CONCOURS | Thomas Liera et Didier Ocula remportent le Tour de France en… BD : « Nous ne voulions pas être des magiciens mais être crédibles, au détail près, face à notre héros qu’est le vélo »

Faites chauffer les mollets, vérifiez une dernière fois la bécane (ou le téléviseur, c’est selon), veillez au ravitaillement et laissez-vous porter par les vivas de la foule. Hé oui, le Tour de France démarre dans quelques jours. Et on n’a rien de mieux pour y plonger et vous mettre dans le bain qu’une bonne BD. Et cocorico, après un premier tome qui nous réconciliait avec la BD cycliste et populaire, le Carolo Didier Ocula et le Florennois Thomas Liera animent la licence officielle et ont mis les bouchées doubles pour nous offrir du spectacle à travers les âges et les anecdotes plus ou moins méconnues de la Grande Boucle. Tout en veillant au soucis, digne d’un horloger suisse, du détail. Cela valait bien une interview de ce tandem semblant s’être échappé pour un bon moment. (Cinq albums à gagner en fin d’article)

© Ocula/Liera/Karel D’Huyvetter chez Dupuis

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Bonjour Didier, bonjour Thomas. Entrons tout de suite dans le vif du sujet, à la pédale ou au train. Qu’est-ce qui fait votre attachement au Tour de France ?

Didier Ocula : Je pense que Thomas est comme moi. Nous avons grandi avec des parents qui gueulaient quand Eddy Merckx mettait un coup d’accélération et s’envolait. Ou quand Roger De Vlaeminck en plaçait une.

Thomas Liera : Moi, mon père était plus derrière Felice Gimondi. Moi, c’était plus Marco Pantani.

Comment vous êtes-vous retrouvé à former ce duo tonitruant et haut en couleur ?

Didier : À la base, on n’avait pas vraiment prévu de travailler ensemble, et encore moins sur le Tour de France. D’ailleurs, on ne se connaissait pas ! C’est une rencontre fortuite provoquée par l’éditeur TJ Éditions. Il voulait un scénario, sans savoir trop quoi. Thomas et moi, on ne se connaissait pas mais on se parlait depuis dix minutes qu’on avait l’impression de se connaître depuis quinze ans. Du coup, on s’est lancé dans ça… (Il sort des planches au format carte postale de sa besace)

© Ocula/Liera

… Les Caffe Bozzo. Deux héros issus de producteurs de café à Trieste (ville d’où ma famille est originaire). Le plus jeune va partir à l’aventure pour trouver du café, tenter de nouveaux mélanges, rencontrer les planteurs. Très initiatique et selon un schéma hollywoodien, celui de Vogler. On était en cours, une dizaine de planche, avec l’ambiance de Trieste. Bref, on avait bien avancé ! Et puis notre éditeur, Thierry Jacqmain a débarqué : « J’ai la licence du Tour de France« . La question ne s’est pas posée, on a remis les Caffe Bozzo à plus tard.

Thomas Liera : Même dans mon carnet de croquis, ça se voit, cette rupture. La page d’avant, c’était Trieste, les torréfacteurs, les gens qui chantent… Eeeeeet la page d’après, tout à coup, place à une multitude de cyclistes.

© Thomas Liera

Didier : Totalement du coq à l’âne. Et une sacrée carotte pour nous faire avancer : le Tour !

Mais avec des prédispositions ?

Didier : Ah oui, on se retrouvait à bosser sur l’histoire de la plus grande épreuve sportive européenne, qui draine des milliers d’histoires. Ne restait plus qu’à trouver un scénario. C’était gigantesque.

Thomas : On aime le cyclisme, à la base. J’en fais mais plutôt dans le genre « vélo de voyage ». Didier a grandi avec Merckx, moi avec Pantani. On a surtout l’admiration pour cet esprit de sacrifice qui anime les coureurs. On rentre par cette porte-là dans cette histoire du Tour de France. C’est pour ça que c’est passionnant, nous voulions trouver l’humain dans ce grand événement. D’ailleurs, dans les visages, dans la foule, nous avons mis pas mal de copains.

© Ocula/Liera/Karel D’Huyvetter chez Dupuis

Didier : J’ai aussi tenu à mettre Paul Weller, un artiste que j’adore.

