Avec ses petites histoires cyniques qui dépeignent notre société défectueuse et décadente, Alex Cameron, le freak aux longs cheveux filasses, a séduit une Rotonde du Botanique blindée

Artiste maudit et longtemps ignoré, Alex Cameron sort enfin de l’ombre. Après quelques albums confidentiels au sein de Seekae, son premier groupe, Alex sortait une première fois, en 2014 et quasi dans l’anonymat, «Jumping the Shark », album mortel de huit titres qui constituait son premier effort solo. Deux ans plus tard, en août 2016, « Jumping The Shark » revivait une seconde fois chez « Secretly Canadian » (le label d’Anohni et The War on Drugs) qui lui apporta une plus grande exposition médiatique. Et, cette fois, la presse accueillit avec enthousiasme cet opus très influencé par son idole Alan Vega, et le public lui aussi fut au rendez-vous.

AlexCameron © Jean-Pierre Vanderlinden

C’est d’ailleurs une Rotonde du Botanique bondée qui s’apprête à recevoir l’australien comme il se doit. Ce soir, la première partie est assurée par l’excellent Jack Ladder, crooner vintage lui aussi originaire du pays des kangourous, dont la silhouette filiforme et la voix étonnante ne sont pas sans rappeler Nick Cave. Sa voix de baryton et son côté nonchalant, genre « j’ai trop forcé sur la bouteille ou les substances qui font rire », ont vite fait de séduire un public réceptif à ses petites histoires sur l’amour et la mort.

Jack Ladder © Jean-Pierre Vanderlinden

Orphelin ce soir du band qui l’entoure à l’accoutumée, le grand australien s’accompagne tantôt de sa guitare électrique tantôt d’un programing ou de boites à rythmes sur lesquels il pose sa voix sensuelle et mélancolique. En résumé, ce séducteur fatigué constitua une très bonne surprise et nous a donné l’envie de le revoir dès que possible dans un environnement artistique plus favorable à son talent.

Mais c’est bien entendu Alex Cameron que le public est venu applaudir ce soir. Vêtu d’une veste en daim beige à franges façon 70’s, le freak aux longs cheveux filasses déboule sur les planches  flanqué de trois musiciens : un guitariste, un batteur et le saxophoniste Roy Molloy dont le stoïcisme m’a bien fait sourire.

AlexCameron © Jean-Pierre Vanderlinden

Première fois que je vois un musicien (le saxophoniste, donc) débarquer sur une scène, enlever son manteau, vider ses poches et déposer le tout, smartphone, mouchoirs, clefs, portefeuille et un joli bordel d’objets hétéroclites devant lui au pied d’un retour de scène. Le genre « je fais que passer, je dépose mon bazar, je m’assieds sur mon tabouret, je joue du saxo et je me casse quand c’est fini ». Hilarant le mec !

Alex Cameron empoigne une guitare et c’est parti pour «  Candy May » .

AlexCameron © Jean-Pierre Vanderlinden

Le ton est donné, l’univers de Cameron ce n’est résolument pas les aventures de Candy, celle qui plait aux enfants. On pense à Alan Vega, à Nick Cave, à Lou Reed, tous maîtres dans l’art d’instaurer un certain mal-être séduisant dans leur musique. Les titres s’enchainent tirés de son superbe album Jumping The Shark comme « Happy Ending », « Real Bad Looking », et « The Comeback » qu’il dédie à son compatriote Jack Ladder vu en support act. « She’s Mine » fait danser le public alors que sur scène notre homme, lui, ne tient pas en place. Sans cesse en mouvement, même lorsqu’il présente ses chansons il semble tendu et énervé, et totalement habité.

AlexCameron © Jean-Pierre Vanderlinden

À peine se calme-t-il un peu pour se la jouer crooner de charme avec  « True Lies » qu’il repart pour un titre festif et irrésistible avec « The Chihuahua ». Et lorsque les premières mesures de « Take Care of Business » se font entendre, un râle de satisfaction s’échappe de la foule qui bouillonne de plaisir. Une avant dernière salve jouissive avant que notre homme ne termine le set avec l’amusant « Marlon Brando ».

Bien sûr il reviendra sur scène quelques minutes plus tard pour interpréter l’étonnant et méconnu « Politics of Love » en rappel .

AlexCameron © Jean-Pierre Vanderlinden

Alex Cameron sort enfin aujourd’hui la tête de l’eau de bien belle manière et nul doute que sa facilité à nous compter ses petites histoires cyniques qui dépeignent notre société défectueuse et décadente en séduira bientôt plus d’un.

Texte et photos : Jean-Pierre vanderlinden aka JPROCK THE DARK FEATHER

 

ALEX CAMERON – Rotonde du Botanique – 19.05.2017.

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