Avec Soldout, l’amour électronique dure « Forever » et joue les montagnes russes sur des musiques schizophréniques

Depuis le 10 Mars dernier, le duo bruxellois Soldout est de retour avec un quatrième opus : Forever. Entre collaborations et instruments acoustiques, Charlotte Maison et David Baboulis ont décidé plus que jamais de succomber à leurs envies ! Même s’il reste la marque de leurs 13 ans de carrière commune, ils nous offrent ici quelque chose de tout à fait inédit !

Les deux de Soldout, on ne les présente plus. Même si beaucoup ne connaissent pas forcément le nom de cette formation belgo-belge ou les titres de leurs tubes, quelques notes de ces derniers font systématiquement écho à tout passionné de musique électronique. Il faut dire que Charlotte et David sont rodés ! Depuis plus de treize ans, ils parcourent les scènes du royaume, enchaînant les tournées, mais aussi bien au-delà de nos frontières. Dernièrement, le duo est rentré d’une tournée dans des contrées qui leur sont déjà bien acquises en Asie, la Chine.

Pas question de souffler, Charlotte et David se tournent rarement les pouces et sont constamment à la recherche de nouveaux défis. Nul ne peut déjà avoir oublié la bande originale du film « Puppylove ». Les virtuoses bruxellois avaient délaissé leur projet au profit de ceux de la réalisatrice Delphine Lehericey. Cette expérience fut gratifiée d’un beau nombre de récompenses jusqu’au Magritte du cinéma de « la meilleure musique originale », un Octave de la musique,  et David avait été félicité pour sa performance en se voyant décerner le D6Bel Award du meilleur musicien en 2016.

Après de si belges consécrations, le duo bruxellois aurait pu s’arrêter là pour ce qui est des expérimentations et produire un album dans la lignée des précédents, comme il est monnaie courante à l’heure actuelle dans le secteur de la musique électronique. Pourtant, Charlotte et David ont eu le courage de relever un nouveau challenge.

Sur Forever, les collaborations féminines (Maya Postepski de Austra, Elsa Grelot ou encore Marta Salogni qui est l’ingénieur son de M.I.A, The XX et F.K.A. Twigs) et les collaborations belges (Goose, Darko) et française (Victor Le Masne de Housse De Racket) font  légion. À travers ce partage, ce sont de réelles envies d’essayer autre chose que Soldout a mises en avant. Une volonté clairement mise à l’honneur dans la manière dont ils ont décidé de composer. Contrairement à leurs précédents opus, Charlotte et David ont rangé partiellement leur ordinateur et ses programmes, pour composer virtuellement, au profit de véritables instruments. Ce souhait d’ »authenticité » sonore que le duo nous offre sur cet album se matérialisera sur scène au cours de la tournée de cette année. Effectivement, un batteur rejoindra Charlotte et David pour les prestations live. Le suspense est de mise puisque dix-neuf batteurs (et non des moindres : Bert de Goose, Alexandre De Bueger d’Alaska Goldrush, Boris Gronemberger de Girls in Hawaii, Simon Le Saint de Stromae et Sébastien Tellier ou encore Pierre Waterlot de Montevideo) apparaissent dans le premier clip de l’album : « Do it again ». Lequel sera l’élu ?

Cet opus de dix titres est cadré sur une structure qui veut plonger l’auditeur dans un monde parallèle. Le duo bruxellois cherche à nous faire vivre une expérience sensorielle et libertaire. Leurs musiques recherchent la clé pour nous décharger de nos angoisses et des tracas de la vie quotidienne dans l’optique de nous livrer corps et âme à un univers d’émotions multiples.

En choisissant leur morceau « Call Me Out » comme premier titre de ce cd, Soldout relève, avec brio, le défi de nous désinhiber. Dès l’entame du morceau, les enchaînements de notes lancinantes nous lancent un appel à sombrer dans les passions de Charlotte et David. On est comme happé par l’envie de suivre le lapin blanc pour l’accompagner dans le pays des merveilles. Tel le « Stay High » de Tove Lo, « Call me out » nous enivre par ces beats et on a une sensation de lâcher prise.