Thomas : Mais toi aussi, Didier, tu y es ! Mais c’est vrai qu’avec tous les spectateurs qui suivent le Tour de France, on est obligé de dessiner des gens qu’on fréquente, qu’ils s’y reconnaissent.

(Il se tourne vers un des serveurs du café du Théâtre) D’ailleurs, dans le tome 3, je pourrais t’inclure. Tu es Albanais ? Ça m’intéresse. Tu connais un coureur de là-bas ? Parce que j’ai envie de donner de la valeur, de représenter tous les petits pays qui ont participé à la Grande Boucle.

Didier embraye : Tout le monde a de toute façon une histoire qui le relie au Tour de France. Directement ou indirectement, du souvenir d’une victoire à un épiphénomène qui a eu son importance et a marqué les esprits. Il suffit de dire qu’on bosse sur ce projet, et les langues se délient. C’est un panel émotionnel terrible, le Tour. Avec des anecdotes sportives, familiales et des demandes. « Vous parlez d’untel? » « Et de lui? » C’est le public qui amène ses histoires. Chaque fois, on est scié, on ne s’attendait pas à ça.

Pourtant vous n’aviez jamais fait de BD.

Didier : De loin, disons. J’ai travaillé pour pas mal de médias, la radio, la télé. Puis, par accident, j’ai sorti un bouquin sur Charleroi, « Black Country, White Spirit ». Et cela a amené plein de demandes. Depuis, je n’arrête plus. Et la BD est venue comme ça, mais je ne regrette pas. C’est une deuxième vie qui commence.

Thomas : Moi, j’étais déjà un peu plus dans le métier. Mais je suis un novice aussi.

On voit qu’il y a du métier, quand même ! Vous n’êtes pas professeur à la Haute-École Albert Jacquard pour rien !

Thomas : Oui, j’ai toujours dessiné. J’ai fait l’Académie, suis passé par une parenthèse chez Disney à Milan qui a conditionné mon travail. Puis, mon travail dans la pub. Ce sont les deux choses qui m’ont appris que techniquement il ne fallait jamais s’arrêter.

© Thomas Liera

Il y a une personne qui a énormément compté pour moi, et compte encore toujours, c’est Fraser McLean, qui a travaillé sur les effets visuels et l’animation de Qui veut la peau de Roger Rabbit? C’est devenu mon mentor, quelque part, et ami. Il m’a fait comprendre que l’exercice du dessin est éternel. Depuis, j’ai toujours mon carnet de croquis avec moi, sans jamais arrêter de me questionner sur ce qui fonctionne ou pas dans mon dessin, de ce qui peut l’améliorer. Grâce à cette activité quotidienne, j’ai mieux cloîtré mon dessin, j’ai augmenté ma capacité technique. Et tous les deux ou trois mois, j’envoie mes croquis à Fraser pour qu’il me corrige. Même après trente-cinq ans de dessin. D’ailleurs, à mes élèves d’Albert Jacquard, j’apprends la remise en question perpétuelle.

Quand tu as la patte Disney, tu ne peux pas ne pas rentrer dans le monde des vivants. Même s’il y a un risque.

Et dans votre tandem, les deux font la paire, non ?

Didier : Avec Thomas, on a été sur la même longueur d’onde tout de suite par rapport à ce que doit être une bande dessinée, ce que doit amener une histoire. Et par rapport aussi à ce qu’on veut faire ressentir. De cet exercice, on en a fait un objectif pour la structure de l’histoire et comment le dessin peut la supporter. Et vice-versa. Car de temps en temps, le dessinateur peut se prendre pour le scénariste et le scénariste se prendre pour le dessinateur. Je suis certains que ça n’aurait pas été pareil avec un autre dessinateur ou, pour Thomas, avec un autre scénariste.

À gauche, le scénario de Didier. À droite une des planches de Thomas.
© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Directement, on a eu envie de faire un team. « Si je peux mettre mon grain de sel, t’inquiète que je ne vais pas me gêner! » Et Thomas, pareil. « Oui, mais j’aime pas ce moment-là, il faut que ça rebondisse« . Ça nous oblige à revenir à notre travail.

Thomas Liera : Bon après, on n’a pas su tout faire comme on voulait. On a été serrés par le timing de fou.

