Sorcière première de classe, petit vampire ou TiZombi, faites votre choix ou, justement, ne le faites pas !

Le genre fantastique n’a de cesse d’être partie intégrante de la BD depuis ses premières heures, oscillant entre l’horreur pure et dure ou l’humour ensanglanté (ou pas d’ailleurs), arrivant à marier les deux parfois. Et si les Croquemitaines nous sont revenus en pleine poire comme un uppercut visuel et que les Walking Dead squattent pour encore quelques années nos TV (ils font même un caméo réjouissant dans l’un des albums présentés, ici), d’autres créatures n’ont pas fini de nous emmener au pays des rêves ou des cauchemars. Comme le prouvent ces deux valeurs sûres et ce nouveau venu craquant mais risquant bien de vous… croquer.

® William Maury/ Élodie Jacquemoire

Ça sent le roussi pour Mélusine, la sorcière rousse pourtant incendiaire

© Clarke/Cerise chez Dupuis

À lire aussi | Clarke: « Accepter la réalité, c’est vital dans une série aussi longue que Mélusine »

Résumé de l’éditeur : Catastrophe ! Tous les dragons de l’école ont disparu ! Le mage Epispontex tente de calmer le directeur affolé : ils reviendront ! En effet, comme tous les 300 ans, c’est l’année du dragon. Tous les dragons s’envolent vers un endroit secret pour donner naissance à une nouvelle génération de l’espèce. Plus grave pour l’école, Song Hui, le fournisseur officiel de l’école de magie de Mélusine, a cessé toutes ses livraisons. Les potions doivent être chauffées au feu de dragon pour avoir des propriétés magiques, et Song Hui préfère attendre le retour de la nouvelle génération de dragons avant de reprendre ses livraisons. Alors que l’école de magie tourne au ralenti, le vol d’un philtre d’illusion chez Song Hui va propulser Mélusine dans une nouvelle mission sur la trace des dragons en phase de reproduction.

© Clarke/Cerise chez Dupuis

Vingt-cinq tomes au compteur et pas une ride ! Sans doute la jolie rousse a-t-elle trouvé le philtre de jouvence pour ne pas prendre un seul cheveu blanc (pourtant au vu des aventures stressantes et abracadabrantesques, elle aurait pu). Pourtant, depuis cinq albums aux commandes de la série, Clarke lui a donné un tour inattendu, se lassant de l’immuabilité des choses pour les faire avancer, évoluer et maturer. Quitte même à commettre l’irrémédiable, à faire un pas en arrière pour faire un grand bond en avant et faire entrer la série dans une nouvelle ère, sans la dénaturer.

© Clarke

Ainsi, dans une grande interview, Clarke nous confiait que jamais plus Mélusine ne serait une série d’albums à gags. La tendance se confirme avec une grande aventure, une nouvelle fois, avant un diptyque (après un récit complet d’une centaine de pages et intitulé Les Danois). Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos dragons. Car comme le titre, L’année du dragon, l’indique, ce 25ème tome prend la tradition chinoise au mot et ce n’est pas de la rigolade ! Imaginez un peu que ces dragons, qui fonctionnent finalement comme certains animaux et élisent comme maître le premier être dans leur champ de vision, deviennent les fidèles serviteurs d’un être malintentionné. Une puissance de feu qui pourrait bien asservir le monde des sorciers. Aïe, aïe, aïe…

© Clarke

Heureusement que Mélusine et… Mélisande ont des ressources ignifuges pour sauver une nouvelle fois le monde magique et pallier au manque de collaboration des Chinois. S’épanouissant dans de nouveaux décors, Clarke fait intervenir une série de personnages triée sur le volet (quitte à laisser au repos certains classiques de la série) pour remuer ciel et terre avec, comme dans toute quête contée, des adjuvants et des opposants dans lesquels l’auteur met toute son originalité (à partir de ce jour, vous apprendrez à vous méfier des origamis). Avec un bémol, en dépit des qualités graphiques redoutables (et les couleurs de la fidèle Cerise sont au diapason) et d’une fin on ne peut plus « what the fuck », ça se lit beaucoup trop vite et on reste un rien sur notre faim, arrêtés net dans la vivacité de cette histoire. Une raison de plus pour attendre de pied forme le diptyque annoncé.