Ensuite, « Breaks » et la douceur de la voix de Charlotte nous font glisser vers l’inconnu tout en nous rendant mélancolique. « Forever », le morceau éponyme de cet album, nous donne une impression d’habitude et de routine. Pourtant, on se laisse guider comme si l’on était devant une aventure inédite et qu’il fallait se préparer à un nouveau départ. Comme le chante Charlotte, « the end is just a new start », « la fin est juste un nouveau départ ». Tel le Sisyphe de Camus, on est mis face à la périodicité cyclique de notre existence. Cette prise de conscience musicale nous apaise et nous libère pour nous ouvrir à une mélodieuse transcendance.

Avec « Do it again », Soldout et Goose nous prouvent que l’union fait effectivement la force ! Cette fusion entre les mondes de ces deux groupes belges nous met face à nos pulsions les plus viscérales. Petit à petit, la musique nous pénètre dans une balade bien rythmée et cadencée. Charlotte et son vocodeur nous charment d’une manière moderne sur le titre « My love ». À l’instar de Joaquin Phoenix dans « Her », la machine nous fait vivre une sensation de bien-être équivalent à une libération d’endorphine menant à un artefact amoureux.

Plus loin, « Fake » agit comme une décharge électrique pour nous ramener à la réalité. On est abandonné face à des sons violents et rapides. L’explosivité et l’urgence créées par ce morceau n’a rien à envier aux maîtres de l’industrial music. Les montagnes russes musicales et émotionnelles mises en place par le duo bruxellois nous donnent un instant de repos grâce au bucolique « Because of you ». Au cours de ce titre, on prend le temps de profiter d’une ballade en compagnie de la savoureuse voix de Charlotte.

À peine, a-t’on le temps de reprendre notre souffle que l’  « oppression » se fait ressentir. Plus progressive que « Fake », la musique se laisse un moment, un battement, pour nous entraîner vers un autre univers. Moins brutales et plus profondes, les variations multiples de cette musique nous font pressentir un instant de sauvagerie, pourtant, à chaque fois, ce moment ne vient pas et on est absorbé vers une nouvelle expérience.

Enfin, « Fallen » nous prépare à l’au revoir fatidique. Des émotions plus tristes prennent l’assaut de notre conscience. On est mis face à un monde de regret et d’oubli. Pourtant, cela nous fait du bien. Soldout nous fait un petit signe pour nous dire qu’ils sont sur le départ et « Dune » vient mettre un point final à cet album. Nous rappelant plus les fondamentaux des anciens albums de Soldout, tout en s’inscrivant dans le souhait de renouveau du groupe.

En conclusion, voilà un opus qui reste malgré tout marqué de l’ADN du duo. Les mélodies pop et les sons urbains qui résonnent sur le dancefloor à chaque fois qu’un tube de Charlotte et David passe sont bien présents. Pourtant, une nouvelle page se tourne dans la discographie du duo bruxellois avec ces dix nouveaux titres emplis de points positifs. Les collaborations et la manière de produire apportent clairement plus d’authenticité et de singularité à cet album. S’il est sûr qu’il n’y pas deux morceaux similaires sur cet album, il demeure très cohérent. Néanmoins, malgré le florilège d’émotions vécu au cours de l’écoute de « Forever », on reste plusieurs fois sur notre faim avec  certains morceaux. Un tout petit bémol : vu le voyage proposé, la fin de plusieurs titres arrivent trop vite et coupe l’élan de ces ascensions émotionnelles. Pour mieux laisser place à la surprise du live?

Forever est là pour nous rappeler que le collectif belgo-belge reste incontestablement le dépositaire du bon son de la capitale. Entre souhait de nouveauté, aussi bien au niveau de la manière qu’au niveau de la matière, et revendication de leur identité, Soldout nous offre un voyage dans la profusion des possibles que le monde de l’électronic music permet. Avec cet album schizophrénique, entre machines et instruments, de l’analogique à l’organique, à mi-chemin entre pop et électro. Cet opus est celui de la maturité. Soldout se lâche ! Charlotte et David font plus que jamais ce qu’ils aiment ! Et c’est ce qui fait que l’on a tant apprécié cette future pièce maîtresse de leur discographie !

Soldout sera en concert le 29 mars au Batofar à Paris, le 30 mars au Reflektor de Liège, le 26 mai au Charlatan de Gand, le 6 juillet aux Ardentes à Liège et le 19 octobre à La Madeleine.
Album : Forever
Artiste : Soldout (Page Facebook)
Genre : Électro
Nbre de pistes : 10
Durée : 40’38 »
Date de sortie : le 10/03/2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s