C’est à dire ?

Didier Ocula : Une fois arrivé chez Dupuis pour ce deuxième tome, au vu des discussions en amont, du changement d’éditeur, le temps avait passé. Du coup, nous avons été obligés de mettre le turbo et de réaliser cet album sur quatre mois, de la première ligne au dernier trait. Ils ont été étonnés, ils n’avaient plus vu ça depuis des années.

Thomas Liera : Jamais même ! Ils nous ont dits que la durée la plus courte pour une BD chez eux, ça avait été de sept mois. Mettre un pied chez Dupuis, en trois mois et demi, c’est quand même bien ! Ils nous ont regardé comme des extra-terrestres. Alors que je compte, en général, un jour de doc, un jour de croquis, et un jour pour la planche finale, j’ai dû parfois faire tout en un jour.

© Liera/D’Huyvetter

Didier : On est entré par le garage mais on avait un bon porte-vélo ! (rires) C’est dingue ce qui nous arrive. Maintenant, pas mal de nos projets pourraient voir le jour. Donc, on a bouclé en quatre mois mais on a oublié qu’il y avait des nuits, des dimanches, des jours fériés… Oublie, oublie. Ce sont des heures de travail, de discussions, de recherches. Beaucoup de recherches.

Et un secteur désormais prisé, les licences en BD.

Didier : Ça ne fait finalement pas si longtemps que ça que les éditeurs se lancent dans ce genre d’expérience. C’est une niche qui peut, à mon avis, donner une bulle d’air…

Thomas : Un coup de pouce à la BD.

Didier : Bien sûr, certains décrient ça, disant que ce n’est pas de la « vraie » BD. Moi, je ne vois pas la différence. En tout cas, dans notre état d’esprit. Et même si c’est vrai qu’on a été rapides, on a tenté de faire de l’horlogerie précise.

Prenons un exemple. Il y a ces quatre planches sur Hinault. J’ai voulu faire une fable animalière. Mais ça m’a pris six semaines de réflexion. Une vraie séance de torture. Je suis parti d’un morceau d’interview d’Hinault dans laquelle il disait : « j’ai gagné là, j’ai sprinté, il n’y a pas de quoi tuer quelques poules. » Le blaireau qui dit ça ! Fantastique ! Et ça a germé doucement, rythmé par les coups de fil incessants de Thomas qui me demandait dans quoi il allait emmener Bernard Hinault. Puis ça m’est venu d’un coup. Mais là où ça m’a pris six semaines, Thomas a mis quatre jours à faire ces planches !

Le scénario de Didier
© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Thomas : Ce dont on est le plus fiers, jusqu’ici, c’est d’avoir réussi à avoir une attitude, une approche technique du vélo. On s’est adapté au passionné du vélo qui va pouvoir reconnaître le vélo d’Eddy Merckx à l’identique, par exemple.

Didier :  On est resté fidèle à toutes les spécificités du Tour de France, qu’elles soient vestimentaires, ou relatives aux logos comme les deux lettres H et D qui figurent sur le maillot jaune et sont les initiales d’Henri Desgranges, aux détails…  Aux mimiques des coureurs qu’on a essayé de retrouver, même dans le bestiaire. Dans sa préface, Christian Prudhomme a tapé juste en disant qu’on n’avait rarement représenté le vélo aussi bien. C’est vrai que pas mal de BD consacrées au vélo sont, excusez-moi, un peu grossière. Sans aller dans le détail.

Thomas : Rien n’est laissé au hasard. Je cite dans les remerciements, François Paquet. Il tient un magasin de vélos dans notre coin, à Florennes, et nous a permis de bien saisir le vocabulaire précis. On ne parle pas de boyaux comme on parle de pneumatiques. Comme dans la première planche de ce deuxième album. Nous avons vraiment fait des recherches terminologiques.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Didier : Nous ne voulions pas être des magiciens qui nous arrangions avec la réalité du vélo. Nous voulions être crédibles ! Tout est réel. Puis, c’est une demande d’ASO, avec un cahier des charges à respecter. Un gros cahier de charge qui ne comprend pas ce qu’on ne peut pas dire mais qui balise ce qu’on peut dire. Alors, nous, comme des petits rebelles qu’on est, on a tourné autour. Ce qui importe, c’est de montrer les qualités humaines, l’entraide dans la rivalité, l’esprit de dépassement. C’est un sport d’équipe avant tout.