Série : Mélusine

Tome : 25 – L’année du dragon

Scénario et dessin : Clarke

Couleurs : Cerise

Genre : Fantastique, Aventure, Humour

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 05/05/2017

Extraits :

Petit Vampire, et si les nouvelles aventures étaient les premières ?

© Joann Sfar

Résumé de l’éditeur : Avoir 10 ans éternellement, c’est vraiment dément !!! Sauf qu’en vivant enfermé dans une grande villa, même entouré d’une joyeuse bande de monstres, de pirates et de morts-vivants, au bout de trois cents ans, on commence à s’ennuyer ! Petit Vampire rêve de découvrir le monde. Mais quand il décide de partir explorer la ville, d’obscures forces se réveillent… Et si les vampires pouvaient finalement être morts-morts ? Petit Vampire aurait-il mis toute sa famille en danger ?

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

Si l’encéphalogramme d’un vampire doit être résolument plat, cela faisait un moment que nous n’avions plus eu de nouvelles de Petit Vampire, et ça nous inquiétait. Sa lumière dans ce monde de brutes aux dents longues nous manquait. À Joann Sfar aussi: il l’a avoué. Et douze ans après sa dernière apparition, voilà que Petit Vampire volette vers de nouvelles aventures. Enfin, nouvelles… Entendons-nous, ce que Joann Sfar propose, c’est un prequel, un retour en arrière reprenant quelques éléments de la rencontre de Michel et de son nouveau copain spécial. Mais fouillant le passé et la légende de ce vampire miniature et plus attachant que Dracula et autres Nosferatu.

En effet, jamais, Joann Sfar n’avait levé le voile sur le mystère des origines de ce petit bonhomme vampirisé. Il aurait pu ne pas le faire et laisser planer de doute, les histoires d’origines (dont sont adeptes les super-héros) pouvant parfois tourner court. C‘était sans compter… Joann Sfar ! Joann Sfar que la poésie de l’univers créé il y a près de vingt ans ne semble pas avoir lâché d’une semelle. Peut-être même s’est-elle renforcée. Toujours est-il que Sfar (accompagné de Sandrina Jardel au scénario et de Brigitte Findalky aux couleurs marquant si bien la fantasmagorie de ce récit tout public) est allé voir ailleurs, larguant les amarres pour ramener de ces envies une histoire de pirates (des figures mythiques de l’histoire de la BD que l’auteur n’avait abordées jusqu’ici que dans son roman Le plus grand philosophe de France ou, plus loin encore, dans le livre illustré de la collection « J’aime Lire » L’île aux pirates).

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

Bref, c’est une première pour l’auteur qui a déjà navigué dans bien des genres, et la confrontation entre ces marins des airs sans pitié et la famille vampire (au coeur de laquelle se retrouve un Michel un peu déboussolé) tient toutes ses promesses. Pour le plaisir (et quel plaisir !) du lecteur, nous ne vous dirons rien du pourquoi du comment. Si ce n’est que la bagarre de monstres à laquelle se livrent les turbulents enfants monstrueux, sous le regard décontenancé de Pandora qui essaie d’asseoir sa légitimité pourtant naturelle, pourrait bien passer du jeu à la réalité. Dans les 60 premières pages de ce qui devrait être un triptyque, on retrouve tous les ingrédients qui nous ont fait aimer Petit Vampire et en ont fait un formidable compagnon de vie : de l’aventure, des bons sentiments pas trop dégoulinants, de la poésie et surtout un énorme capital sympathie qu’on n’avait jamais éprouvé pour un vampire.

© Sandrina Jardel/Joann Sfar/Brigitte Findakly chez Rue de Sèvres

Des vampires d’autant plus séduisants qu’un réel enjeu de vie et de mort pèse sur eux, comme une épée de Damoclès, en dépit de l’insouciance de Petit Vampire. Et comme si le bonheur n’était pas déjà à son comble, le petit héros connaîtra bientôt des aventures sur grand écran.

Série : Petit Vampire (Nouvelles aventures)

Tome : 1/3 – Le Serment des pirates

Scénario : Sandrina Jardel & Joann Sfar

Dessin : Joann Sfar 

Couleurs : Brigitte Findakly

Genre : Aventure, Fantastique

Éditeur : Rue de Sèvres

Nbre de pages : 68

Prix : 13€

Date de sortie : le 10/05/2017

Extraits :

Tizombi : si mignon qu’on lui ferait des free hugs mais attention, il met les… dents !

