Damien, Renan Luce et leurs bobines pleines de poésies et de souvenirs à fleur de scène

L’un est un auteur-compositeur et interprète de talent. L’autre est pianiste, compositeur, écrivain, comédien et même clown. Les deux partagent de merveilleux souvenirs d’enfance et de musique. Ils s’appellent Damien et Renan, ils sont frères et vous les connaissez très certainement, du moins un des deux. Damien et Renan Luce sont venus promener leurs bobines à Ciney, nous offrant un moment d’une rare beauté, entre mélancolie et burlesque.

La salle plongée dans les ténèbres. Le rideau s’ouvre. Un enregistreur cassette, seul dans un faisceau lumineux. On aperçoit l’ombre d’un piano et deux guitares dans un coin. Des grésillements et l’appareil se met en marche, déversant des voix d’enfants, des notes de musique délicieusement vintage. Deux silhouettes s’avancent sur la scène. Damien et Renan Luce, deux grands mômes qui sont sur le point de partager avec nous des souvenirs venus tout droit d’un temps béni où on rembobinait les cassettes avec un crayon. Deux artistes aux multiples facettes; on leur connaît celles de musicien, de compositeur, d’interprète, d’auteur mais d’autres sont plus originales encore. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Le grand frère derrière son piano, le petit dernier à la guitare. Que le spectacle commence !

« J’ai couru après le temps il portait un manteau de pluie, j’ai déchiré en l’approchant un bout de tissu et depuis… » C’est 24h01 qui ouvre le bal. Le décor est fixé, tout au long du spectacle les frères Luce vont nous emmener hors du temps, l’aiguille hors du cadran comme Renan le chante si bien. Leur univers se dévoile déjà sous nos yeux, deux mondes qui se percutent en douceur pour nous raconter une belle histoire, la leur.

Le récit commence… On retrouve nos deux marmots dans une maison d’un village qui commence en plou, comme on en trouve des dizaines en Bretagne. Nul besoin d’une scénographie mirobolante. Non, les souvenirs prennent vie sous nos yeux, le spectacle naît dans la chaleur de la scène, sans peine. On est dans ce sous sol où ils répétaient des heures durant, on rigole des ampoules colorées substituées aux blanches, parce que « ça fait plus spectacle », on caresse Fanny, le chat, on entend les murmures des deux frères au milieu de la nuit; « tu dors ? » Nous aussi on replonge en enfance; on rit, on s’émerveille, on rêve.

Et ce don de raconter des histoires nous emmène de chanson en chanson à la croisée de deux univers hétéroclites qui s’accordent sur une complicité sans pareille. Les chansons de Renan, sont revisitées pour l’occasion, ces morceaux que je connaissais par cœur, que j’écoutais et réécoutais encore, prennent un toute autre dimension. À tel point qu’on les redécouvre, embrasée d’un nouveau supplément d’âme, portées par de nouvelles harmonies. Aux timides anonymes, Réponse à tout, Courage, Amoureux d’une flic, J’habitais là, Le Lacrymal Circus, Renan Luce n’a rien perdu de son talent de conteur et lorsque son frère pousse lui aussi la chansonnette, la cohésion est magique. À vrai dire, on ne s’en étonne même pas, il y a une telle complicité entre eux que Damien habite lui aussi ces textes sincères. Les voir ainsi sur cette scène, est une expérience tout en émotions. Un pacte tacite semble unir les deux frères, un respect profond ; ils partagent ce spectacle tous les deux, il n’y en pas un qui prend plus de place que l’autre. Et si, par hasard, l’on est venu pour Renan on ne peut que succomber au charme de Damien. Et la guerre des « chouchous » d’être déclarée.

Ce n’est pas vraiment un concert, ce n’est pas vraiment une pièce de théâtre, c’est un savant mélange de pas mal de choses. Une sorte d’objet artistique encore non-identifié qui fait la part belle à la création et à la vie. Surtout, la vie ! Aucune image n’apparaît sur l’écran noir de la scène, pas de photos, pas de films et c’est très bien car les mots choisis avec précautions sont suffisants

Le temps passe, les enregistrements sur cassettes sont remplacés par des messages laissés sur une boîte vocale. Damien le virtuose est parti à New York, Renan reste seul en France. Il continue à écrire des chansons, son grand-frère lui manque. Damien rate son vingtième anniversaire, son vingt-et-unième anniversaire également avant de revenir, des projets plein la têtes. Et quels projets ! Il devient clown, un choix plutôt original après avoir longtemps jouer Debussy et Schubert. Renan l’accepte, tant que tu ne te mets pas à faire des claquettes, s’amuse-t-il. Il ne croit pas si bien dire ! Au Lacrymal Circus, on y voit ce qu’on veut y voir… Quelques pitreries de clown, un numéro de claquettes plus tard et ne nous voilà plus que charmés par ce duo improbable, bourré d’humour et d’auto-dérision.

Ce voyage musical universel sans aucun ancrage temporel continue. On a droit à un moment d’anthologie sur la chanson Grand-Père. On rit devant la cocasserie de la situation; ces deux frères qui tentent d’administrer le contenu de ce petit flacon barré d’une croix. Parce qu’à son âge, il faut bien partager le magot! Puis, c’est le retour d’une émotion dosée, la voix veloutée de Renan emplit la salle sur Courage. On savoure le texte, on apprécie cette douce mélancolie, cette fêlure qui ne peut que venir cœur.

Dans l’art de raconter des histoires, les deux frangins sont passés maîtres. Ils jouent avec ces petites situations insignifiantes du quotidien qui, lorsqu’ils s’y penchent, revêtent une douce tendresse empreinte de mélancolie. Avec eux, c’est sûr qu’on ne voit pas la vie de la même manière. Ces deux grands enfants invitent à la rêverie, nous balancent de délicieux bonbons et on ne peut que profiter !

Déjà, le spectacle touche à sa fin et on ne peut que se résigner, impuissants, tels des enfants sentant se rapprocher l’heure du coucher. I was here… « Je joue au petit criminel qui promène son opinel dans vos vies. » Une magnifique chanson pour clore tout en douceur ce spectacle hors du temps qui fait la part belle à l’enfance et à la poésie. Et comme les deux frères, nous aussi, spectateurs, avons presque envie de se trouver un petit bout de mur ou de bois où laisser une trace pour que tout le monde sache qu’ici à Ciney s’est déroulé un moment magique ! Une chose est certaine, we were there et diantre que c’était merveilleux !

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