Puis, il est normal ce droit de regard. Imaginez que demain on fasse un « Didier Ocula – Licence officielle », moi non plus je ne voudrais pas qu’on raconte tout et n’importe quoi. Il faut couper la poire en deux et accepter les remarques.

Avec un contrôle ?

Didier : Une relecture de bon père de famille. Il n’y a pas eu de gros clash. Ils ont été heureusement surpris, ils ne s’attendaient pas à un résultat comme ça. Surtout au vu de ce qui a pu être publié par le passé.

La beauté du vélo. Et pas de dopage, pourquoi ?

Didier : On n’en parlera jamais. On doit être garant du rêve. C’est notre cahier à nous qui l’exige. On veut encore amener du rêve. Et, demain, quand je ferai une BD sur la bière ou le vin, nulle part il ne sera question d’alcoolisme. Nous ne sommes pas des journalistes d’investigation, nous sommes des auteurs de BD. Puis, les gens sont grands, assez que pour avoir une opinion.

Regardez Lance Armstrong, sa popularité n’a pas souffert. On n’a jamais vendu autant de vélo que durant son époque. Les enfants qui avaient un poster du coureur américain dans leur chambre ne l’ont pas retiré parce qu’il avait trempé dans une affaire de dopage. Ça reste un personnage, un champion, même si on sait qu’il a triché. Malgré tout, les gens lui trouvent des excuses. Et qui, on est nous pour abîmer ça ? On n’a pas le droit d’y toucher, ça ne nous appartient pas, ce n’est pas notre job.

Un inédit © Ocula/Liera/D’Huyvetter

Puis, il n’y a pas que le Tour de France. 

Didier : C’est vrai, il y a Paris-Roubaix, aussi. Et on a envie également de s’y intéresser. D’autant que Jean Stablinski, qui a découvert la trouée d’Arenberg, le monument mythique de cette course, était un mineur. Alors forcément, au vu du passé de nos parents, ça nous parle. Le Tour de France a ouvert des portes.

La personnalité d’un Raphaël Geminiani nous a séduits aussi. Je m’en veux de ne pas avoir trouvé un axe pour l’aborder. Il était sponsorisé par St Raphaël, en plus. À un moment, il est viré d’une équipe, pour de sombres raisons régionales, il va faire la pute et s’engager dans une autre équipe. Il gagne l’étape de Bruxelles et reçoit un baudet. À la question « comment allez-vous l’appeler? », ni une ni deux, il a répondu par le nom du directeur de son ancienne équipe. À la une des journaux, le lendemain. C’est un scandale.

Thomas : On va la mettre dans le tome 3 celle-là.

Didier : Je pense pas, ce n’est pas un personnage positif. Il avait mis en place un système de masques d’ozone. Il investissait les chambres d’hôtel avec des rouleaux et des bonbonnes d’ozone, et faisait s’entraîner ses coureurs. Scientifiquement, ce n’était pas vraiment du dopage. Et au niveau des performances, ça n’a pas changé grand-chose. Mais ça intéressait Anquetil, aussi.

Par contre, on pourrait faire un récit sur les prix bizarres. Comme le baudet. Mais aussi le tracteur qu’avait gagné un coureur, dans les années 50. T’es en pleine course dans les Pyrénées et tu gagnes un tracteur.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Thomas : Puis, il y a les deux Wallons de Florennes qui ont gagné le Tour de France. Firmin Lambot en 1919 et 1922 et Léon Scieur, en 1921. Les seuls Wallons à avoir gagné. Lambot a gagné une vache. Le mystère reste entier. Il est parti de Florennes à vélo pour aller à Paris, il en est revenu. Mais qu’a-t-il fait de la vache ?

Didier : On cherche. On a demandé à un boucher de venir à Paris pour voir comme il avait pu faire ! (Ils éclatent de rire).

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Vous êtes tarés, en fait !

Thomas : Oui, mais c’est nécessaire. On doit raconter des anecdotes que les gens ne connaissent pas.

Au niveau du dessin. Il y a eu des difficultés ?

