer. Les vents côtiers amènent le changement et les deux auteurs retournent fabuleusement le propos et les peurs comme des crèpes. Là où il n’y avait que mami et elle, quasiment, Momo se retrouve chez les grands, au-delà des apparences. Et ces monstres d’ours mal-léchés deviennent bienveillants. Enfin, pas tous hein, demandez aux gamins des deux bandes rivales qui prennent un malin plaisir à se bastonner au pied du phare.

© Garnier/Hotin chez Casterman

Sur les planches de Rony Hotin, on glisse de case en case, de décor en décor, c’est magique et vivifiant comme la pluie bretonne qui tombe par intermittence sur les personnages et les fait se sentir un peu cons (normal, en Bretagne, il ne pleut que sur les …). Et de ce quotidien bien ordinaire, Momo bien aidée par son duo de créateurs fait une belle, grande et forte aventure ne manquant pas de sel (de mer) ni de piquant mais partageant le goût de la générosité et de l’enfance insubmersible. Même s’il y a des raz-de-marée émotionnels, Momo est bien plus forte que ce qu’on croyait ! Et ces albums labellisés « jeunesse » prennent peut-être encore plus de force et d’écho dans les yeux des grands. Admirable !

Série : Momo

Tome : 2

Scénario : Jonathan Garnier

Dessin et couleurs : Rony Hotin

Genre : Aventure, Drame, Jeunesse

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 88

Prix : 16€

Date de sortie : le 30/08/2017

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