Résumé de l’éditeur : Même s’il est le plus mignon de tous, Tizombi n’en reste pas moins un zombie à l’appétit insatiable. Véritable trou sans fond, il dévore, avale, gobe et croque tout ce qui passe à portée de sa dentition acérée. Tout, sauf la jeune Margotik qui écrit un livre sur lui : elle est fascinée par celui qui reste le seul zombie à être né zombie !!!

Bon, des sorcières et des vampires attachants, passe encore, mais des zombies… Voyez-vous ça. Outre quelques exceptions notoires, surtout au cinéma (le décalé et tellement génial Le zombie au vélo, Warm Bodies pas mal du tout dans son genre), les zombies tels qu’on les connaît dans leur acceptation la plus commune ont plus tendance à nous faire rebrousser chemin qu’à nous jeter sur eux pour leur faire des free hugs. Puis, Tizombi est arrivé, comme un cheveu dans la bouillie de cervelle, et tout a changé.

© William Maury

Tizombi, c’est ce nouveau (enfin, il est né de l’imagination de William Maury il y a plus de huit ans et avait même fait l’objet d’un premier album auto-édité sur lequel on espère mettre un jour la main) héros qui prend un peu plus vie sous l’inspiration de Christophe Cazenove, William et Élodie Jacquemoire. Un héros tout « mimi » mais que son estomac perpétuellement dans les talons pousse au crime. Inexorablement et plusieurs fois par jours.

© Christophe Cazenove/William Maury/Élodie Jacquemoire chez Bamboo

Si les cimetières font office de planque de luxe pour la lie de la société, devant celui de Tizombi, mieux vaut passer son chemin ou y pénétrer à ses risques et périls. Résolument, il ne fait pas bon être motard, livreur de pizza ou autre âme en peine aux abords de ce cimetière maudit, sous peine de passer de vie à trépas en un coup de mâchoire bien senti. Une seule humaine est tolérée dans le domaine des morts. Exaspérée par les disputes incessantes de ces deux parents qui n’ont même pas remarqué qu’elle avait fugué depuis plusieurs jours, la jeune fille s’est fait de nouveaux amis avec ces morts-vivants parfois bien décérébrés.

© Tizombi dans son premier album autoproduit

Le casting est bien trouvé et on sent tout le plaisir des auteurs qui non contents de trouver des gags plus gore les uns que les autres (dans une série qui parle tout de même aux enfants, à l’heure qu’il est ils en ont vu d’autres !) tout en mouillant la chemise de certains de leurs collègues dans des caméos très drôles. Ainsi Stédo, Fenech mais aussi Hulk, des personnages de Retour vers le futur font les frais des sinistres appétits de cette bande de mange-sans-faim.

© William Maury

Dans cette horreur mortifère, le charme opère mine de rien et lève très vite les appréhensions qu’on aurait pu avoir face à une série qui de loin pouvait ressembler à un cross-over entre Walking Dead et Pierre Tombal. Cazenove fait preuve de jugeote et troque le gloss des séries à gags belles mais sans identité contre la poésie du gore. La maîtrise de William et ses trouvailles graphico-caustiques font le reste, augmentés par Élodie Jacquemoire qui réussit, de ses couleurs, à faire ressortir les personnages de l’ambiance poisseuse de ce cimetière maudit.

© Christophe Cazenove/William Maury/Élodie Jacquemoire chez Bamboo

Pas question de gribouillage, donc, les monstres humoristiques de ces planches ne feraient pas tache dans un album nettement plus sérieux, et vice-versa. Le décalage est maître et au bout de 44 planches, on se retrouve comme Tizombi à ne pas être rassasiés, tant la série a du potentiel.

Série : Tizombi

Tome : 1 – Toujours affamé

Scénario : Christophe Cazenove

Dessin : William (Maury)

Couleurs : Élodie Jacquemoire

Genre : Gag, Humour, Horreur, Fantastique

Éditeur : Bamboo

Nbre de pages : 46

Prix : 10,60€

Date de sortie : le 31/05/2017

Extraits :

 

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