Thomas : Disons que mon trait naturel est plus proche de la caricature. Il a fallu que je m’adapte à un style plus réaliste, plus lisible. Mais, je me suis rattrapé avec le Blaireau et les belettes ! C’est mon style mais il faut plus de temps pour le faire. Et nous ne l’avions pas. Mais pour le tome 3, je n’ai pas dit mon dernier mot. Je vais me rapprocher du trait de mes croquis en fin d’album qui ont pas mal plu à l’éditeur. Enfin, cette fois, on aura de juillet (septembre pour moi) à avril, pas de janvier à avril, pour réaliser cette suite.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

On sent en tout cas l’intensité de l’effort, les virages, la vitesse.

Didier : C’est une insistance. D’ailleurs, il y a une planche que Thomas a dû recommencer. Cette chute de Wim Van Est dans la descente du col de l’Aubisque. On n’était pas satisfait.

Thomas : On a été porté par les recherches de Didier à aller vite, à ne pas consacrer trop de place à une anecdote. Ici, il y avait des choses à raconter, le gars est tombé au fond du ravin et a été secouru par des gens qui ont noué des boyaux les uns aux autres pour en faire une corde, descendre et hisser le coureur. À un moment, on est donc passé à quatre planches. Cela illustrait tellement l’entraide. Mais aussi le spectaculaire de cette chute.

Didier : Un témoignage d’une personne présente à ce moment-là disait avoir vu Van Est monter en l’air. Il fallait le voir dans la case. Mais quand il s’écrasait, c’était à Thomas de jouer. J’appuie sur les détails que je veux voir mais mes scripts sont très courts, je laisse la liberté aux dessinateurs. Et j’ai bon. Je n’ai jamais eu la nausée quand il m’envoyait une page. La part de liberté n’est pas abusive et Thomas n’en a pas abusé. Y’a pas d’esbroufe non plus.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Thomas : Et, à la fin, on fait un clin d’oeil, un retour aux jeunes, avec Tom Dumoulin.

Justement, quel a été le ressenti de la profession, des coureurs face à votre livre ?

Didier : Poulidor a été comme un gosse dans un magasin de jouets. « Vous avez fait une BD, avec ça ? » On lui a montré, il y a eu un grand moment de silence. C’est encore plus valorisant quand les gens qui font partie plus que les autres de ce sport sont séduits, y adhèrent.

Il y a beaucoup champions présents dans vos deux albums, mais la plupart ne sont pas nés de la dernière pluie. Mais il y a quand même Sagan ?

Didier : Aujourd’hui, tu parles avec des gamins, leur coureur préféré, c’est Sagan ! Il a une attitude, une prestance.

Thomas : C’est Zlatan.

Didier : Puis, on a mis Thomas Voeckler aussi. J’ai beaucoup de respect pour lui, c’est un bon coureur. J’ai entendu Rodrigo Beenkens se plaindre une fois de son inconstance. Mais ça prouve, pour moi, qu’il ne se dope pas. C’est un mec sympa, honnête, sympa, direct. Cette année, il prend sa retraite, il n’y a pas une tache sur sa carrière. On a gardé ses échantillons au frigo, « on sait jamais dans cinq ans », mais je suis sûr qu’il n’y aura rien. Quand un coureur se dope, ça percole toujours. Une hôtesse, un mécano…  Il y a un parfum de doutes. Avec Voeckler, il n’y a rien.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Thomas : On cherche des gens propres à mettre en valeur.

Didier : Moi, j’ai une crainte. C’est de prendre des cyclistes actuels et de les voir convaincu de dopages demain. Si dans deux ans, on apprend que ces types sont dopés depuis quinze ans ! Regardez Armstrong ? On l’a appris quand ? Beaucoup trop tard. Attendons que le temps ait fait son oeuvre et son travail d’investigation.

Mais au bout d’un moment à travailler avec des « morts », j’ai eu besoin de parler de jeunes, actifs maintenant.

Il y a quand même beaucoup de recherches !

Didier : La difficulté avec les recherches, au départ, c’était d’en faire une histoire en une planche. Bon après, ça pouvait dépasser. Mais on s’astreignait une limite. Il y a les anecdotes que les gens nous amènent, les milliers de bouquins qui sortent, les articles… Il y a matière à faire ! De L’Équipe à Blondin. Non, pire, de Michelin à Blondin ! Mais, il y a bien un endroit où je ne trouve jamais d’infos précieuses : les (auto-)biographies. « Moi, je », « Moi, je ». Ça n’amène rien à la part de rêve. Je préfère aller en coulisses. Bon, on doit rester dans les faits de courses, mais ça n’empêche pas de temps en temps choisir une anecdote hors-course. Comme Jean Robic qui avait mis du plomb dans sa gourde pour être plus rapide dans les descentes. On essaie de creuser, de dire aux gens, « ah tiens, vous avez oublié ça« .

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez Dupuis

Thomas : Puis, si certains faits sont connus, d’autres n’ont pas été filmés. Il n’y a pas d’images. Et c’est une aubaine pour nous.

Il y aussi cette histoire de Pierre Brambilla qui vénérait tellement son vélo qu’il lui parlait. À tel point qu’un journaliste de L’Équipe est un jour entré dans sa chambre et l’a trouvé dormant à même le sol. Le vélo avait le privilège du lit douillet ! Véridique ! Et quand il a perdu, il a enterré son vélo.

© Ocula/Liera/Gerasi/D’Huyvetter/Van Espen chez TJ Editions

Didier : Une anecdote qui a servi au film Le vélo de Ghislain Lambert qui était vraiment bien fait. Ils ont pris des vrais éléments pour faire un mashup. Nous, on fait le contraire, on développe sur une ou deux planches.

Thomas : J’aime bien aussi cette interview de Merckx au micro de Luc Varenne qui s’interrogeait de la signification de FAEMA, le nom de son équipe. « Faites attention Eddy Merckx arrive ! »

Ce deuxième album est aussi dédié à la mémoire de Michel Scarponi, décédé à l’entraînement, quelques jours avant le dernier Giro.

Thomas : Oui, c’est sur la page de remerciements et j’y ai représenté le perroquet Franky. Le compagnon de route de Michele Scarponi qu’il prenait avec lui lors de ses sorties. Jusqu’au jour où Scarpo n’est pas rentré. Et Franky est resté longtemps sur la pancarte qui surplombait le lieu du drame.

D’autres coups de coeur ?

Didier : On est tombés amoureux d’un coureur italien, et je n’ai pas dit mon dernier mot. Le plus grand coureur italien de tous les temps : Gino Bartali. Avec une véritable vie de saint. J’ai envie de voir plus loin que quelques planches. Il y a tellement à raconter. Et, notamment, qu’il a sauvé des Juifs pendant la guerre, qui a mis entre parenthèse sa carrière en transportant des faux papiers dans le cadre de son vélo.

Thomas : Il faisait semblant de s’entraîner entre Firenze et Milan, 380 kms quand même, avec des faux-papiers.

Didier : Puis, il y a tous ces coureurs que nous avons voulu faire ressortir de l’ombre. Comme Gastone Nencini ou Gerrie Kneeteman… Gilles Bernard aussi. Sans oublier les premières étapes de montagne, la difficulté de la course à l’époque. Aujourd’hui, ils sont dans un divan ! Quand ils montaient la première fois les Pyrénées, certains ont abandonné, ils ne voulaient pas y aller. Ils pensaient qu’il y a avait des ours. Les organisateurs ont même dû faire des concessions, rendre ces étapes non-obligatoires. Il n’y avait pas de route, que des cailloux. Les bagnoles n’osaient pas y passer. Le vrai héros de nos albums, c’est le vélo, en fait.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez TJ Edtions

Et il continuera ses aventures ?

Didier : Oui, dans « La petite reine… des neiges ! » (Hilare) Non, plus sérieusement, pour le prochain tome, Denis Lapière va nous superviser et nous coacher. Il m’a libéré en me disant que je pouvais clairement voir sur quatre, cinq ou même six planches. Et ça, d’un point de vue documentaire, ça simplifie les choses dans la sélection, puis d’un point de vue rédactionnel, on est plus à l’aise. On doit moins serrer. Officiellement, le tome 3 est donc en préparation.

Thomas : … et on va pouvoir s’amuser, bouger la caméra. Parce que vu le délai très limité sur ce second tome, je ne suis pas fier de certaines cases, de certaines planches. Trop statiques, trop décalcage de photo ou de Youtube. Je ne pouvais pas faire mieux. Quand tu vois une case et une autre, tu te demandes : « c’est le même dessinateur? » Mais je voulais que le fan de cyclisme s’éclate et retrouve au détail près ce qui fait son univers, le vélo de tel couleur à telle époque, son maillot. En trois mois, je ne pouvais pas tout faire.

© Thomas Liera

Didier : On ne pouvait pas revenir en arrière.

Thomas : On va pouvoir fignoler, maintenant ! Sortir du 3/4 classique. S’occuper de l’avant-plan, de l’arrière-plan. De la caméra, j’y reviens.

Avec quel casting ? 

Didier : On peut dire qu’il aura un air de montagne, ce sera alpestre. En tout, il devrait y avoir cinq albums qui seront rassemblés dans un coffret. Et traduit partout où le vélo s’exprime. On en est les premiers surpris.

Un favori pour le Tour, cette année ?

Thomas : Le Wallon !

Didier : Thomas de Gand. (rires) De manière générale, j’espère que notre petite équipe, Wanthy-Groupe Gobert, brillera et mettra une étape ou plus dans son escarcelle.

© Ocula/Liera/D’Huyvetter chez TJ Editions

Serez-vous présents dans la caravane du Tour ?

Didier : C’est ce qu’on pensait au début. Mais bon, vous imaginez qu’on lance les albums ? Ça va faire mal à la réception. Mais on est dans la boutique officielle. Avec tous les soucis de manutention. Il est plus facile, au niveau de l’intendance, de manipuler 70 maillots jaunes que 70 albums. Mais on sera sur le village-départ en Belgique ! Ça nous permettra d’avoir le ressenti des gens, qu’ils nous amènent des anecdotes.

Quels sont vos projets, outre le vélo ?

Didier : En BD, si on compte revenir au Caffe Bozzo, il y a d’autres ouvertures avant. La bio d’un musicien noir, un certain Louis. J’espère avec Thomas. Puis, je veux aussi m’intéresser à un acteur muet américain. C’est plus facile d’acheter les droits d’une star américaine qu’une licence, en fait.

Sinon, je prépare une surprise radiophonique sur Arthur Masson. Un documentaire sur le patrimoine wallon, aussi.

Thomas : Moi, le tour de France, bien sûr. Une collaboration avec Pairi Daiza. Un jeu vidéo aussi.

Puis, en BD, comme les portes se sont ouvertes, on a une histoire avec un boxeur-mineur de souffre en Sicile qui va arriver en Belgique. Ce sera plus un one-shot, romancé. Petit à petit, j’ai envie de m’éloigner du sport. Faire le tome 3 puis encore un ou deux projets sportifs qui rentrent dans la vie réelle. Puis, oui, le Caffe, ça me tient à coeur. Chaque tome permettait la découverte d’un nouveau café. Une aventure, des multinationales. Un périple semé d’embûche.

Didier : Puis, il y a toujours l’exposition Le mineur ce héros. Une série d’artistes qui ont transformé le mineur en super-héros. L’expo est à Leewarde en ce moment, puis elle ira en Pologne. On la fait voyager dans les centres miniers. Là aussi, on s’est retrouvé par hasard et c’est allé crescendo. Le héros réel de la Wallonie, pour nous, c’est le mineur. Encore un point qui nous lire, nous avons forcément parler de nos familles venues en Belgique pour le charbonnage. Un gros point commun. Sur l’exposition du Bois-du-Cazier, on est comme deux poissons dans l’eau. On s’entend vraiment bien.

 Merci à tous les deux, et en piste pour la suite !

Série : Le Tour de France

Tome : 2 – Petits et grands champions

Scénario : Didier Ocula

Dessin : Thomas Liera

Couleurs : Karel D’Huyvetter

Genre : Sport, Histoire, Récits courts

Éditeur : Dupuis

Licence : Le Tour de France

Nbre de pages : 44 (+ 4 pages de cahier graphique)

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 16/06/2017

Extraits : 

CONCOURS : gagnez l’un des cinq albums de ce tome 2 du Tour de France

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Bonne chance à tous. Concours réservé à la Belgique et à la France métropolitaine. Fin du concours, le 10 juillet.

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